Décidément, rien ne va plus entre GlobalFoundries et IBM. Le grand fondeur américain de semi-conducteurs a annoncé, le 19 avril 2023, avoir engagé une action en justice contre Big Blue pour détournement illégal de secrets technologiques et commerciaux. Un nouvel épisode qui fait monter d’un cran les tensions entre ces deux entreprises emblématiques de l’industrie américaine de semi-conducteurs.
IBM a marqué l’histoire des semi-conducteurs jusqu’à devenir à certains moments à la fois le plus gros producteur et plus gros consommateur de puces. Ses difficultés l’ont toutefois contraint à sortir du marché en transférant en 2015 ses activités industrielles et commerciales dans ce domaine à GlobalFoundries. Mais il a conservé une forte activité de recherche et de conception pour continuer à maitriser le développement de ses processeurs Power et Z au cœur de ses serveurs à hautes performances, gros ordinateurs et supercalculateurs.
Un immense portefeuille de propriété intellectuelle en jeu
Avec la transaction de 2015, GlobalFoundries estime être devenu le seul propriétaire de l’immense savoir-faire et portefeuille de propriété intellectuelle accumulé pendant des décennies par IBM, notamment à travers le programme collaboratif de R&D au complexe NanoTech d’Albany à New York. Il nie à Big Blue le droit de monétiser cet actif dans le cadre de partenariats comme ceux conclus récemment avec Intel ou Rapidus, une société récemment créée au Japon pour produire des circuits logiques de 2 nanomètres et moins.
Ce n’est pas la seule pomme de discorde entre les deux entreprises. Dans un contexte d’accélération de la chasse aux talents sur fond de pénurie, GlobalFoundries reproche à IBM une politique de débauchage sauvage de talents dans son usine phare à Malta, près du complexe NanoTech d’Albany, pour son projet de partenariat avec Rapidus. Il demande à la justice de contraindre Big Blue de mettre fin à cette pratique.
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L’action de GlobalFoundries sonne comme la réponse du berger à la bergère. Car c’est IBM qui a initié le contentieux judiciaire en attaquant le fondeur de puces en 2021 pour manquements à ses engagements. L’accord de vente de 2015 était assorti d’un partenariat commercial et technologique de 10 ans faisant de GlobalFoundries le fabricant attitré des processeurs Power et Z d’IBM. Seulement voilà : GlobalFoundries a décidé en 2018 de se retirer de la course de la loi de Moore et de se cantonner aux technologies de 12 nanomètres et plus, obligeant IBM à transférer la fabrication de ses puces à Samsung avec pour conséquences des retards sur le planning initial de développement de ses matériels et des coûts supplémentaires liés à la revue de la conception de ses circuits.
Cession d'anciens actifs d'IBM
GlobalFoundries ne s’est pas contenté d’arrêter unilatéralement le développement des technologies de 10 et 7 nanomètres figurant dans la feuille de route convenue avec IBM. Pour optimiser ses activités industrielles et réduire ses pertes chroniques, il s’est également engagé dans un programme de cession d’anciens actifs d’IBM. En 2019, il a conclu un accord de vente de l’ancienne usine de 300 mm de Big Blue à East Fishkill, dans l’Etat de New York, à Onsemi pour un montant de 430 millions de dollars. L’opération a provoqué la colère d’IBM, qui accuse GlobalFoundries de faire des bénéfices sur son dos. Cela n’a pas empêché le fondeur américain de poursuivre les cessions d’anciens actifs d’IBM pour un montant total d’environ 1 milliard de dollars.
Selon Jean-Pierre Della Mussia, un expert des semi-conducteurs, IBM aurait pu vendre ses usines ou fermer son activité dans les semi-conducteurs. Mais cela serait allé à l’encontre de sa stratégie de maitrise des processeurs de ses matériels dont il fait la clé de sa différenciation sur le marché. C’est pourquoi il a préféré transférer en douceur son activité microélectronique à GlobalFoundries, dans lequel il voyait un partenaire stratégique. Et comme cette activité est déficitaire, il a accepté de lui donner un chèque de 1,5 milliard de dollars.
La mise en œuvre du Chips Act américain ne fait qu’attiser les tensions entre les deux anciens partenaires. IBM et GlobalFoundries sont tous deux en course pour bénéficier des largesses de ce plan à 52 milliards de dollars : le premier pour étoffer ses équipes de R&D dans le cadre du partenariat avec Rapidus, le second pour étendre la capacité de production de son usine à Malta.








