Personne ne l’avait vu venir. Alors que la quasi-totalité des appels d’offres français dédiés à l’éolien en mer ont été remportés par EDF ou Engie, TotalEnergies et l’allemand RWE auraient été désignés lauréats pour construire et exploiter le parc Centre Manche 2 (Normandie). Censé être mis en service en 2032, ce projet prévu au nord-est du Cotentin pourrait devenir le plus puissant parc éolien offshore tricolore, avec 1,5 GW de capacité. L’information, publiée par Les Echos mardi 16 septembre, n’a pas été confirmée par les deux groupes, qui assurent que «la procédure est en cours» et expliquent être ainsi contraints de respecter de «stricts critères de confidentialité».
Selon le quotidien, TotalEnergies et RWE n’auraient pas encore versé les garanties financières nécessaires pour recevoir l’attribution officielle du gouvernement. Cette étape décisive peut réserver des surprises, comme en témoigne l’exemple du parc éolien flottant Bretagne Sud. Le pétrolier Equinor était censé remporter l’appel d’offres, mais s’était désisté à ce stade, au profit de l'énergéticien belge Elicio et de l'allemand BayWa r.e, officiellement lauréats en mai 2024. Rien n’est donc certain pour l’instant, mais il paraît peu probable que TotalEnergies jette l’éponge face à cette opportunité. S’il disposait, fin juin, d’un «portefeuille de projets éoliens offshore d’une capacité totale brute de 23 GW, à majorité posée» à travers le monde, le groupe tricolore n’a pas encore réussi à s’imposer sur ce segment en France. Il fait bien partie du projet éolien flottant pilote Eolmed, porté par Qair, mais la mise en service de ce parc n’a toujours pas été effectuée après de nombreux retards, et la capacité (30 MW) n’a rien à voir avec l’envergure de Centre Manche 2.
Flou autour des ambitions de RWE
L’arrivée de RWE sur ce marché est elle aussi surprenante, à plus d’un titre. Tout d’abord parce que les parcs éoliens offshore français ont pour l’instant été majoritairement réservés à des acteurs nationaux, à l’exception notable des projets Bretagne Sud et Ailes Marines, dont l’espagnol Iberdrola est le maître-d’œuvre. Ensuite, parce que le groupe allemand aurait prévu, selon des informations du média spécialisé Greenunivers, de mettre un terme à ses projets éoliens en mer en France. L’entreprise aurait même lancé en septembre un projet de licenciement collectif pour motif économique de ses équipes consacrées à ce secteur. «RWE procède, comme l’ensemble du secteur, à une revue régulière de ses marchés prioritaires, mais aucune décision finale n’a été prise pour la France», nuance un porte-parole.
TotalEnergies et RWE auraient gagné les faveurs du gouvernement grâce à leur proposition de privilégier des turbines fabriquées en Europe, alors qu’EDF aurait suggéré l’achat d’éoliennes chinoises. L’exécutif pourrait par ailleurs avoir été tenté d’écarter l’énergéticien afin que celui-ci concentre ses investissements sur l’une de ses principales missions : le chantier nucléaire EPR2. Si elle se confirme, cette décision pourrait bien marquer un tournant dans la stratégie éolienne du pays. Dans un contexte de crise profonde, engendrée par la hausse des coûts et des taux d’intérêts, l’absence de la publication de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3), mais aussi par les attaques récurrentes d’une large partie de la droite de l’échiquier politique, les industriels attendent un cap clair pour s’engager. Selon Les Echos, le parc éolien en mer prévu au large de l’île d’Oléron pourrait bien en pâtir : les candidats à l'appel d'offres auraient tous abandonné.








