L’électrification des procédés industriels s’impose de plus en plus comme une évidence. Pas par hasard, mais bien parce qu’elle résulte d’une convergence de facteurs favorables. Désormais plus lisible, la réglementation en fait partie. « Ces deux dernières années, le contexte a été un peu compliqué pour le secteur industriel, notamment dû à la phase de négociation des prix post-ARENH. Cette période est en cours de résorption, cela augure une dynamique positive sur les prochaines années », a souligné David Lolo, chef de projet de La Fabrique de l’industrie, lors de la 4e édition des Rencontres de l’électrique, qui s’est déroulée à Dunkerque le 4 février.
En l’occurrence, le futur mécanisme ETS2 (systèmes d’échange de quotas d’émissions) structure les trajectoires industrielles. En élargissant la tarification carbone à de nouveaux usages thermiques, il introduit un signal économique clair, avec une entrée en régime pleinement opérationnelle à partir de 2028. Cette visibilité rapproche les décisions d’investissement. D’autres lois viennent compléter le tableau. Notamment Industrie verte, qui accélère et simplifie l’implantation de projets industriels bas carbone, en reconnaissant explicitement les technologies de décarbonation comme stratégiques. Sans oublier également la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), dont la mise en œuvre s’intensifie à partir de 2026.
Cette maturité réglementaire fait aussi écho à celle des technologies d’électrification, désormais déployables massivement sur des sites industriels. Le débat ne porte plus sur la faisabilité, mais plutôt sur la réussite d’une intégration progressive dans les procédés existants.
Les nouveaux enjeux sont ceux du rythme et du pilotage des décisions industrielles, sous l’effet combiné du cadre réglementaire et des attentes croissantes des clients. Le cadre est posé : l’enjeu se déplace désormais vers l’énergie et les coûts qui conditionnent le passage à l’échelle de l’électrification industrielle.
Énergie et compétitivité : les nouveaux arbitrages industriels
L’électrification pousse à repenser la manière d’intégrer l’énergie dans les arbitrages économiques. Le raisonnement ne porte plus uniquement sur un prix instantané, mais sur la visibilité et la stabilité dans le temps.
En France, 60 % des entreprises industrielles s’approvisionnent en électricité via des contrats au tarif réglementé ou à prix fixe*. Ce choix traduit une recherche de prévisibilité dans un contexte énergétique incertain, et s’inscrit dans une évolution plus structurelle du mix énergétique industriel ; la part de l’électricité est passée de 32 % en 1990 à 36 % en 2024*. Cette dynamique est appelée à s’amplifier. Le scénario de référence de RTE prévoit une hausse de la consommation d’électricité comprise entre 20 % et 40 % d’ici à 2050, selon les trajectoires retenues.
Dans ce contexte, la sécurisation de l’approvisionnement électrique et la visibilité dans le temps deviennent des leviers de maîtrise économique. L’électrification s’intègre ainsi de plus en plus aux stratégies d’investissement et de compétitivité de long terme, comme un choix industriel structurant. Car les équipements industriels imposent de raisonner l’énergie sur l’ensemble du cycle d’investissement, et non comme une réponse conjoncturelle. « C’est une vraie opportunité, qui vaut la peine d’être relevée, parce que cela change tout l’état d’esprit de nos entreprises », ajoute Frédéric Motte, Président de la mission REV3 et Conseiller régional délégué à la transformation économique des Hauts-de-France.
L’électrification comme facteur de souveraineté industrielle
L’électrification est aussi une réponse face à des enjeux de souveraineté et d’attractivité industrielle de plus en plus importants. La capacité à sécuriser l’approvisionnement électrique, à maîtriser la disponibilité et la visibilité dans le temps deviennent des facteurs de résilience qui pèsent dans les différentes décisions stratégiques. Le rôle de l’écosystème énergétique est ainsi central pour accompagner la montée en charge, adapter les infrastructures et sécuriser les choix dans la durée.
Au-delà de l’énergie elle-même, les gains opérationnels sont souvent sous-estimés. Pourtant, l’électrification améliore la performance et la pilotabilité des procédés, facilite la maintenance et renforce l’intégration numérique. Rappelons aussi qu’elle contribue à une meilleure qualité des produits, à l’amélioration des conditions de travail et à la baisse des rebuts. C’est ce que confirme Jérôme Clichy, Truck manager pour le groupe Gorrias qui s’est équipé de camions électriques : « Certes l’investissement dans un véhicule électrique est 2,5 fois plus cher au départ, mais la rentabilité se calcule sur différents niveaux. Déjà, le certificat d’économie d’énergies pèse jusqu’à 20 % de la valorisation du camion. Ensuite on ne parle plus du litre au cent mais du kilowatt au cent, c’est la donnée à maîtriser, ce qui nous permet d’acheter le kilowatt au meilleur moment de la journée. Et enfin, on a un payback. Après 24-36 mois d’utilisation, on a une approche économique avantageuse. »
Autant de gains opérationnels qui se traduisent directement en gains financiers. Et qui complètent une réglementation stabilisée et des bénéfices concrets, portant l’électrification des procédés industriels comme une décision structurante pour les décennies à venir.
* Source DGE, janvier 2026.
Contenu proposé par EDF
