Dans sa ferme verticale, Towerfarm produit des actifs plus durables

Dans ses installations de Saint-Nom-le-Bretèche, la société innovante Towerfarm a mis au point un procédé de ferme verticale pour produire autrement des ingrédients dérivés de plantes pour la cosmétique, la pharmacie ou la nutraceutique. Le principal atout de cette technologie est de pouvoir sécuriser un approvisionnement local de plantes, avec une traçabilité et une durabilité garanties en toutes saisons. Rencontre avec deux co-fondateurs : Gérard Farache et Yishai Nissan.

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Towerfarm
Towerfarm produit des actifs pour la cosmétique dans ses fermes verticales.

Des tours en inox verticales de 2,65 mètres de hauteur, rotatives, recouvertes de végétation et éclairées par des ampoules LED, c'est le spectacle qui s'offre aux visiteurs équipés de charlottes, blouses et sur-chaussures lorsqu'ils pénètrent dans les salles propres de Towerfarm. La start-up, fondée en 2017, occupe quelque 1 000 m2 de superficie dans la serre de la Station V (pour végétal) de Saint-Nom-la-Bretèche (Yvelines). Elle s'est fait une spécialité de cultiver des plantes en aéroponie (culture hors-sol), dans des espaces à atmosphère contrôlée inspirés de l'industrie pharmaceutique. Ces espaces permettent des cultures 10 à 40 fois plus denses que celles pratiquées en plein champ. Les colonnes sont en effet conçues pour supporter des centaines de pots ouverts à leurs deux extrémités. La partie encastrée à l'intérieur de la colonne permet aux racines de croître, nourries par un brouillard nutritif riche en macroéléments (NPK) et en microéléments (Fe, Ca, Mg), sans utiliser de pesticides chimiques et sans jamais entrer en contact avec de la terre. La partie des pots, tournée vers l'extérieur, permet aux feuilles, parfois aux fleurs, de se développer. Feuilles, tiges, mais aussi racines, toutes les parties de la plante ont ensuite la possibilité d'être valorisées après la récolte. L'eau circule en circuit fermé avec un haut niveau de pureté, grâce à l'utilisation d'osmoseurs, et avec un taux de recyclage de 95 %.

Produire des actifs autrement

Cet environnement et ce procédé de ferme verticale ont été imaginés pour produire autrement des ingrédients dérivés de plantes pour la cosmétique, la pharmacie ou la nutraceutique. Le principal atout de cette technologie est de pouvoir sécuriser un approvisionnement local de plantes, avec une traçabilité et une durabilité garanties en toutes saisons, qu'il s'agisse de plantes endémiques ou d'espèces exotiques ou rares, explique Celina Rocquet, Strategic Business Manager. « Nous produisons des volumes de manière flexible et rapide (3-4 mois) sans contraintes saisonnières, climatiques et géopolitiques. On cherche à faire plus avec moins », poursuit-elle, en insistant sur l'économie de ressources.

Et pour réaliser ce tour de force, outre la maîtrise de cette culture verticale, ce qui rend Towerfarm si unique, c'est son savoir-faire agronomique. « On doit apprendre à copier la nature et être en mesure de produire plus de molécules d'intérêt en fonction d'un besoin industriel », résume Gérard Farache, co-fondateur et CEO. Pour chacun de ses projets, la société sélectionne méticuleusement ses plantes, avec une génétique adaptée à ses besoins. Puis elle élabore des protocoles précis qui définissent des conditions de culture. Un travail qui combine recherche bibliographique et essais pilotes. Ces conditions maîtrisées permettent ensuite à la plante de biosynthétiser plus massivement telle ou telle molécule naturelle, selon les principes de l'épigénétique. Et Towerfarm insiste sur la répétabilité de sa technologie, souvent plus performante que la nature. Cette dernière peut, en effet, être soumise à des aléas climatiques, des pollutions, etc., qui font que d'une année à l'autre, les récoltes ne se ressemblent pas tout à fait. Des écarts que l'on retrouve aussi au niveau d'une même espèce de plante lorsqu'elle est cultivée sur différents continents. Et tous ces protocoles et ces données sont désormais consignés dans une base de données unique. « Nous sommes en train de construire une base de données, s'appuyant sur l'IA, incluant tous nos acquis sur les protocoles et des paramètres géopolitiques », complète le CEO.

