Dans la période pré-électrorale, un accord signé entre le Parti Socialiste (PS) et Europe Ecologie - les Verts (EELV) avait jeté un froid sur la filière tricolore Mox (Mélange d’oxydes). Les écologistes avaient exigé l’arrêt de la production et de l’utilisation de ce combustible, mélange d’uranium et de plutonium. Le parti socialiste avait d’abord accepté cette demande avant de se dédire. Les deux parties s’étaient finalement entendues sur la volonté d’engager "une reconversion à emploi constant de la filière de retraitement et de fabrication du Mox".
Avec le bon succès d’EELV aux élections législatives et l’obtention d’un groupe parlementaire, les élus écologistes vont remettre ce sujet sur la table à l’occasion du grand débat sur la transition énergétique prévu pour le second semestre 2012. Pour Areva, c’est un enjeu majeur. En novembre 2011, lors de l’accord PS - EELV, le groupe était déjà intervenu auprès des socialistes pour l’alerter sur l’importance de la filière. Sur le territoire, cette activité concerne avant tout son usine Melox de Marcoule (Gard) qui emploie 1300 personnes. Elle a produit 145 tonnes de Mox en 2011. Une production essentiellement consommée par le parc nucléaire français.
Contrats à l'international
L’existence d’une filière Mox française est aussi une question majeure pour les contrats à l’international. Le modèle français d’une filière du combustible fermée, qui retraite les combustibles usagers, est un exemple pour plusieurs pays dans le monde. Aux Etats-Unis, le groupe français est engagé dans la construction d’une usine de Mox à Savannah River (Caroline du Sud), dans le cadre du programme "Mox for peace" (Mox pour la paix). L’idée est d’utiliser le combustible d’armes nucléaires.
Le gouvernement britannique entend construire une usine sur le site de Sellafield afin d’alimenter en Mox la dizaine de réacteurs à construire pour remplacer le parc existant. Le projet avait connu un coût d’arrêt après l’accident de Fukushima, mais le gouvernement Cameron relance la procédure. Un appel d’offres sera lancé dans les mois prochains et devrait durer 18 mois environ. Son montant n’est pas connu, mais les autorités britanniques souhaitent que le prix à payer par le contribuable ne dépasse pas 10 milliards d’euros.
Chine et Japon
La Chine entend également se doter d’un cycle du combustible fermé à la française. Dans ce cas, la France pourrait être impliquée dans la vente d’un site industriel regroupant à la fois les équivalents du site de retraitement de la Hague et de la production de Mox de Mercoule. Ce contrat d’architecte et de fourniture de matériels représenterait une enveloppe globale de 15 milliards de dollars. En septembre, un accord intergouvernemental entre la Chine et la France devrait être signé sur les conditions de vente et d’exploitation de ces installations industrielles. C’est la phase préliminaire pour engager de réelles discussions commerciales.
Enfin, Areva regarde attentivement le Japon. En août, le pays présentera son programme de politique énergétique. Le gouvernement nippon pourra identifier les centrales à fermer et à conserver. Les sites mis à l’arrêt vont demander la gestion d’une importante quantité de combustibles usagés. En l’absence de capacités de stockage suffisantes, le retraitement est une solution envisagée par le pays. Il étudie un projet d’usine appelé J-Mox.
Dominique Mockly, le directeur exécutif de l’aval chez Areva, n’a pas peur du débat sur la transition énergétique : "C’est important de parler de ces sujets comme le Mox et le démantèlement. C’est quand on ne parle pas de ces thèmes qu’ils se compliquent". Puis il s’enthousiasme : "Le Mox est la base de l’innovation dans le nucléaire. Les réacteurs de quatrième génération fonctionneront au Mox et assureront l’indépendance énergétique du pays".
Pour les associations environnementales, comme Greenpeace ou Sortir du nucléaire, le Mox pose le problème de la sureté des réacteurs nucléaires. Ils évoquent le point de fusion plus bas que pour l’uranium et une production de déchets dangereux supplémentaires. Sans oublier ces transports de combustibles usés vers des sites de retraitement qui augmentent les risques d’accident nucléaire.





