ArcelorMittal promet 1,2 milliard d’euros d’investissement à Dunkerque dans un four électrique

«Plus positif» sur le marché européen, le groupe sidérurgique veut relancer son projet de construction d’un four à arc électrique sur son site de Dunkerque (Nord). La décision finale d’investissement pourrait être prise après l’été. Le groupe ne s’avance pas sur le reste de son plan de décarbonation et ne revient pas non plus sur son plan de suppression de 638 postes en France. 

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ArcelorMittal Dunkerque
Arcelor Mittal doit relancer à la fin de l'été son projet de construction d'un four à arc électrique géant à Dunkerque

ArcelorMittal donne des gages sur le maintien de son implantation industrielle en France. Le sidérurgiste a annoncé, jeudi 15 mai, son intention d’investir 1,2 milliard d’euros dans la construction d’un four à arc électrique sur son site de Dunkerque (Nord). «Ce sera la première étape de notre décarbonation en France», confirme Alain Le Grix de la Salle, le président d’ArcelorMittal France. Pour l’instant, la décision d’investissement n’a pas encore été prise, mais le groupe estime pouvoir la confirmer «juste après l’été». Le sidérurgiste ne revient en revanche pas sur son plan de suppression de 638 postes en France, dans les fonctions support mais aussi dans la production au sein de ses principales usines, y compris l’énorme aciérie de Dunkerque.

Des perspectives plus positives selon ArcelorMittal

Même si la crise de la sidérurgie européenne, confrontée à la concurrence forte de l’acier chinois, est loin d’être terminée, ArcelorMittal estime que les conditions ont changé. «Nous sommes plus positifs qu’il y a deux ou trois mois car nous voyons le soutien de la Commission européenne arriver avec le plan acier», assure Alain Le Grix de la Salle, même si «il reste à voir la mise en œuvre de ces décisions».

Ce plan européen doit notamment limiter les quotas d’importations d’acier mis en place par le mécanisme de sauvegarde, mais aussi renforcer la taxe carbone aux frontières et créer des débouchés pour l’acier vert européen avec la création de marchés pilotes. Jusqu’à présent, les sidérurgistes européens réunis dans Eurofer s’étaient montrés prudents, pointant des mesures trop tardives pour vraiment changer la donne. «Ces mesures nous permettront de rétablir une concurrence équitable», estime désormais le sidérurgiste.

En annonçant la relance de ses investissements, le groupe envoie un signal positif au gouvernement, alors qu'Emmanuel Macron a assuré lors de son intervention sur TF1 vouloir tout faire pour sauver les sites de Fos-sur-mer (Bouches-du-Rhône) et Dunkerque. Depuis l’annonce de son plan de licenciement, perçu par les syndicats comme une menace d’un désengagement du sidérurgiste de ses usines européennes, moins rentables que ses aciéries au Brésil, en Inde ou aux Etats-Unis, la pression politique est monté sur le groupe. Et Bercy, qui s'est démené pour pousser le plan d'urgence sur l'acier européen, avait mal vécu sa décision alors que le sidérurgiste avait déjà annoncé en novembre 2024 le report de son vaste plan de décarbonation.

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Un four à arc électrique de 2 millions de tonnes 

Pour le sidérurgiste, cet investissement dans un four à arc électrique revient à scinder en deux son plan initial de 1,8 milliard d’euros, dont 850 millions d’euros d’aides publiques apportées par l’Etat. Celui-ci prévoyait de construire une unité de réduction directe du fer (DRI), capable de «réduire» le minerai grâce à du gaz naturel ou de l’hydrogène, ainsi que deux fours électriques. «On parle d’une phase 1. Le plan de décarbonation de Dunkerque sera évolutif», prévient le président d’ArcelorMittal France.

ArcelorMittal prévoit au final d’investir dans un seul four à arc électrique d’une capacité de 2 millions de tonnes par an. Une taille bien plus importante que ses autres fours en cours de construction à Gijon en Espagne, d’une capacité de 1,1 million de tonnes par an et à Calvert aux Etats-Unis, avec une capacité de 1,5 million de tonnes. Le groupe y voit le moyen de conforter la production d’acier vert à Dunkerque, indispensable pour le maintien en aval de toute la filière, mais en limitant les investissements et les risques.

Les fours à arc électrique permettent de fondre de la ferraille, issue de chutes de production ou de produits en fin de vie, pour le recycler en acier. Cette voie, moins émettrice en CO2 que les hauts-fourneaux, assure déjà plus de 40% de la production d’acier brut en Europe. A l’avenir, les fours à arc électrique pourront aussi servir à fondre le minerai de fer pré-réduit, dans les réacteurs DRI, grâce à de l’hydrogène ou du gaz naturel.

Le projet de DRI reste suspendu 

La question de la localisation de l’unité de DRI, en revanche, reste ouverte. Pour l’instant, le projet de construction d’une unité à Dunkerque reste suspendu. ArcelorMittal considère toujours qu’il «n’y a pas de modèle économique en Europe du fait du coût du gaz». Certains experts estiment que l’Europe pourrait in fine importer du minerai pré-réduit de Brésil ou d’Australie, qui disposent à la fois de minerai et d’énergie abordable.

Des questions restent encore à lever pour ArcelorMittal. Pour sécuriser le prix de l’électricité, une variable cruciale pour assurer sa compétitivité, le groupe a bien avancé dans ses négociations avec Edf autour d’un contrat de long terme (CAPN). Mais le bouclage du financement des 1,2 milliard d’euros reste encore à finaliser, reconnaît la direction du sidérurgiste. Les subventions de 850 millions d’euros accordées par l’Etat début 2024, et validées par la Commission européenne, s’appliquent au projet de construction du DRI. «On ne sera pas en mesure de les utiliser pour le four électrique», reconnaît Alain Le Grix de la Salle. De quoi ouvrir d’autres discussions potentielles avec les pouvoirs publics. Le 12 mai, Lakshmi Mittal et son fils Aditya, directeur général du groupe, ont été reçus à l’Elysée. 

Dans ce contexte, ArcelorMittal rappelle d'ailleurs que ses investissements en France devraient monter à 2 milliards d’euros au total dans les années à venir, en y ajoutant la construction d’une nouvelle ligne de production d’acier électrique à Mardyck, pour 500 millions d'euros, et les investissements de remise à niveau des installations déjà consentis à Dunkerque pour 254 millions d’euros et 53 millions d’euros à Fos. De quoi maintenir la pression. 

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