En embuscade depuis qu’il détient 11,4% du capital d’Atos, David Layani, le patron-fondateur du cabinet de conseil en numérique Onepoint, se prépare à passer à l’attaque. L’échec du projet de vente de l’activité BDS (Big data et sécurité) à Airbus lui ouvre l’opportunité de prendre le contrôle du groupe français de services du numérique, en difficultés sévères depuis quatre ans. Il participe, ce mardi 19 mars, à un conseil d’administration d’Atos, réuni pour analyser la situation créée par la fin des discussions avec Airbus et évaluer différentes alternatives stratégiques. Il est possible qu’il saisisse l’occasion pour y présenter son plan de sauvetage.
Selon les informations de L’Usine Nouvelle, ce plan préserverait l’intégrité du groupe. Il impliquerait une injection d’argent frais de Onepoint et une augmentation de capital. Il a le soutien des salariés et des syndicats auxquels il a été déjà présenté. «Il offre l’avantage de ne pas découper le groupe pour le vendre par appartement, contrairement aux projets menés jusqu’ici, confie à L’Usine Nouvelle Karine Dran, coordinatrice de la CFE-CGC au niveau groupe. Il est le seul à répondre à nos objectifs de préserver et développer l’emploi, et à donner à l’entreprise un vrai projet industriel, alors que les plans explorés jusqu’ici étaient purement financiers.»
Le soutien potentiel de l'Etat dans une optique de souveraineté
Contacté par L’Usine Nouvelle, Onepoint n’a pas souhaité s’exprimer à ce stade sur son plan. Mais le cabinet présente l’avantage d’être français, ce qui devrait lui assurer le soutien de l’Etat en raison des contraintes de souveraineté de certaines activités d’Atos comme la cybersécurité, le calcul intensif ou la gestion de l’informatique des centrales nucléaires.
Avec deux sièges au conseil d’administration d’Atos, David Layani est en bonne position pour défendre son plan de l’intérieur. Le soutien des salariés, des syndicats et de l’Etat constituent autant d’atouts dans son offensive, alors qu’Atos se trouve subitement dépourvu d'alternatives stratégiques sur la table. Les deux projets de cession, celui de BDS à Airbus, et celui de Tech Foundations à Daniel Kretinsky, sont tombés à l’eau.
«L’échec de ses projets est une chance à saisir pour préserver l'intégrité d'Atos, affirme Karine Dran. Nous avons toujours été contre le découpage du groupe, que nous voyions comme une piste dangereuse. Le conseil d’administration d’Atos doit travailler dans les meilleurs délais à la mise en œuvre du plan de David Layani. Nous n’avons perdu que trop de temps.»
Réaction de Bercy
Bercy réagit ce soir à l’arrêt des discussions entre Airbus et Atos en réitérant la priorité de l’Etat d’accompagner le groupe de services du numérique dans la recherche de solutions pour stabiliser sa situation financière et donner toute la visibilité nécessaire aux parties prenantes, en particulier les salariés de l’entreprise. «S’agissant des activités sensibles d’Atos, en particulier Big data et sécurité, l’Etat construira dans les prochaines semaines une solution nationale de protection des activités stratégiques, lit-on dans le communiqué. Tous les intérêts de la France seront préservés. Bruno Le Maire utilisera tous les moyens à sa disposition pour garantir la protection des activités stratégiques.» Cela signifie-t-il que l’Etat serait prêt à nationaliser les activités sensibles ? Ou à soutenir la reprise d’Atos par un industriel français comme Onepoint ? Difficile d’y voir clair.








