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Gourou germanique

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À 75 ans, Roland Berger, le consultant le plus célèbre d'Allemagne continue de conseiller hommes politiques et grands patrons de son pays. Revigoré par la crise de la zone euro, il prêche la bonne parole pour plus d'orthodoxie.

Les entreprises citées

Du vaste bureau aux parois de verre, la vue est plongeante sur les toits rouges et les clochers de Munich. Par beau temps, elle court jusqu'aux Alpes. Au 32e et dernier étage du rare gratte-ciel de la capitale bavaroise, Roland Berger a la ville à ses pieds. Au propre comme au figuré. Le fondateur du cabinet de conseil, dont la filiale française chuchote à l'oreille des plus grands industriels, est une star outre-Rhin. À 75 ans, cet homme influent est le confident de tout ce que l'Allemagne compte de patrons. Il conseille également la chancelière Angela Merkel et le président portugais. « Il connaît tout le monde aussi bien dans les milieux économique que politique », s'extasie son ami Jürgen Schrempp, l'ancien PDG de Daimler-Chrysler, que Roland Berger a accompagné lors de la fusion des deux constructeurs automobiles.

Officiellement, Roland Berger est retiré des affaires. Depuis 2003, il a quitté la direction opérationnelle et la présidence de son cabinet. « Sauf que mon agenda n'a jamais été aussi chargé, s'amuse-t-il. Je continuerai à conseiller mes clients tant que je suis en forme. » Celui qui compte parmi ses faits d'armes la création du groupe énergétique E.on ou la restructuration de Lufthansa siège toujours aux conseils d'administration, entre autres, de Fiat et de Sony. Mais depuis l'éclatement de la crise de la zone euro, le sémillant septuagénaire a trouvé une nouvelle jeunesse. « Il veut avoir un impact sur le monde et faire partie de ceux qui changent les règles du jeu. Pour cela, le moment est propice », reconnaît Charles-Edouard Boué, membre du conseil exécutif de Roland Berger.

 

Self-made man

Européen convaincu, il a fait le tour des capitales européennes en 2011 pour promouvoir un plan de sauvetage de la Grèce rédigé par son cabinet sur le modèle de la Treuhandanstalt, l'agence de privatisation des entreprises d'ex-RDA. Le projet (« un simple exercice intellectuel » selon Berger) a été poliment écarté par Bruxelles. Au début du printemps, il était à Paris pour présenter sa feuille de route destinée à redresser la France. Celui qui fut l'éminence grise du chancelier Gerhard Schröder lors de l'adoption des réformes Hartz a détaillé les évolutions du coût du travail entre la France et l'Allemagne. « La France ne doit pas forcément faire les même réformes que nous parce que les deux pays n'ont pas les même structures économiques. Mais un principe demeure : on ne peut pas dépenser plus qu'on ne gagne », a défendu ce chantre de l'orthodoxie à l'allemande.

L'élection de François Hollande ne l'inquiète pas, même s'il ne partage pas son analyse sur l'Europe. Celle-ci traverse selon lui une crise structurelle, pas conjoncturelle. Ces derniers mois, il a également rencontré le commissaire européen Michel Barnier et fait le tour des hommes politiques français et allemands afin de « vendre » le projet d'agence de notation européenne porté par son cabinet. « Les sujets politiques m'intéressent, même si l'exercice est frustrant », philosophe-t-il. Un homme politique ne fait pas toujours ce qu'on lui propose alors qu'une entreprise suit le conseil pour lequel elle a payé. Il n'en demeure pas moins un conseiller de choix courtisé par les politiques allemands de tous bords. « Il surpasse ses concurrents car il a le talent d'expliquer simplement des choses complexes et a su voir plus tôt que les autres les effets de la mondialisation », résume Edmund Stoiber, l'ancien ministre-président conservateur de Bavière. De leur collaboration, il a retenu deux règles : ne jamais abandonner l'industrie et emmener des délégations d'entreprises dans des pays émergents. Son penchant pour les médias - ces temps-ci, les demandes d'interviews affluent d'Asie - n'a pas toujours été du goût de ses concurrents. Et son omniprésence lui a joué des tours. En 2009, il a été le monsieur bons offices pour Sergio Marchionne, le DG de Fiat, qui voulait racheter Opel. Son cabinet, mandaté par General Motors, a dû dissiper les soupçons de conflit d'intérêts dans un communiqué de presse.

Grand amateur d'art contemporain, il n'a pas son pareil pour gagner la confiance des puissants. « Il est d'une discrétion absolue lorsqu'on discute d'affaires ultra-sensibles », souligne Jürgen Schrempp. Dans un pays qui valorise les entreprises familiales, Roland Berger aime aussi rappeler qu'il est un self-made man qui a commencé sa carrière en créant et en revendant une laverie. Sa société est désormais la seule européenne à jouer dans la cour des grands américains McKinsey ou Bain. « C'est, au final, ma plus belle réussite », assure-t-il.

EN QUELQUES MOTS

  • Mécène Grand amateur d'art contemporain, Roland Berger a créé une fondation à son nom et possède un tableau de lui réalisé par Andy Warhol.
  • Nazisme Né en 1937, il a été marqué par la guerre. Il s'interdit de conseiller les gouvernements en coalition avec l'extrême droite.
  • Global Il a ouvert des bureaux dans 35 pays. En début d'année, il a rencontré en tête à tête Wen Jiabao, le Premier ministre chinois.
  • Succession Ses deux fils sont restés en dehors de l'entreprise et les rênes ont été passées en interne.

 

Il surpasse ses concurrents car il explique simplement des choses complexes.

Edmund Stoiber, ancien ministre-président de Bavière

 

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