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L'Usine Agro

Pourquoi les contrats à terme sur le lait calent au démarrage

Franck Stassi , ,

Publié le , mis à jour le

Quatre mois après leur lancement, les contrats d’Euronext sur les produits laitiers n’enregistrent toujours pas de lots échangés. Le directeur des matières premières de l’opérateur boursier Euronext, Olivier Raevel, reconnaît des difficultés techniques, outre le nécessaire effort de pédagogie qui doit accompagner ce type de lancement. Une partie de la filière conserve, elle, des doutes sur la pertinence de l'outil.

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

Lancés le 17 avril suite à la fin des quotas laitiers européens, les contrats lait de l’opérateur boursier paneuropéen Euronext sur le lait écrémé en poudre, la poudre de lactosérum et le beurre n’enregistrent toujours pas de lots échangés. "Pour l’instant, les contrats démarrent de façon très calme", confirme le directeur des matières premières d’Euronext, Olivier Raevel.

Pour expliquer ce calage au démarrage, le manager met en avant des difficultés techniques, qui résultent notamment de l’emplacement géographique du complexe laitier. "Tous les contrats sur les matières premières que nous avions précédemment lancés étaient cotés à Paris. Tous les membres compensateurs (qui assurent l’intermédiaire entre les membres négociateurs, qui doivent avoir des contrats auprès d'eux, et la chambre de compensation) étaient déjà connectés électroniquement au système informatique, et possédaient les autorisations nécessaires pour effectuer leur travail. Dans le cas des contrats lait, Euronext a choisi de lancer ceux-ci à Amsterdam (Pays-Bas), au plus proche du négoce physique. Nous avons insuffisamment anticipé, avec les membres compensateurs, les questions de la connectique électronique dédiée et les autorisations administratives qui y sont liées pour pouvoir y opérer", explique Olivier Raevel.

Ce lancement s’est par ailleurs effectué dans un contexte de tensions dans la filière, en raison des conséquences de l’embargo russe sur les importations de produits alimentaires (viandes, fruits et légumes, produits laitiers) européens. Entré en vigueur à la fin du mois d’août 2014, celui-ci court toujours. "La filière laitière est dans une situation difficile. Toutes les filières européennes souffrent à la suite de la fin des quotas européens. L’embargo russe sur les exportations de produits alimentaires laitiers dure et prive la filière d’un important débouché, parallèlement à une hausse de la production résultant de la fin des quotas. La filière étant sous pression, les comportements sont plus prudents", complète le directeur des matières premières d’Euronext.

Les contrats sur les matières premières, des produits spécifiques

"Par rapport à des contrats financiers, les contrats sur les matières premières sont lancés dans un contexte différent. Nous nous adressons à chaque lancement à une nouvelle communauté et à de nouvelles filières industrielles, auprès desquelles nous devons engager un processus d’éducation des acteurs à ces nouveaux outils", poursuit Olivier Raevel. A l’instar d’autres produits de ce type, le lancement du complexe laitier a néanmoins été lancé à l’issue d’une phase de concertation avec les acteurs du secteur. "La définition d’un produit s’effectue sous forme d’itérations successives avec les acteurs du marché, parmi lesquels des négociants physiques, de grandes entreprises européennes, mais également des acteurs internationaux", indiquait-t-il en mars dernier à L’Usine Nouvelle, avant le lancement des contrats.

Malgré leurs difficultés au démarrage, les contrats laitiers constituent une nouvelle étape dans la stratégie de développement d’Euronext dans les matières premières. L’opérateur a ainsi lancé en novembre dernier des contrats autour du colza. "Sept mois après leur lancement, nous enregistrons une centaine de lots par jour sur le tourteau, ce qui constitue un bon démarrage. Le démarrage est en revanche plus lent sur l’huile de colza, avec dix à quinze lots traités par jour, ce contrat devant lutter avec des offres équivalentes de gré-à-gré", précise Olivier Raevel, qui rappelle que "les contrats de matières premières doivent être évalués sur une longue période, au moins semestrielle. Il convient d’attendre au moins un an avant d’en dresser un bilan. Ces filières économiques ont leur propre cycle."

Vers un déblocage de la situation ?

Euronext compte poursuivre le travail effectué sur les contrats lait afin qu’ils puissent réellement prendre leur envol. "Nous restons confiants et travaillons activement à l’extension de l’agrément  d’un certain nombre de membres compensateurs prévue pour les prochaines semaines", ajoute Olivier Raevel. En 2011, quatre ans avant la fin des quotas laitiers, une première tentative de contrats ayant pour trait le lait s’était soldée par un échec, faute d’intérêt de la part des acteurs. "L’intérêt s’est accru depuis cette date, y compris de la part d’opérateurs pan-européens et néo-zélandais. La situation est totalement différente", assurait l’opérateur en janvier dernier.

La filière reste dubitative

"Nous sommes favorables à ces marchés à terme. Ce sera un instrument utile pour la filière. Mais il faut du temps pour l’installer comme quand Euronext avait créé le contrat sur les céréales. Euronext essaie en ce moment de convaincre des financiers. Il faut six mois environ pour trouver des contreparties", affirme, prudent, Giampaolo Schiratti, directeur général de Candia et président du Syndilait.

Chez les transformateurs de lait, les doutes sont plus grands encore sur un éventuel démarrage. "Je pense que les marchés à terme ne sont pas adaptés au secteur laitier", résume Gérard Calbrix, directeur des affaires économiques de l'Association de la transformation laitière française. "D'ailleurs, ils ne fonctionnent pas non plus ailleurs. Au niveau européen, l'EEX vivote." Gérard Calbrix affirme avoir expliqué à Euronext, en amont du lancement, combien les prix du lait étaient décorrélés à la fois des produits cotés à terme (poudres) et entre les pays européens, où ce prix varie du simple au double. Tout cela rend impossible l'utilisation de ces marché à terme comme outil de couverture pour l'amont de la filière laitière (production et transformation). "Tandis qu'aux Etats-Unis, le lien entre les prix du lait au producteur et ceux des contrats poudres et beurre est inscrit dans la loi. Ce que les producteurs français n'accepteront jamais." Les poudres ne sont pour les transformateurs que des produits d'excédent, dont la quantité n'est pas prévisible et que les transformateurs n'ont aucun besoin de couvrir.

Restent les gros acheteurs agro-industriels de laits en poudre, qui utilisent effectivement des outils de couverture à l'achat. Eux attendent avec plus ou moins de patience le démarrage des cotations.

Franck Stassi, avec Adrien Cahuzac et Myrtille Delamarche

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