Dans l’attente d’un gouvernement et d’un projet de budget pour 2026, la France connaît un vif débat sur l’enjeu de justice fiscale. La grève du 18 septembre a été l’occasion pour de nombreux manifestants d’imposer ce thème dans le débat public, alors que le débat économique s’enflamme sur la nécessité d’instaurer ou non un impôt plancher de 2% sur les patrimoines à partir de 100 millions d’euros, la taxe Zucman. Reçus mercredi 24 septembre à Matignon, les syndicats n’en sont pas ressortis satisfaits et prévoient par ailleurs une nouvelle journée de mobilisation jeudi 2 octobre prochain.
Face à cette situation, les représentants des entreprises veulent se faire entendre et multiplient les occasions de diffuser leurs arguments. Ils ont pu le faire un peu après les syndicats auprès du Premier ministre Sébastien Lecornu mercredi 24 septembre dans l’après-midi à Matignon, même si l’agenda de ce dernier publié deux jours auparavant ne mentionnait pas de telle rencontre. De quoi agacer le patronat dans un premier temps.
Un "énorme meeting" pour le Medef
Lors de l’événement «Big» organisé par Bpifrance mardi 23 septembre, le président du Medef Patrick Martin avait déjà annoncé, de façon assez isolée, l’organisation à venir d’un «énorme meeting» pour faire entendre la voix du patronat. Il se déroulera le 13 octobre. Dans son discours, celui qui s’oppose à toute hausse d’impôt pour les entreprises dans le prochain budget a insisté sur le fait que ces dernières devaient «revendiquer [leur] contribution essentielle au bien public», au moment où «circulent, avec un niveau de décibels extrêmement élevé, certaines théories dangereuses pour nos entreprises».
C’est dans ce contexte que l’Association française des entreprises privées (Afep), le lobby des grandes entreprises, a voulu communiquer plus ouvertement que d’habitude sur la dixième édition de son étude sur la contribution économique et sociale des grandes entreprises françaises à l’économie nationale. Celle-ci a été réalisée auprès de ses 117 membres, parmi lesquels on retrouve Airbus, CMA CGM, Danone, L’Oréal ou encore Lactalis, et porte globalement sur 2024.
85 milliards de prélèvements pour les membres de l'Afep
Les grandes entreprises de l’Afep ont ainsi payé environ 85 milliards d’euros en cotisations patronales, impôts et taxes l’année dernière, «soit 19% des impôts et taxes sur les entreprises», indique l’étude. L’Afep estime que ce montant pourrait gonfler de plus de 10% cette année, notamment à cause de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises et de la taxe sur les rachats d’actions prévues dans le budget 2025.
En parallèle, ces grandes entreprises ont réalisé 13% de la valeur ajoutée des entreprises commerciales françaises, soit 272 milliards d’euros, souligne l’Afep. Selon l’étude, 60% de cette valeur ajoutée est dirigée vers les salariés. Cependant, sur ces 164 milliards d’euros, une part de 27% correspond aux cotisations patronales qui bénéficient seulement indirectement aux travailleurs Pour le reste, 20% est orienté vers l’investissement, 15% revient à l’Etat et 5% aux actionnaires, qui bénéficient ainsi de 14 milliards d’euros. « Etant donné l’imbrication des grandes entreprises dans l’économie nationale et leur poids, les pénaliser ou les encourager a un impact sur l’ensemble de l’économie», a averti Bruno Clément-Ziza, directeur général adjoint de l’Afep.
Un total de 8,1 millions de salariés
L’association met aussi en avant le fait que 48% des effectifs de R&D de ses groupes se trouvent en France, alors que l’Hexagone pèse moins de 30% du total des 8,1 millions de salariés travaillant dans ces entreprises. «Cette surreprésentation de chercheurs dans l’Hexagone s’explique par un effet ‘crédit impôt recherche’ qui joue en faveur du territoire national», considère Bruno Clément-Ziza. Encore un message passé par l’Afep, alors que ce crédit d’impôt sur les dépenses de recherche figure souvent parmi les pistes d’économies pour le prochain budget.
De la même manière, le poids de l’emploi en France est plus important que celui du chiffre d’affaires réalisé dans ce pays, pour les membres de l’Afep, notamment car les sièges de ces entreprises s’y trouvent, avec leur lot de fonctions support. «Cette enquête confirme l’apport décisif des grandes entreprises à l’économie française et à notre modèle social», fait valoir dans un communiqué Patricia Barbizet. La présidente de l’Afep souligne par ailleurs «l'ampleur» de la contribution aux finances publiques de ces sociétés qui «témoigne de leur rôle incontournable dans le modèle français». Le message est passé, place à la bataille budgétaire.





