Développer des solutions de cybersécurité augmentées et souveraines, afin de renforcer la résistance de l’industrie aux cyberattaques. C’est l’objectif du programme de R&D Cybelia, lancé officiellement le 20 juin par l’institut de recherche technologique (IRT) privé SystemX, en partenariat avec l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi), le Campus cyber et le Comité Stratégique de filière des industries de cybersécurité.
Doté d’un budget de 20 millions d’euros sur quatre ans dans le cadre de France 2030, Cybelia repose sur le travail d’équipes pluridisciplinaires composées à la fois d’ingénieurs cybersécurité et d’experts métiers, afin de développer les solutions les mieux adaptées. «Pendant huit mois, nous avons collaboré avec une quinzaine d’industriels afin d’identifier les besoins prioritaires et les cas d’usages industriels», précise Gilles Desoblin, coordinateur du programme.
Trois cas d’usage identifiés à ce jour
A ce jour, trois principaux cas d’usage ont été identifiés par les ingénieurs du programme Cybelia et ses partenaires industriels. Le premier, «opérateur cyber augmenté», a déjà été lancé et réunit la filiale cyber d'Airbus, Airbus Protect, le gestionnaire du réseau électrique RTE et la plateforme OverSOC. L’objectif : faciliter la prise de décision des opérateurs des Centres opérationnels de cybersécurité (SOC) en s’appuyant sur l’automatisation des analyses grâce à des solutions d’IA générative et des modèles de langages. Mais aussi inventer des solutions qui s’intégreront dans les systèmes industriels, en tenant compte des contraintes opérationnelles et métiers.
«Les experts métiers et les ingénieurs cybersécurité peuvent être situés dans des espaces géographiques très différents, comme c’est le cas pour RTE. Nous allons notamment travailler à la création de plateformes communes permettant de réconcilier l’expertise métier et technique pour faciliter la compréhensionet le partage d’information», précise Gilles Desoblin. L’idée : produire des composants logiciels intégrés dans les systèmes industriels, mais aussi de la documentation et des connaissances, afin que chaque opérateur ait la même connaissance opérationnelle.
Sécuriser le partage de connaissance avec les sous-traitants
Le deuxième cas d’usage, qui démarrera d’ici à 2025, se concentre sur l’automatisation des prises de décision pour les systèmes embarqués (drones, voitures, trains, systèmes de défense, etc.), afin que ces derniers soient capables de détecter et de résoudre les menaces de manière autonome.
Enfin, le troisième cas d’usage, qui sera également initié l’année prochaine, est baptisé «collaborations sécurisées en environnements non maîtrisés». Il vise à développer un système sécurisé de partage de l’information entre un industriel et sa chaîne de fournisseurs et sous-traitants, par lesquels passent de plus en plus de cyberattaques, selon l'Anssi, mais aussi ses clients et filiales. «L’idée est d’améliorer la résilience, mais aussi l’efficience opérationnelle de l’ensemble de la chaîne de sous-traitants, notamment au travers de solutions de chiffrement des systèmes d’authentification à la fois robustes et simplifiés», détaille le coordinateur du programme Cybelia. Un pan formation et montée en compétences des opérateurs y sera intégré.
Pour l’heure, ces solutions sont testées en laboratoire, sur la plateforme d’évaluation des infrastructures cyber-physiques complexes dite CHESS, mise au point par SystemX. L’objectif de l’institut est ensuite d’aller intégrer lui-même ses solutions chez les industriels partenaires afin de faciliter le transfert de l’innovation. «Aujourd’hui, on constate une perte des investissements au moment de l’intégration car cette dernière n’est pas accompagnée par des équipes mixtes permettant d’assurer la continuité», déplore en effet Gilles Desoblin. Reste encore, pour les deux derniers cas d’usage, à identifier les meilleurs partenaires industriels.








