Reportage

Etats-Unis : la chimie remercie le gaz de schiste

Dans la chimie et le plastique, les industriels en profitent à plein. Mais l’impact de cette ressource sur la réindustrialisation américaine est moins net.

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Les chimistes bénéficient d’une énergie à prix réduit.
Les chimistes bénéficient d’une énergie à prix réduit.

Et le gaz de schiste ? Depuis 2008, son exploitation à grande échelle a considérablement fait chuter les prix de l’énergie aux États-Unis. Pour les industriels, c’est un atout de compétitivité incomparable. En faire la seule raison de la réindustrialisation en cours outre-Atlantique serait pourtant réducteur. « Le gaz de schiste a changé les règles du jeu, mais l’industrie profite aussi de l’augmentation de la productivité du travail », nuance Chad Moutray, l’économiste de la National association of manufacturers (NAM), l’association des industriels américains.

L’impact est indéniable dans les secteurs les plus énergivores. Les chimistes bénéficient à la fois d’une matière première bon marché et d’une réduction de leur facture d’énergie. Résultat : produire une tonne d’éthylène coûte désormais deux fois moins cher qu’en Europe, tout comme pour les engrais, pour lesquels les industriels ont recours à l’ammoniaque pour leur fabrication. Depuis 2010, les annonces de projets d’investissements pharaoniques se multiplient, principalement autour du golfe du Mexique, au Texas ou en Louisiane. D’ici à 2023, 197 projets d’extension ou de nouveaux sites devraient être réalisés, pour un total de 125 milliards de dollars (99,3 milliards d’euros), d’après l’American chemical council, qui fédère les chimistes américains. Dow Chemical doit ouvrir en 2015 une unité d’éthylène au Texas ; BASF prévoit de construire un site de propylène d’ici à 2019…

Très localement

"La plupart des investissements dans la chimie doivent avoir lieu entre 2015 et 2017. Les exportations américaines devraient augmenter fortement à partir de ce moment-là", estime Daniel Marini, le chef économiste de l’Union des industries chimiques en France, qui s’inquiète des répercussions sur le secteur en Europe.

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Selon un rapport publié en juin par la Fed, la réserve fédérale américaine, l’essor de l’énergie devrait doper de 40 % la production et de 30 % les emplois des secteurs les plus consommateurs de gaz, dont la production de chlore, de verre plat et de carbone. Mais l’effet est très localisé. "Les quatre secteurs les plus électro-intensifs ne comptent que pour 0,5 % de la valeur ajoutée de l’industrie américaine", souligne la Fed. Même si tous les projets d’investissements sont menés à bien, la chimie ne prévoit que 60 000 nouveaux emplois directs et 340 000 emplois dans les industries aval au cours des dix prochaines années.

Un coup de pouce

Dans le reste de l’industrie en revanche, le gaz de schiste ne devrait pas vraiment changer la donne. Pour 31 des 43 secteurs industriels, la baisse du coût de l’énergie représente un gain de 1,5 % à 2 %. Un coup de pouce certain mais pas un choc de compétitivité pour autant. Résultat : pour la Fed, le boom énergétique devrait contribuer à une hausse inférieure à 2 % de l’emploi dans l’industrie au cours des prochaines années. Dans l’hypothèse la plus optimiste, le Fonds monétaire international (FMI) estime tout au plus à 400 000 le nombre de nouveaux emplois industriels induits par la baisse du coût de l’énergie. Soit bien moins que les 700 000 postes recréés depuis 2010 par l’industrie américaine.

Le fabricant d’adhésif Aplix fait partie de ces industriels qui regardent de loin l’essor du gaz de schiste. "Nous n’avons pas vu un grand impact. Notre consommation de gaz naturel est limitée. Nous fonctionnons surtout à l’électricité, dont les prix continuent à augmenter", résume Rick Little, son directeur qui emploie 265 salariés à Charlotte (Caroline du Nord). La baisse du prix du gaz n’a pas encore été répercutée sur les tarifs de l’électricité dans certaines régions. En Caroline du Sud, le département du commerce (le ministère du commerce) a rodé ses arguments pour attirer les industriels. Il compte davantage sur la construction de deux centrales nucléaires à la frontière avec la Géorgie pour faire baisser les prix de l’énergie que sur le gaz de schiste.

Solène Davesne

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