Croissance : Pékin ouvre (prudemment) les vannes pour 2013

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Drapeau chinois
© Peter Fuchs - Flickr - C.C.

La session annuelle du parlement chinois s’achèvera cette semaine Avant la nomination formelle de Xi Jinping à la présidence du pays, le 14 mars, les autorités ont décidé d’opter pour une politique économique expansionniste à court terme. Toujours tirée par les investissements en dépit des fortes attentes sociales. Une vaste réforme du gouvernement est aussi en route touchant des domaines comme le ferroviaire, le planning familial, l'énergie ou la sécurité alimentaire.

Le futur président chinois Xi Jinping, et secrétaire général du parti communiste depuis novembre, doit prendre formellement ses fonctions, avec le futur premier ministre Li Keqiang  le 14 mars  à l’issue de la session parlementaire annuelle. Celle-ci a débuté le lundi 5 mars pour deux semaines. Et déjà de l’immense palais du peuple, place Tian'anmen à Pékin pointent des indices sur la politique économique des prochains mois en Chine. Une question à 6 000 milliards d'euros (le PIB chinois) pour l'économie du Dragon et les innombrables entreprises internationales qui y sont installées ou y font des affaires.
En attendant une intervention publique de Xi Jinping, Wen Jiabao, Premier ministre sortant a esquissé des lignes lors de son ultime discours devant l’Assemblée populaire de Chine, mardi dernier. Selon lui, les autorités vont laisser se creuser le déficit budgétaire cette année. Celui-ci devrait s’étendre de 400 milliards de yuans (environ 38  milliards d’euros) pour atteindre 1200 milliards de yuans.
Comparé aux dérives européennes, il n’y a pas péril en la demeure. Ce déficit public ne représentera que 2% du PIB. Et le « China Daily », le quotidien publié à destination des étrangers a bien précisé que dans la plupart des pays développés, un déficit de moins de 3% n’avait rien d’inquiétant ! CQFD.

Assouplissement de la politique budgétaire

Cet expansionnisme modéré n’a, de fait, rien de comparable avec le plan de relance de 2009 et ses 4 000 milliards de yuans (495 milliards d’euros) qui, surdimensionné, avait généré surchauffe et inflation. Mais il témoigne d’une certaine nervosité du pouvoir en cette période clé de transition politique. L’arrivé de Xi Jinping à la présidence va, en effet, s’accompagner d’une refonte du Conseil d’Etat (le gouvernement) et d’un jeu de chaises musicales à la tête des autorités locales ou des grandes administrations (encadré). A quoi s'ajoutent les tensions avec le Japon.
L'assouplissement de la politique budgétaire (mais pas monétaire qui restera « prudente ») survient alors que Pékin s’est fixé pour objectif une croissance de 7,5% cette année, dont +8% pour les exportations (celle-ci viennent de bondir de 25% en février).
Si cette prédiction de croissance globale de 7,5% pour 2013 se réalisait ce serait néanmoins la plus mauvaise performance en Chine depuis 23 ans ! En 2012, la croissance s’est élevée officiellement à 7,8%, un chiffre, un peu au-dessus de l’objectif officiel dans un pays où les statistiques restent toutefois sujettes à caution.

Les collectivités autorisées à s'endetter

Autre élément allant dans le sens d’une souplesse accrue de la politique économique : cette année Pékin va lâcher la bride aux autorités locales. Selon la presse chinoise, le pouvoir autorisera aux collectivités une plus grande latitude en matière d’emprunts et notamment d’émissions obligataires (« municipal bonds »). Au risque, là encore celui de doper les investissements non productifs ou d’alimenter la spéculation immobilière (un taxe vient d’être instaurée sur certaines reventes de logement).
L’endettement des seules collectivités territoriales s’élèverait à lui seul à près de 1 000 milliards d’euros, selon le China Daily. Mais nul ne connait vraiment, ni le niveau réel, ni surtout la qualité de ces dettes locales. C’est là assurent certains économistes, un risque majeur pesant sur l’économie chinoise avec celui du « shadow banking », à savoir les prêts privés entre acteurs économiques encore plus opaques.

Croissance "insoutenable"

La Chine, on le sait est aussi traversée par des tensions croissantes sur des questions majeures comme la corruption (thème fétiche de Xi Jinping), la sécurité alimentaire ou le prix du logement. Sans même parler des sujets de la démocratisation. A cela s'ajoutent les sujets liées à l'environnement et la pollution qui deviennent l'objet de scandales presque quotidiens relayés par le medias sociaux.

Le dernier en date est tout frais puisque ce lundi en pleine session parlementaire, on vient de découvrir plus de 3300 porcs morts contaminés par un virus et flottants dans le Huangpou, la rivière de Shanghai qui sert notamment à l'alimentation en eau de la ville!