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Un savoir-faire agronomique

Parmi les grands principes de l'agronomie, Yishai Nissan, co-fondateur et directeur technique de l'entreprise, rappelle que la ressource génétique doit être la meilleure possible. Puis la plante a besoin de lumière, d'irrigation et d'un bon climat pour se développer. Pour Towerfarm, cela se traduit par la gestion de plus de 60 paramètres différents (longueur d'onde de la lumière, alternance de cycles jour/nuit, température, hygrométrie, intrants, ventilation, concentration de CO2…) pour tirer le meilleur parti de la plante et activer la biosynthèse de molécules cibles. Pour contrôler le développement de la plante et suivre la production de molécules cibles, Towerfarm a équipé ses installations de culture de caméras hyperspectrales. Elles permettent notamment de déterminer les bonnes dates de récoltes, correspondant au taux le plus élevé de matières actives. Towerfarm élabore des protocoles de culture à la demande de clients, mais aussi pour ses propres projets. Aujourd'hui, la société dit maîtriser la culture de 35 plantes.

Applications commerciales pour Shiseido et New Flag

Au-delà de ce travail agronomique, Towerfarm a entrepris de descendre plus en aval dans la chaîne de valeur. Outre la fourniture de plantes fraîches et congelées, la société propose des prestations de séchage doux et de micronisation par vortex, ainsi que de l'extraction d'actifs, en couplant l'usage de Nades, des solvants à faible empreinte carbone, à l'usage d'ultrasons, dans le respect des principes de la chimie verte. Des produits sous forme de poudres, avec une granulométrie maîtrisée, directement formulables dans des produits cosmétiques ou nutraceutiques, sont désormais commercialisés sous la marque Botanix. Tous ces développements ont été réalisés en interne ou dans le cadre de nombreuses collaborations extérieures avec des acteurs tels que l'Inrae, Icoa (Orléans), AgroParisTech, Sup Biotech, CNRS, l'université de chimie de Milan… Parmi les clients, la société compte de grands noms de la cosmétique. Exemple avec le groupe Shiseido, qui a implanté en France un centre de R&D et une usine à Orléans. Pour le cosméticien, Towerfarm amis au point des protocoles pour la culture de trois plantes - Centella asiatica, Tulsi (basilic sacré) et Coleus forskohlii - qui sont au cœur d'une gamme de 15 produits commercialisés sous la marque Ulé, depuis 2022. En cette rentrée 2025, c'est la marque de produits capillaires Urban Alchemy que le groupe New Flag s'apprête à lancer en France. 24 produits seront destinés aux professionnels des salons de coiffure, après un lancement réussi en Allemagne au printemps dernier. La plante utilisée est ici Eclipta alba.

Pour aller plus loin et financer son développement, Towerfarm travaille désormais à des levées de fonds. En cette rentrée, la société devrait pouvoir compter sur le soutien supplémentaire de quelques business angels. Puis Gérard Farache prépare une levée majeure pour 2027-2028. Des fonds qui seront utilisés pour financer de la R&D et les analyses connexes qui permettront d'étendre la gamme de plantes cultivées par Towerfarm. L'entreprise envisage aussi d'accroître sa production avec l'installation de nouvelles chambres de culture et des capacités de séchage et de micronisation de plus grande ampleur.

Entre la diversité des familles de plantes et des molécules qu'elles sont capables de synthétiser naturellement, le potentiel de la technologie est immense. Et Yishai Nissan d'ajouter que la puissance de l'épigénétique est aussi de pouvoir révéler des molécules cachées, celles qui vont s'exprimer lorsque la plante sera soumise à un stress bien particulier. Un défi agronomique qui démultiplie encore davantage le potentiel de cette biomasse végétale et dont la cosmétique n'a pas fini de s'intéresser.

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