Lors d'une table ronde à Londres, le 2 juin, Louis Gallois a évoqué les difficultés d'EADS pour recruter des ingénieurs. Il estime qu'il manque 3 000 jeunes diplômés chaque année pour l'industrie aéronautique européenne, ce qui inciterait EADS à aller les chercher en Asie.
Une question cruciale pour Barbara Cochard, responsable de la stratégie recrutement et opérations chez EADS: "les ingénieurs représentent 50 à 60% de nos employés, et 70 à 80% de nos recrutements."
Ces difficultés pour recruter étonnent: en France, EADS est l'entreprise préférée des jeunes diplômés. Mais ce n'est vrai ni en Allemagne, ni auprès des ingénieurs plus expérimentés. Dès lors, EADS, historiquement centré sur quatre pays européens (France, Allemagne, Royaume-Uni et Espagne), cherche à sortir de ce cadre.
EADS recrute déjà hors Europe
"On ne s'interdit rien", affirme Barbara Cochard. Des ingénieurs maroccains, indiens ou brésiliens ont déjà été recrutés pour pallier les manques sur certains métiers. Mais le domaine d'activité impose des limitations: le secteur de la défense est règlementé concernant la nationalité de ces employés. La prudence reste indispensable.
EADS se pense de plus en plus comme un groupe global, et non plus purement européen. Pour la direction, c'est une question de survie. Cela permettra d'être plus proche des clients, mais également d'améliorer l'équilibre du groupe entre les zones euro et dollar pour se protéger des fluctuations monétaires.
L'internationalisation passe par les ventes, mais également par la production et donc par les ressources humaines: l'objectif fixé est d'employer 20% du personnel hors-Europe d'ici à 2020, contre 7% aujourd'hui. Barbara Cochard tient à clarifier cette stratégie: "On ne va pas faire venir 20% de non-européens en Europe, on ne va pas non plus délocaliser 20% de l'activité. L'idée, c'est de grossir ailleurs en même temps qu'en Europe."
Des besoins spécifiques
EADS cherche particulièrement des ingénieurs électrotechniques, matériaux (composites) et informatique (software, système, informatique embarquée). Le consortium a également des besoins spécifiques: les architectes avions et systèmes sont très recherchés, car très rares. Pour beaucoup de ces profils, il n'existe pas de formation initiale assez pointue. Les ingénieurs expérimentés recherchés sont peu nombreux, et tous les besoins ne peuvent pas être satisfaits par la formation en interne. Pour former un architecte avion, qui doit avoir une vision de tous les autres métiers, il faut entre 6 et 12 ans.
Perte de prestige pour la technique
Au niveau européen, les besoins d'ingénieurs sont évalués à 12 000 personnes dans le secteur aéronautique, alors que seulement 9 000 diplômés sortent des écoles chaque année. Barbara Cochard espère que les promotions s'agrandiront, mais le coeur du problême n'est pas là. "Le métier d'ingénieur est dévalorisé et méconnu. Aujourd'hui, je pense qu'un élève brillant de terminale serait plus poussé vers HEC que vers Polytechnique." Cette évolution observée en France est encore plus marquée en Angleterre et en Allemagne.
Pour contrecarrer ce déficit d'image, EADS a mis en place une "filière experts" pour ses cadres. Un statut d'expert technique qui permet une évolution de carrière sans obligation de faire du management. "Ils sont aujourd'hui 1 200 dans le groupe, 1% de notre population d'employés", précise Barbara Cochard. Une démarche de plus pour inverser la tendance, et redonner du prestige aux compétences techniques.






