Racines et enjeux de la confrontation Chine Japon

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Dans la lignée des troubles de ces dernier jours, ce 18 septembre 2012 en Chine a encore été marqué par de nombreuses manifestations antijaponaises. Au coeur du mécontentement :  le projet du gouvernement nippon d’acheter à leurs propriétaires privés japonais, les iles contestées des Diaoyu (en Chinois), Senkaku (en Japonais).

Cette date du 18 septembre est symbolique car c’est celle "l’incident de Mukden" qui vit le Japon tirer prétexte d’un attentat ferroviaire provoqué pour envahir le nord-est de la Chine en 1931. Pour mémoire, cet épisode figure dans l’album de Tintin, "Le Lotus Bleu"...

En fait, l’histoire des deux ex-empires de l’Asie orientale a été marquée par de nombreux conflits, dont les principaux sont les guerres sino-japonaises de 1892-1895 et celle, terrible,  de 1936-1945, dont les racines remontent à  l’incident de Mukden . La ville aujourd’hui est dénommée Shenyiang devenue une des capitales chinoises de l’automobile.

Quand aux îlots Diaoyu Senkaku, revendiqués par la Chine (et Taiwan),  leur possession par le Japon remonte à la première guerre sino-japonaise au XIXème siècle. Après une période d’occupation américaine à l’issue de la Seconde guerre mondiale, ces îlots rocheux de 7 km2 furent rendus au Japon.

C’est sur ce terreau fertile au ressentiment (souvent attisé aussi par la droite japonaise, à l'attitude souvent ambigue sur les responsabilités du Japon) que s’inscrit la poussée de fièvre nationaliste dans l'ex-Empire du Milieu. Les Chinois étant toujours prompts à s’enflammer contre leur voisin.

Cette dispute autour des Diaoyu Senkaku s’inscrit surtout dans un ensemble de contestations territoriales multiples en mer de Chine. celles-ci voient s’opposer la Chine avec le Japon, Taiwan mais aussi plus au sud, le Vietnam et les Philippines, l’Indonésie, Brunei et jusqu’à la Malaisie (Spartley, Paracels…). La volonté de la Chine d’imposer sa marque dans la région est particulièrement sensible depuis deux ans, la presse officielle multipliant les articles, documentaires et reportages au ton belliqueux sur ce sujet.  La semaine dernière à Pékin, avant que la vague de manifestations ne se déclenche, la chaine d'info continu CCTV diffusait en boucle des images de manoeuvre navales et autres rappels historiques sur les tensions sino-japonaises.

Depuis 10 ans Pékin, on le sait, est dans une phase de forte expansion de sa puissance militaire, notamment navale (+15 à 20% par an le chiffre exact n’est pas connu), cherchant à se doter en particulier d'un porte-avion, technologie qu'il ne maitrise pas. Avec une vision à long terme :  étendre son espace stratégique bien au-delà de ces eaux territoriales, selon la théorie du "collier de perles" (cercles d’influence concentrique autour de ses côtes).

Au passage, la Chine se trouve en confrontation de plus en plus directe avec les Etats-Unis qui, en Extrême-Orient, ont des accords de défense notamment avec le Japon, la Corée du Sud, Taiwan ou les Philippines. Les pays de l’Asean (Asie du Sud-est) plutôt inquiets de la stratégie chinoise deviennent d'ailleurs peu à peu demandeurs d’une présence américaine forte dans cette zone, ce qui d'ailleurs fait partie des priorités stratégiques nouvelles de Washington.

Mais dans le cas de la dispute Diaoyu-Senkaku, les Etats-Unis, pourtant protecteur officiel du Japon, semblent avant tout soucieux de ne pas prendre parti. La diplomatie américaine a multiplié les appels au calme et au dialogue  comme vient de le faire Leon Panetta, le secrétaire d’Etat à la défense lors de son passage à Pékin ce 18 septembre. Il a rencontré le ministre de la défense chinois et le vice-président Xi Jinping. Et a demandé à la Chine de veiller à tout faire pour éviter qu'un incident naval, même fortuit  ne puisse dégénérer, puisque Pékin a dépêché plusieurs patrouilleurs près des ilots contestés et que des navires japonais naviguent aussi sur zone.