Dans son discours d’adieu, Wen Jiabao a par ailleurs devant près de 3000 députés pointé le caractère « déséquilibré, non coordonné et insoutenable » de la croissance de son pays!C’est là en creux une sorte d’aveu d’échec pour Wen Jiabao au pouvoir depuis dix ans aux côtés du président Hu Jintao. Le premier ministre sortant, surnommé « grand-père Wen » est considéré, selon les avis, comme un réformateur ligoté par le système, ou un simple débiteur de promesses non suivies d'effet.

"Demande énorme" d'investissements

Les discours publics la semaine dernière à l’Assemblé ont aussi repris en boucle un thème récurrent en Chine, à savoir la nécessité de réorienter l’économie vers la consommation intérieure et les dépenses sociales, alors que depuis 5 ans c’est l’investissement qui a surtout nourri l’expansion du dragon chinois et que les inégalités se sont creusées.
Pourtant, Zhang Ping, le président de la puissante Commission nationale de développement et de réforme (NDRC en anglais) qui planifie l’économie, a estimé lors d’une conférence de presse jeudi 7 mars que l’investissement pour lequel il y a « une demande énorme dans le pays » continuerait de jouer un rôle crucial dans la croissance. Avec une liste quasi infinie d'autoroutes, aéroports, lignes ferroviaires à grande vitesse, ports et autres villes nouvelles à construire.

"Consommation : stop ou encore?"

Selon les statistiques officielles, la hausse des dépenses de consommation aurait compté pour la moitié de la croissance en 2012.  Mais l’investissement compte en Chine toujours pour près de 50% du PIB, un niveau sans équivalent dans le monde pour une économie de cette taille, ce qui alimente de façon récurrente la crainte d’une bulle des actifs ou de surinvestissements dans les infrastructures ou même l’industrie. Le patron de la NDRC a pointé les surcapacités dans des secteurs comme de la fibre optique ou les éoliennes. Zhang Ping a surtout prédit que les dépenses d’investissements bondiraient encore de 18% cette année ! Une prévision qui, à elle seule, relativise l’objectif affiché de favoriser la consommation. D’ailleurs, Li Keqiang, le futur premier ministre répète à tout va que l’avenir de la Chine, pays où près de la moitié de la population vit encore dans les campagnes, passe par l’urbanisation  Et qui dit urbanisation, dit investissement. La réquilibrage de l'économie chinoise, ce n’est sans doute pas pour maintenant.

Pierre-Olivier Rouaud

Les réformes se dévoilent

L’Assemblé populaire de Chine, simple chambre d’enregistrement d’un processus piloté par le bureau politique du parti doit, en prélude à l’élection de Xi Jinping à la présidence du pays, avaliser différentes réformes sur l’organisation du pouvoir. Celles-ci ont été peu à peu dévoilées ces derniers jours.

1/  Le gouvernement (Conseil d’Etat) sera refondu et devrait être plus restreint autour 25 ministères (27 aujourd’hui), une première depuis 1998. Objectif : faire moins de « micro-management » selon Ma Kai secrétaire général du Conseil d’Etat et mieux séparer les acitivités de régulation de celles de gestion des entreprises publiques. En clair, limiter la corruption endémique à ce niveau.

2/ Le puissant ministère des chemins de fer, sur la sellette après l’accident du TGV en 2011 puis la destitution pour corruption de son titulaire, devrait être dissous et fondu dans le ministère des transports. L’activité de régulation sera gérée directement par le ministère, alors que « China Railways Corporation » va être constituée en une société d’exploitation de plein exercice

3/ La commission de régulation de l’électricité (SERC) est dissoute et ses activités reprises par l’administration chargée de l’énergie (NEA), officiellement pour cause de recoupement de compétences.

4/ Après d’innombrables scandales, les multiples administrations responsables de la sécurité alimentaire devraient être regroupées autour d’une « Food and drug administration » renforcée.

5/ L’agence chargée du planning familial et notamment de la politique  de l’enfant unique va être dissoute et ses missions fondues dans le ministère de la santé. Certains y voient un prélude à l’assouplissement de la politique de l’enfant unique alors que la population active commence à décroitre

6/  Les différentes autorités relatives aux questions maritimes (sécurité, pêche..) seront regroupées en une entité unique. Une manière de mieux contrôler ce domaines dans le contexte , bien sûr, des tensions avec le Japon en Mer de Chine. Pour mémoire, l’armé bénéficiera elle d’un budget en hausse d’au moins 10%.

7/ Les organes de contrôles des médias écrits et audiovisuels sont fondus en une seule administration.

Les observateurs estiment que sera esquissée ces prochains jours la réforme des permis de séjour (« hukou ») des travailleurs migrants mais pour la démocratisation du régime, sans doute aucun, il faudra attendre.

 

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