Entretien

Pourquoi la Bourse de Chicago s'attaque au marché européen du blé

Le 12 septembre prochain, CME Group lancera un contrat à terme sur le blé de l’Union européenne. Libellé en euros, il disposera d’une infrastructure logistique dédiée pour les livraisons physiques et sera accessible de la même manière que les contrats sur le blé d’hiver (Hard red winter et Soft red winter) commercialisés par l’opérateur de la Bourse de Chicago. Antoine Pertriaux, associé spécialisé sur les marchés financiers pour le cabinet de conseil en stratégie Equinox-Cognizant, en décrypte les enjeux pour L’Usine Nouvelle.

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L’Usine Nouvelle – Quelle est la stratégie de la Bourse de Chicago avec ce lancement ?

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Antoine Pertriaux, associé Equinox-Cognizant Antoine Pertriaux, associé Equinox-Cognizant

Antoine Pertriaux – CME est un acteur majeur aux Etats-Unis, et historiquement sur les contrats sur les matières premières. Depuis plusieurs années, CME cherche à pénétrer le marché européen comme son concurrent direct ICE, et cette nouvelle annonce va dans ce sens. CME avait déjà tenté de racheter le London Metal Exchange (LME) en 2012, ce qui ne s’était pas fait [il a finalement été racheté par la Bourse de Hong-Kong, ndlr]. CME a depuis ouvert une entité à Londres, CME Europe, en 2014. Il s’attaque cette fois-ci à son cœur de marché, les futures sur les matières premières. En l’occurrence, sur le blé. Il s’agit de chercher des relais de croissance : les Etats-Unis sont un marché mature, sur lequel il y a un nombre très limité d’acteurs, mais de taille importante (CME et ICE). Le marché des dérivés sur matières premières en Europe se concentre autour de trois acteurs très spécialisés. Au global, ICE représente environ 65% de ce marché (principalement sur l’énergie), le LME 29% (métaux) et Euronext s’octroie environ 5 à 6% de parts de marché, notamment sur les matières agricoles.

Quelles sont les particularités de cette nouvelle offre ?

CME s’oriente vers des contrats qualitatifs, ce qui répond à la demande des investisseurs. Il met en avant des critères de qualité sur les contrats de blé qui vont au-delà des normes proposées aujourd’hui par Euronext. L’opérateur européen pourrait s’aligner l’an prochain. CME attaque ainsi Euronext sur son pré-carré, avec une offre qui se veut compétitive. En termes de prix, CME annonce des frais réduits, voire nuls au cours des premiers mois, pour favoriser la création de liquidité sur ces nouveaux contrats. Aux Etats-Unis, CME concentre déjà un certain nombre d’investisseurs pouvant être intéressés par ces nouveaux contrats libellés en euros, afin qu’ils puissent se diversifier. L’Europe représente le premier marché mondial du blé : sur les contrats futures, in fine, il est important pour CME de se positionner sur place avec les bonnes infrastructures. Le groupe a commencé à structurer l’ensemble de la chaîne, y compris jusqu’à la partie livraison physique (avec des silos partenaires, par exemple), essentielle sur ce marché.

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Le marché peut-il absorber cette nouvelle offre ?

Le marché des dérivés sur les matières premières est très spécifique et ne peut pas être distribué par beaucoup d’acteurs, mais CME dispose de l’expérience nécessaire et d’une large base de clients anglo-saxons et américains lui permettant de s’implanter et de concurrencer Euronext. L’accès facilité à ces contrats pour ses clients devrait en outre contribuer à augmenter la liquidité.  

Quelles répercussions sont à prévoir pour Euronext ?

Euronext, avec les différentes fusions et rachats opérés par le passé, a perdu une grande partie de son activité sur les dérivés (notamment avec le départ du Liffe). Il s’est recentré sur des  marchés de niche, par exemple sur les contrats futures sur les produits laitiers. Ce sont des marchés sur lesquels Euronext est légitime et dispose des infrastructures, mais qui ne présentent pas le même potentiel de croissance que des produits comme les swaps de taux, lesquels représentent des volumes considérables. Pour faire face aux géants américains, Euronext va devoir continuer se diversifier sur des produits innovants qui ne seront pas directement ciblés par ses concurrents.

Propos recueillis par Franck Stassi

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