Economie

[Avis d'expert] La confiance collective, seul vaccin aux insécurités individuelles

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Tribune A peine le temps de réaliser que le confinement et le télétravail généralisé (et soudain) ont plutôt bien fonctionné, que les dirigeants d'entreprises doivent préparer le déconfinement. Ce dernier ne pourra pas être réussi sans l'implication des dirigeants et la mobilisation des managers. Telle est l'analyse d'Elsa Cuisinier, Directrice Générale de Colombus Consulting et fondatrice de Backstage 360.

[Avis d'expert] La confiance collective, seul vaccin aux insécurités individuelles
Pour réussir la sortie du confinement, les entreprises vont devoir s'appuyer sur les managers.
© Fotolia

Équiper un barrage d’explosifs, appuyer sur le détonateur et prier pour que l’eau n’inonde pas la vallée… Voilà l’état d’esprit dans lequel sont de nombreux chefs d’entreprise à l’heure du déconfinement. Après huit semaines d’enfermement forcé, de travail à distance qui a nécessité une révision des process et une réinvention de soi-même, ils doivent désormais poser, dans l’urgence, les bases de leur stratégie de reprise.

Jeu d'équilibriste

Au-delà du casse-tête opérationnel, logistique et de planification qu’elle constitue, la reprise d’activité est avant tout un défi humain. Comment intégrer, dans un temps record, les contraintes sanitaires, de flux, contextuelles (les transports, l’école), les barrières psychologiques et les freins réglementaires pour créer les conditions de sécurité d’un retour au travail ? Comment expliquer à ses collaborateurs qu’ils peuvent revenir travailler sans crainte alors que rien n’a changé, que le virus est toujours là ?

C’est un jeu d’équilibriste qui s’annonce, dont les entreprises ne sortiront gagnantes qu’à deux conditions : que le retour sur site ne soit pas une charge encore plus complexe et traumatisante que celle du confinement. Et que les collaborateurs aient confiance dans la gestion de crise de leurs dirigeants.

Doutes immnenses 

Confiance, voici le maître-mot de l’après-confinement. Il faudra la rétablir et la maintenir sans flancher, dans les prochains mois, alors que l’épidémie continuera de grignoter le moral des troupes. Et pour que le sentiment de sécurité des collaborateurs soit total, les choix logistiques et sanitaires effectués devront être clairs, cohérents et parfaitement exposés. Il faudra aussi soigner l'accueil au retour sur site, ouvrir une cellule de soutien psychologique, et sans doute prévoir un accès simple et direct à une cellule médicale.

Le chantier est immense. Et les doutes aussi, tant la jurisprudence manque en la demeure. S’il existe des grilles normatives permettant aux entreprises de gérer les aspects logistiques et sanitaires du déconfinement mais aussi d’ériger des règles collectives, il n’existe aucun manuel permettant d’éliminer les risques de burn out humains. Alors tout le monde tâtonne et cherche la stratégie qui limitera la casse.

Cinq piliers

Comme aux toutes premières heures du confinement, les entreprises vont devoir, pour réussir leur plan de reprise d’activité, mettre en place un dispositif d'accompagnement et une gouvernance structurée reposant sur cinq piliers :

- Une gouvernance pluridisciplinaire et transverse, sur le modèle d’une task force, regroupant les fonctions Immobilier, RH, Relations Sociales, Informatique et Communication, la cellule de conduite du changement et les patrons des métiers.

- Des relais dans chaque direction métier pour organiser, déployer et conduire le changement. Ces relais devront être animés de manière centralisée pour garantir la cohérence du tout.

- La mise en place de surveys, pour faire remonter l'information, mais aussi de forums digitaux d'échanges.

- L’organisation de boucles de retour terrain permettant de faire évoluer la stratégie de conduite du changement et de reprise d'activité en fonction des retours obtenus.

- Une implication sans faille des patrons des métiers et du COMEX dans la conduite du changement, mais aussi dans la communication des directives et des choix opérés pour la reprise. C’est à eux qu’incombe le devoir de prouver que tout est mis en œuvre pour que les collaborateurs se sentent en sécurité. Ce sont eux, aussi, qui devront projeter tout le monde vers l'avenir. Plus que jamais, ils devront être clairs sur la raison d'être de l'entreprise, son utilité, redonner du sens et un sentiment de fierté à leurs collaborateurs, trouver les bonnes nouvelles qui redonnent espoir malgré la crise, et être transparents sur l’état de l’activité.

Managers en première ligne

Dans un monde en berne, où l’incertitude est devenue la seule certitude, cette conscience collective est le dernier rempart au sentiment d’insécurité individuelle. C’est parce qu’ils ont foi dans le projet de l’entreprise et dans ceux qui la gouvernent, que les collaborateurs trouveront les ressources mentales et physiques de revenir, d’une certaine façon, au temps d’avant malgré l’épidémie.

Pour diffuser ce souffle et ce vent d’optimisme à tous les étages de l’entreprise, les dirigeants pourront s’appuyer sur les soldats en première ligne : les managers. Charnière centrale du dispositif de reprise d’activité, les managers auront la lourde charge d’entretenir un climat de sérénité psychologique, de repérer ceux qui trébuchent et ceux qui craquent, de revitaliser les équipes, et de les repositionner dans un esprit de conquête et de productivité.

Un rubik's cube complexe

C’est sur eux, principalement, que reposera la reconstruction. Et cela signifie qu’ils devront, plus que jamais, être soutenus et guidés. Une posture qui nécessitera quatre actions fondamentales de la part des équipes dirigeantes :

- Clarifier leurs rôles, à savoir ce que l’on attend d’eux, et les informer, dans le détail, des directives prises par l'entreprise. Ou bien la peur liée au contexte, dont ils ne sont pas exclus, les mettra dans l'incapacité de manager.

- Leur donner des espaces de partage à travers des groupes de co-développement, mais aussi des moments où ils peuvent se poser avec leurs équipes pour échanger et les rassurer.

- Leur demander d'être fermes et directifs sur les règles sanitaires, ce qui n'est pas vraiment dans l'air du temps aujourd'hui en matière de management.

- Mettre en place des procédures de remontée d'alerte lorsqu’ils identifient un collaborateur en souffrance. Le manager n'est pas un psychologue. Il doit réorienter vers un professionnel.

Les informer, leur donner les outils pour manager, les soutenir, et leur permettre d'échanger entre eux. Voilà comment sécuriser les managers dans leur rôle. Une chose est sûre : ils auront beaucoup de choses à se dire tant ce qui les attend ressemble au plus complexe des Rubik’s Cube. Ils devront créer de la proximité à l’heure de la distanciation sociale imposée. Et partir au combat sans tout connaitre de l’état émotionnel et de la vie privée de leurs fantassins. Une chose que même les militaires n’imagineraient pas avant d’envoyer leurs commandos en mission.

 

Elsa Cuisinier, Directrice Générale de Colombus Consulting et fondatrice de Backstage 360

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la responsabilité de la rédaction de L'Usine Nouvelle. 

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