Les dollars sont plus verts que jamais. Honda et l’industriel sud-coréen LG ont annoncé le 30 août qu’ils s’engageaient à investir 4,4 milliards dans une nouvelle usine de batteries pour véhicules électriques, dont la construction devrait commencer en 2023, probablement dans l’Ohio à proximité des chaînes américaines de Honda, et qui pourrait tourner à plein régime dès 2025. Le même jour, First Solar, le premier fabricant américain de panneaux solaires, dévoilait un projet de 1,2 milliard de dollars pour un nouveau site de production dans le Sud-Est des Etats-Unis, avec 850 emplois à la clé et la promesse de 15 000 jobs directs ou induits à l’horizon 2025.
Les investisseurs n’ont pas manqué de rendre hommage au premier initiateur de ces projets : un gouvernement Biden dont le « Inflation Reduction Act » (IRA), un ensemble de mesures fiscales voté mi-août par le Congrès, promeut le grand retour des Etats-Unis dans le secteur des énergies renouvelables.
Contrer la domination chinoise
Certes, les industries n’avaient pas attendu ce signal pour opérer une spectaculaire offensive, marquée par les nouvelles usines de batteries de General Motors et LG en Ohio, dans le Michigan et le Tennessee, par les quelque 5,8 milliards de dollars investis par Ford dans deux centres de production de batteries dans le Kentucky et les projets déjà en travaux de Stellantis dans l’Indiana. Mais l’engagement de l’Etat américain dans une politique industrielle inédite aux Etats-Unis - l’assurance du maintien de ces aides fiscales pendant dix ans - suscite une mobilisation générale, particulièrement dans le solaire, un secteur déjà dominé à 85% par la Chine qui pourrait devenir le premier producteur de 95% de ses composants essentiels, comme les polysilicones, dans les prochaines années, selon un récent rapport de l’International Energy Agency.
Après First Solar, qui reconnaît que « les incitations apportent précisément les fondations de la politique industrielle durable que nous demandions », c’est au tour de Qcell, le fabricant coréen implanté à Dalton, en Géorgie, de donner crédit au Inflation Reduction Act pour « un investissement de plusieurs milliards dans toute la chaîne de production solaire » et de prospecter au Texas, autour de Dallas et Fort Worth pour le site d’une prochaine usine de 9 GW d’un coût de 1,8 milliard de dollars. Quant au Suisse Mayer Berger, il annonce lui aussi un regain d’activité dans son usine de Goodyear en Arizona et une production supplémentaire de 3,7 GW de panneaux solaires.
Les mesures fiscales arrivent aussi à point pour rendre l’optimisme à l’industrie éolienne, déjà capable de produire plus de la moitié de l’électricité d’Etats du Mid Ouest comme l’Iowa, mais menacée d’un côté par la hausse des prix de ses technologies, les goulets d’étranglement de transport et de logistique de ses énormes infrastructures, la grogne montante des riverains, et de l’autre par la baisse des marges sur un marché de plus en plus disputé.
Mesures fiscales contre engagements sociaux des entreprises
La reconduction par l’IRA, pour dix ans, de crédits d’impôts jusqu’alors dégressifs et censés s’achever cette année augure une relance du secteur, mais elle n’est pas gratuite. Les grâces fiscales s’accompagnent de nouvelles contraintes pour les entreprises, des minimums de salaires pour les employés des sites et le recours prioritaire à l’embauche dans les centres d’apprentissages voisins des champs d’éoliennes. Par ailleurs, les tractations politiques avec les élus du Congrès proches de l’industrie pétrolière, décisives pour le passage de la loi, compliquent les projets offshore. L’ouverture de nouveaux sites éoliens en mer est conditionnée par l’expansion des zones de forages pétroliers à terre sous contrôle fédéral, ce qui ajoute une autre incertitude aux projets.
Il n’empêche. Un récent rapport du consultant Rystad Energy prévoit, par l’effet des nouvelles lois, un probable niveau de 270 GW d’électricité produite par les éoliennes terrestres avant 2030, à comparer aux 193 GW jusqu’alors attendus pour la fin de la décennie avec les anciennes incitations fiscales. La machine est lancée.
Philippe Coste, aux Etats-Unis





