L'industrie meunière tente de s'extirper d'une conjoncture difficile

Résultats en baisse, forte concurrence étrangère, capacités limitées d’autofinancement : les meuniers tirent la sonnette d’alarme. Ils comptent toutefois repartir de l’avant avec des projets en matière de formation, d’innovation et de communication.

Réservé aux abonnés
Farine
Farine

"La création de richesse de nos entreprises de meunerie s’est divisée par deux depuis 2007", alerte le président de l’Association nationale de la meunerie française (ANMF), Lionel Deloingce. L’organisation professionnelle de la filière (360 entreprises et 427 unités de production réalisant 1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires, pour 6000 emplois) souligne une baisse continue du chiffre d’affaires, une érosion de ses marchés, l’augmentation des importations de farine ainsi que des capacités d’autofinancement limitées.

Entre 2013 et 2015, les ventes de farine ont perdu 15,3% en valeur, à 1,89 milliard d’euros (1,71 milliard sur le marché intérieur et 0,18 milliard à l’export). La production de farine a quant à elle reculé de 5% au cours de la période, à 4,17 millions de tonnes (Mt). Dans le même temps, les importations françaises de farine ont bondi de 29,8%, à  296 848 tonnes. Celles-ci proviennent à 70,3% d’Allemagne. Les exportations ont chuté de 45,1% en deux ans, pour s’établir à 389 640 tonnes. 63,4% de la farine est exportée vers les pays tiers, essentiellement en Afrique.

Par ailleurs, le taux d’autofinancement de la meunerie s’élève à 69%, contre 125% pour les industries agroalimentaires et les industries manufacturières. Le taux d’investissement s’élève à 13%, contre 17% pour les industries agroalimentaires et 21% pour les industries manufacturières.

La Turquie en ligne de mire

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Pour expliquer ces mauvais chiffres, l’ANMF met notamment en avant la poussée de la Turquie sur le marché. "La Turquie a pris des parts de marché sur l’ensemble des débouchés traditionnels. Ces exportations font l’objet de subventions de la part de l’office agricole turc, TMO. Les importations de blé, elles, sont exemptées de droits. Cela a encouragé les meuniers turcs à investir", lance le directeur général délégué de l’ANMF, Bernard Valluis.

Une procédure est en cours auprès de l’Organisation mondiale du commerce, sous l’impulsion de l’Indonésie et des Philippines. L’ANMF, qui s’est ralliée à cette initiative, estime que l’Union européenne ne prend pas le problème à bras-le-corps en raison d'enjeux diplomatiques forts avec la Turquie.

Haro sur la taxe farine

Sur leur marché intérieur, les meuniers fulminent également contre la persistance de la taxe sur les farines, semoules et gruaux de blé tendre. Cette taxe, créée en 1962, d’un montant de 15,24 euros par tonne de farine commercialisée sur le marché intérieur, est calculée d'après les déclarations en douane sur la base des volumes importés. Elle est destinée à financer la Caisse centrale de la Mutualité sociale agricole.

"On devrait disposer de moyens supplémentaires. Cela passe par une suppression de la taxe farine comme levier de développement de la filière, ne serait-ce que pour être dans la norme des industries agroalimentaires. Nous sommes le seul pays européen à être taxé. Nous considérons pouvoir doubler notre excédent brut d’exploitation, pour se redonner une marge substantielle", estime Bernard Valluis. Il espère beaucoup des conclusions de la mission d’information parlementaire sur les taxes agroalimentaires. "Le ministère de l’Agriculture et le Plan national nutrition santé recommandent une consommation des produits issus de nos filières : au lieu d’encourager cette production, on la taxe", complète Lionel Deloingce.

Des initiatives tous azimuts

En dépit de ce contexte difficile, les meuniers multiplient les initiatives. Ils souhaitent notamment accélérer la transformation numérique de leurs entreprises, autour de quatre thématiques : analyse des matières premières, analyse des produits finis, commande et commercialisation, livraison et logistique. "Au niveau des usines, la digitalisation offre la possibilité d’aller vers la robotisation et de rendre l’usine intelligente, afin de profiter de l’ensemble des technologies de traitement de données à haut débit pour obtenir des gains de productivité. Un autre élément non-négligeable est d’être davantage économe en énergie", explique Bernard Valluis à L’Usine Nouvelle.

L’offre de formation initiale et continue évolue par ailleurs. Cette évolution vient de se traduire par la transformation du certificat de qualification professionnelle (CQP) Conducteur de moulin en CQP Conducteur d’installation de transformation des grains. L’innovation sera encouragée en lien avec les filières amont (obtenteurs) et aval (seconde transformation).

Enfin, un travail de communication auprès des leaders d’opinion et des politiques (nouveau site web, réseaux sociaux…) est également engagé sur l’industrie meunière elle-même. La communication grand public insistera pour sa part sur les moments de consommation du pain, laquelle est passée de 129 grammes à 120 grammes en cinq ans. A travers ces nombreux projets, l’industrie meunière espère enfin repartir de l’avant.

Franck Stassi

Inquiétudes sur la récolte de blé

Les fortes pluies qui se sont abattues sur la France au début du mois de juin ne seront pas sans conséquences sur la moisson, estiment les dirigeants de l’Association nationale de la meunerie française.

"Nous avons des inquiétudes justifiées sur la récolte de blé tendre. L’expérience du passé nous fait dire qu’il faut être prudent. L’humidité, dans ces proportions, induit une vigilance forte sur le risque maladies. Heureusement, on a des stocks qui sont confortables, lourds même. 5,4 Mt de stocks de report sont disponibles pour démarrer la campagne, le double de que qu’on a habituellement. Compte tenu des emblavements, une belle récolte s’annonce en quantité (entre 38,5 Mt et 39 Mt), mais quid de la qualité ?", s’interroge Lionel Deloingce.

"Il va y avoir un retard de 8 à 10 jours sur la moisson. A priori, nous aurons de quoi satisfaire l’ensemble du marché. Les prix sont en train de baisser, le marché de Chicago est retombé complètement après le rapport de l’USDA. Le prix Euronext est retombé lui aussi. Nous sommes dans une conjoncture d’attente. Sur le taux de protéines, il serait dans le cadre de la moyenne", complète Bernard Valluis.

Newsletter Énergie et Matières première
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Ils recrutent des talents
Chez Framatome, façonnons les réacteurs nucléaires de demain !

Un avenir énergétique 100% électrique et bas carbone ? Tout le monde en rêve, mais le défi est bien vaste ! Entreprise industrielle de la métallurgie, au service de la filière nucléaire, chez Framatome, chaque innovation, chaque calcul d’ingénierie, chaque soudure, contribue à cet objectif.

Le témoignage
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs