Engagements tenus ! La mue industrielle de Stellantis vers l’électrification n’est plus de l’ordre des promesses de papier. Le constructeur automobile a tenu à en faire la démonstration, jeudi 3 octobre, devant le nouveau ministre de l’Industrie. Pour sa troisième visite de terrain, Marc Ferracci s’est rendu dans la plus ancienne usine automobile de France, à Sochaux (Doubs). Il est venu saluer “ce qui se fait ici”, dans le fief de Peugeot qui a fabriqué plus de 24 millions de véhicules thermiques depuis sa création en 1912 et prend désormais le virage de la mobilité électrique.
Depuis le début de l’été, les nouvelles versions des modèles de SUV 3008 et 5008, conçus sur une nouvelle plateforme modulaire multi-énergie (capable d’accueillir des groupes motopropulseurs thermique, hybride et électrique), sont assemblés dans un atelier de montage modernisé. L’ensemble du site industriel a été réorganisé en 2022 pour gagner en efficacité et réduire les coûts (notamment logistiques). Un atelier de ferrage et un atelier de préparation de packs batteries ont également vu le jour en 2023.
De quoi offrir une seconde jeunesse à un site industriel emblématique qui conçoit des véhicules d’avenir grâce à 6000 employés en production et en ingénierie. «Cette usine illustre parfaitement que non seulement la reconquête industrielle de notre pays est possible, mais qu’elle est en marche», s’est réjoui Marc Ferracci, réputé proche d’Emmanuel Macron.
3 milliards d’euros d’investissement
Sochaux n’est qu’un exemple des investissements massifs consentis par Stellantis ces dernières années pour mettre à jour l’ensemble de ses outils de production français et ainsi tenir sa promesse de fabriquer douze véhicules électriques dans l’Hexagone en 2025. Assemblage, fonderie, composants mécaniques… il a fallu injecter beaucoup d’argent pour moderniser le «puzzle compliqué» que forment les usines du groupe. «C’est tout notre système industriel qu’on a transformé depuis cinq ans», explique Arnaud Deboeuf, grand patron du manufacturing pour le groupe automobile. «Depuis cinq ans, Stellantis a investi en France près de trois milliards d’euros dans son outil industriel pour assurer un avenir à toutes nos usines de véhicules, mais aussi à nos usines mécaniques».
Des bascules plus ou moins conséquentes ont eu lieu selon les sites, dont l’ensemble des directeurs avaient fait le déplacement jusqu’à Sochaux. À Metz (Moselle), les sites de Borny et de Tremery ont tous deux muté. Sur chaque site, une coentreprise est née en complément de leurs activités thermiques traditionnelles. Chez le premier, 130 millions d’euros ont été investis pour lancer “e-Transmissions”, qui fabrique des boîtes de vitesse électrifiées quand “e-Motors” a été lancé chez le second grâce à un investissement de 288 millions d’euros pour fabriquer des moteurs électriques qui équipent les Peugeot 3008 et 5008. Dans le Haut-Rhin, au cœur de l’usine d’assemblage de Mulhouse, 73 millions d’euros ont été investis pour fabriquer des packs batteries ainsi que des trains arrière. À Charleville, dans les Ardennes, ce sont 31 millions d’euros qui ont été débloqués pour permettre à la fonderie de couler des carters de moteurs électriques qui doivent remplacer à terme l’historique production de culasses des moteurs thermiques.
Toutes les usines françaises du groupe concernées
L’usine de transmission de Caen (Normandie) a reçu 11 millions d’euros pour produire des transmissions pour véhicules électriques et hybrides quand celle de Valenciennes (Nord) s’est vue adjuger 170 millions d’euros pour fabriquer des réducteurs de vitesse. Sans oublier ACC, coentreprise entre Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz, qui a construit sa première gigafactory à Douvrin (Nord), en face de la Française de Mécanique. L’usine doit produire des batteries pour les modèles Peugeot fabriqués à Sochaux, mais la montée en cadence de la production s’avère difficile. «Nous allons produire entre 2000 et 4000 batteries cette année, c’est sensiblement moins que ce que nous espérions», concède Yann Vincent, son dirigeant, qui estime être en mesure de d’équiper entre 100000 et 150000 voitures en 2025.
Tous ces investissements et ces nouvelles activités sur le sol français sont «la preuve de la confiance sur la qualité de la formation scientifique et des opérateurs que nous avons dans ce pays», a salué Carlos Tavares. En interne, certains salariés grognent toutefois. Les organisations syndicales dénoncent depuis plusieurs mois des réductions de coût jugées excessives couplées à un pression forte sur les équipes. Interrogé à ce propos, Carlos Tavares «s’inscrit en faux là-dessus» et assure qu«aucune fonction fondamentale de l’entreprise n’a été supprimée», sans pour autant renier son combat contre les coûts, jugé fondamental dans le contexte actuel de pression sur les prix et de concurrence accrue. «Si on fait des efforts sur les coûts, c’est pour servir nos clients», assène le dirigeant.
Carlos Tavares défend son bilan... avant la retraite en 2026 ?
Fin de carrière pour Carlos Tavares ? En déplacement dans l’usine de Sochaux mercredi 3 octobre, le dirigeant portugais a indiqué qu’il pourrait prendre sa retraite à l’issue de son actuel mandat de directeur général de Stellantis. «En 2026, la personne qui vous répond aura 68 ans, c'est un âge raisonnable pour prendre sa retraite. C’est une option», a-t-il déclaré. Selon l’agence de presse Bloomberg, Stellantis a lancé en interne le processus de succession pour trouver un remplaçant à Carlos Tavares, qui a passé sa carrière chez Renault avant de rejoindre PSA en 2014 puis de mener la fusion du groupe avec Fiat-Chrysler en 2021.
Cette déclaration intervient quelques jours après que le constructeur a revu à la baisse ses prévisions de résultats financiers pour l’année fiscale en cours, sur fond de cyclicité du marché automobile et de difficultés opérationnelles aux États-Unis. Concrètement, le constructeur connait sa première crise (le groupe a effacé ses gains boursiers depuis sa création après la publication de son “profit warning”). «L’entreprise reste rentable, elle n’est pas en difficulté vis-à-vis de sa survie tout de suite mais c’est un avertissement», a reconnu Carlos Tavares, regrettant des «vents contraires puissants» mais assurant être capable de trouver des solutions avant la fin de son mandat. Il a par ailleurs démenti l'hypothèse d'un rapprochement entre Stellantis et Renault, de "pures spéculations".





