L’Usine Nouvelle - Que pensez-vous des voix qui s’élèvent pour réclamer une augmentation de la fiscalité sur le diesel ?
Christian Chapelle - Notre rôle en tant que constructeur, c’est d’informer l’opinion publique sur le fait que les transports routiers ne représentent que 14 % des émissions de particules. Et 27 % dans la région Ile-de-France. Il devrait y avoir d’autres priorités. Alors que tous les constructeurs investissent massivement pour optimiser leurs moteurs, et que l’industrie française est même en avance sur ses concurrents en matière de motorisation diesel, c’est un peu se tirer une balle dans le pied.
Il faut aussi considérer le choix du client. Quelle que soit la norme (Euro 5 ou Euro 6), un moteur diesel consommera toujours 15 à 20 % de moins qu’un moteur essence. Donc même avec un prix identique à la pompe les clients préfèreront toujours un véhicule qui consomme moins. Le cas se présente au Royaume-Uni : même si le diesel est plus cher à la pompe que l’essence, la part de véhicules diesel a dépassé la moitié du parc et continue d’augmenter. Enfin, certains pays comme la Belgique ou l’Irlande sont encore plus “diéselisés” que la France.
Quelle conséquence une telle mesure pourrait-elle avoir sur vos investissements ?
Nous investissons énormément dans les technologies de dépollution, de l’ordre d’un milliard d’euros pour faire évoluer nos moteurs essence et diesel de la norme Euro 5 vers la norme Euro 6 (qui s’appliquera à partir de septembre 2014). Les mesures fiscales risquent d’entraîner un léger rééquilibrage dans ces investissements. Quoi qu’il en soit, nous sommes loin d’être en retard sur les technologies essence. Je rappelle que le groupe PSA Peugeot-Citroën vend autant de diesel que d’essence au niveau mondial.
Peut-on imaginer de réduire drastiquement les investissements dans les technologies diesel ?
Impossible. Pour 2020, la réglementation européenne accordera aux constructeurs une moyenne maximale de 95 grammes de CO2 par kilomètre. Cette moyenne intègre le fait que les véhicules diesel rejettent 15 à 20 % de CO2 en moins que les véhicules essence. Problème : si les pouvoirs publics veulent favoriser les ventes de véhicules essence, les constructeurs devront vendre un maximum de véhicules hybrides qui sont trop chers pour la plupart des consommateurs et pour lesquels notre appareil industriel n’est pas prêt.
L’équation que nous devons résoudre, c’est respecter cette limite des 95 grammes de CO2 de rejets moyens, tout en proposant aux clients des voitures qu’ils seront capables de se payer. Du coup, pour nous, il est indispensable de continuer à travailler sur les moteurs diesel.
Propos recueillis par Frédéric Parisot