La Chine, premier client du Japon

Les relations entre le Japon et la Chine ne se résument bien sûr pas à un rapport de force stratégique et à ces tensions historiques. Ces deux puissances économiques sont liées par d’innombrables liens commerciaux et d’investissements. Ainsi le commerce bilatéral entre les deux pays atteint 340 milliards de dollars.

On connait aussi la présence massive des industriels nippons en Chine. Toutes les grandes entreprises japonaises de Mitsubushi à Toyota en passant par Canon ou Fanuc et des milliers de PME ont  traversé la mer de Chine. Les exportations japonaises vers la Chine ont aussi été multipliées par deux depuis 2002.

Et depuis deux ans, la Chine a même dépassée les États-Unis comme premier client du Japon (20 %), avec pour la première fois en 2010, un déficit en défaveur de Tokyo. En fait, la Chine est un élément central du circuit productif nippon, même si son cœur technologique reste pour l'instant au Japon. Il y a aussi par ailleurs 700 000 immigrés chinois dans l'Archipel nippon.

Bref, tout durcissement de cette crise sino-japonaise se traduirait par des graves conséquences économiques pour les parties. Peut-être est-ce pour cela que des signaux contradictoires proviennent désormais de Pékin.

Le pouvoir chinois a sans aucun doute orchestré les premières manifestations antijaponaises en s'appuyant notamment sur les plateformes de microblogging QQ ou Weibo. Mais il s’est trouvé débordé par la violence de celles-ci. Et dans les médias officiels ces dernières heures, la tendance était plutôt à encourager les protestations sous forme pacifique. Car si les manifestants prennent à parti bien sûr le Japon et ses symboles (voiture, restaurants, usine...), cette fureur, indirectement, peut-être aussi interpreté comme un forme de défiance à l'égard du pouvoir chinois dans un contexte de croissance moins forte, de reprise de l'inflation et de transition politique totalement orchestrée sur lequel le peuple n'a aucune prise.

Ces évènements interviennent en effet dans une période particulière en Chine. Dans environ un mois (on ne connait pas encore la date) à Pékin doit se dérouler le 18ème congrès du Parti communiste chinois . Celui-ci sera le théâtre d'une transition majeure à la tête du pays, la dernière de cette ampleur remontant à dix ans. Ce changement d'équipe préparée de longue date devait se dérouler selon un scénario bien reglé. Il a été totalement chamboulé par la disgrace en mars pour une affaire de moeurs et de corruption de Bo Xilai, ex homme fort de la ville de Chongqing et tenant d'une ligne à la fois neo-maoiste et pro-business.

Le nouveau titulaire du pouvoir suprême, à savoir le poste de président et de chef des formes armées devrait être l’actuel vice-président Xi Jinping (sa disparition des médias pendant 15 jours début septembre a créé des grandes interrogations). Il sera flanqué de Li Keqiang comme probable futur Premier ministre.

Le premier, M. Xi fils d'un compagnon de route de Mao est réputé plutôt ouvert vers l’étranger et le second M. Li est proche du président actuel Hu Jintao c’est-à-dire un conservateur. Mais au vu de la poussée nationaliste actuelle en Chine, ces qualificatifs n’ont plus guère de signification. Le Comité permanent du Politibu du PCC, l’instance suprême de direction du pays (sans doute 7 membres dans la formule à venir contre 9 actuellement) doit être lui aussi renouvellé en totalité. Il est aussi possible que les stances nationalistes et  autres démonstrations de force chinoises ne soient attisées en sous-main par la faction la plus dure du régime pour s’assurer une place de choix dans les hautes instances dirigeantes lors du prochain congrès.

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