Depuis le début de la guerre en Ukraine et la flambée des coûts de l’énergie, l’industrie chimique européenne ne cesse de perdre en compétitivité. Au prix du gaz, au moins trois fois plus cher qu'aux Etats-Unis, s’ajoutent ces dernières années une faible demande industrielle en Europe – en particulier des deux plus importants marchés aval, l’automobile et la construction – ainsi qu’une concurrence internationale sans pitié, accrue parfois par des phénomènes flagrants de dumping. Le PVC, qui accuse des écarts de prix allant jusqu'à 100%, en est l'exemple.
Entre 2019 et 2023, la production chimique européenne a ainsi chuté de 12%, et les fermetures d’unités et de sites chimiques s’accélèrent dans tous les pays de l’Union européenne. La Commission prépare pour la fin 2025 un paquet spécifique pour soutenir le secteur. Mais, alors que se tient ce 12 mars un Conseil compétitivité européen centré sur le Pacte pour une industrie propre (Clean industrial deal), huit Etats membres viennent de lancer un appel pour appliquer des mesures d’urgence sans plus attendre.
Comme pour l'acier, la France inquiète pour la chimie
Numéro deux de la chimie continentale, la France se veut moteur dans cet appel, aux côtés de l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Hongrie, la République tchèque, la Roumanie et la Slovaquie. Une liste à laquelle manque étonnamment l’Allemagne, leader européen du secteur qui fait face à de considérables difficultés depuis trois ans. Côté français, le gouvernement s’inquiète «de la survie» de «chaînes de valeur stratégiques», comme l’acier et la chimie, «qui alimentent l’économie de toute l'industrie européenne et qui sont particulièrement critiques dans un moment comme le nôtre, où les impératifs de défense impliquent de renforcer notre autonomie stratégique», souffle-t-on au ministère de l’Industrie et de l’Energie.
Les mesures préconisées par les huit Etats membres signataires de cet appel visent à garantir le maintien de l’outil industriel chimique de l’UE, indispensable à l’ensemble de l’industrie, en particulier la santé, l’agroalimentaire, l’automobile ou l’aéronautique. Voire à envisager une «reconquête industrielle», selon le document.

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Décembre 2025
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
Le premier point concerne la reconnaissance d’un caractère stratégique ou critique pour une quinzaine de molécules chimiques (voir liste dans l’encadré ci-dessous). Sans surprise, sont listées les grandes molécules pétrochimiques, comme l’éthylène ou le propylène dont sont issus des multitudes de dérivés, et qui souffrent davantage des écarts de compétitivité et de la concurrence internationale. Alors que les capacités modernes et récentes en Asie, Moyen-Orient et Etats-Unis saturent le marché à des prix attractifs, les grands sites pétrochimiques européens, parfois vieillissants, restructurent en cascade.
Assouplir l'encadrement des aides
D’ailleurs, l’appel alerte aussi sur l’impact social, estimant que «plus de 50000 emplois qui dépendent de la pétrochimie pourraient disparaître après 2035» dans l’UE «si aucune action n’est prise». L’objectif de reconnaissance du caractère stratégique de ces molécules pourrait permettre notamment, selon les huit pays signataires, d’assouplir l’encadrement des aides d’Etat afin de mieux soutenir les filières et d’aider à moderniser les sites pour accroître leur compétitivité, tout en les accompagnant davantage dans leurs impératifs très onéreux de décarbonation. En parallèle, les molécules biosourcées (chimie verte) et le recyclage sont également appelées à être reconnues comme activités stratégiques pour, là encore, pourvoir apporter davantage de soutien financier public aux nouvelles usines et nouvelles technologies, lesquelles s’inscrivent dans la transition écologique et énergétique de la chimie.
Le texte préconise des mesures d’urgence pour que ces productions stratégiques et critiques aient accès à de l’énergie compétitive. Comme la possibilité d’une «extension de la compensation des coûts indirects à certaines molécules stratégiques et électro-intensives». Au ministère de l’Industrie, on explique que prolonger et renforcer au-delà de 2030 le dispositif de «compensation des coûts indirects du carbone» permettrait «de réduire le coût de l’électricité consommée», évoquant un moyen de «réduire de 20 à 30 euros du mégawattheure le prix de l’électricité pour un industriel énergo-intensif en Europe».
Enfin, les huit Etats membres demandent à la Commission de davantage «mobiliser les instruments de défense commerciale existants», comme les mesures anti-dumping, alors que les dossiers s’accumulent à Bruxelles et qu’ils demandent toujours plus de temps pour être traités.





