Vingt après sa sortie du giron, Spirit Aerosystems pourrait ré-intégrer Boeing. C’est l’une des mesures les plus frappantes que pourrait prendre le groupe américain pour tenter de sortir de la crise industrielle dans laquelle il est englué depuis plusieurs années. Le constructeur américain a déclaré dans un communiqué de presse, vendredi 1er mars, qu’il menait des «discussions préliminaires» avec son fournisseur à ce sujet. Une opération qui pourrait contribuer à remettre Boeing à flot, et qui ne laisse pas non plus Airbus de marbre, Spirit Aerosystems étant aussi l’un de ses sous-traitants.
Depuis l’incident du 5 janvier dernier, durant lequel une porte de secours d’un Boeing 737 MAX s’était arrachée en plein vol au-dessus de Portland (Oregon), Boeing est sous le feu des critiques. Tout comme Spirit Aerosystems, par ailleurs à l’origine de plusieurs problèmes industriels sur les programmes de l’avionneur. L’audit de 6 semaines effectué par l'Agence américaine de l'aviation (FAA) a déjà permis de repérer des « problèmes de non-conformité » au sein des deux industriels, comme cela a été révélé lundi 5 janvier. Alors que la FAA a plafonné la production de 737 MAX en janvier, elle a aussi donné un délai de 90 jours à l’avionneur pour définir un plan d’action.
L'internalisation, un grand retour en arrière
D’où la mesure dégainée par Boeing, visant à remettre au centre du jeu une activité cruciale : celle de la production de pièces d’aérostructure. «Nous pensons que la réintégration des opérations de fabrication de Boeing et de Spirit AeroSystems renforcerait davantage la sécurité aérienne, améliorerait la qualité et servirait les intérêts de nos clients, employés et actionnaires», précise Boeing dans son communiqué de presse. Il faut dire que les défaillances de Spirit Aerosystems ne datent pas de la porte arrachée, incident pour lequel il semble d’ailleurs hors de cause. En 2020, des défauts de jointures au niveau du fuselage du 787 sont détectés. Trois ans plus tard, des problèmes au niveau de l’empennage vertical du 737 MAX puis au niveau de la cloison étanche arrière ont aussi été découverts.
Si l’opération aboutit, elle constituerait pour Boeing l’aveu d’une erreur stratégique historique. Tout à sa stratégie de réduire ses coûts entamée au début des années 2000 dans la foulée de la fusion avec McDonnell Douglas en 1997, l’avionneur américain a décidé en 2005 de vendre ses activités d’aérostructures. Spirit Aerosystems était né. Le sous-traitant compte aujourd’hui quelque 15 000 salariés, ainsi qu'une usine principale basée à Wichita (Kansas). Son propriétaire est le fonds d’investissement canadien Onex Corporation. Le symbole, selon de nombreux experts, d’une mise à distance par la direction du monde industriel.
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Boeing pourrait se retrouver à livrer... Les ailes de l'Airbus A220
La réintégration pourrait permettre à Boeing de reprendre la main sur les méthodes de production. Reste que l’activité est mal en point avec une perte de 633 millions de dollars enregistrée l'an dernier pour un chiffre d’affaires de 6 milliards de dollars. Entre bas salaires et manque de compétences, le sous-traitant va devoir remédier aux points faibles que les dysfonctionnements industriels ont mis en lumière. A ce stade, impossible de savoir si le rapprochement verra vraiment le jour. «Aucune garantie ne peut être donnée qu'un accord définitif sera conclu ou qu'une transaction sera réalisée», a précisé Spirit Aerosystems dans son communiqué du 1er mars. Le calendrier, les modalités et les conditions d'une telle transaction ne sont pas définis.
En cas de succès, l’initiative de Boeing pourrait aussi avoir un impact côté Airbus. L'avionneur américain deviendrait de facto fournisseur de son rival. Spirit Aerostems fournit des ailes pour l’A220 via son usine de Belfast (Irlande) ainsi que la section de fuselage centrale de l’A350 à partir de son usine de Kinston (Caroline du Nord, Etats-Unis). Si Boeing représente plus de 60% du chiffre d’affaires de Spirit, l’avionneur européen génère tout de même un quart de ses revenus. Des discussions exploratoires auraient également été entamées entre Airbus et le sous-traitant américain, selon l’agence Reuters. Pour l’heure, Airbus a refusé de commenter l’éventualité d’un achat de ces activités. Pour rappel, Airbus aussi fournit Boeing, dans la mesure où sa filiale Airbus Atlantic livre certaines pièces, notamment des sièges, à l'avionneur américain.








