Les petits se font manger par les gros, et les gros par d’encore plus gros qu’eux. C’est peut être le destin qui attend Zodiac Aeorospace (19000 salariés, 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2008/2009), l’un des spécialistes au niveau mondial des équipements aéronautiques. Le groupe a reçu le 6 juillet dernier une lettre de Jean Paul Herteman, le président du directoire de Safran (55000 personnes, 10,4 milliards d’euros) en vue d’un projet de fusion.
Le conseil de surveillance de Zodiac a refusé l’offre. Il faut dire que l’acquéreur potentiel avance timidement: le courrier adressé au président du conseil de surveillance de Zodiac ne mentionnait ni prix ni parité d’échange entre les actions des deux groupes.
Mais surtout, Zodiac s’imagine plus prédateur que proie dans la consolidation qui s’annonce sur les marchés de l’aéronautique. Il veut se renforcer dans ses différents métiers : la sécurité, les systèmes aéronautiques et l’aménagement intérieur des avions (toboggans d’évacuation, systèmes d’arrêt d’urgence, télémesure…). Ainsi le 1er juin dernier, le groupe avait négocié un prêt d’un milliard d’euros pour financer sa stratégie d’acquisition. Et depuis, Zodiac fait preuve d’un appétit féroce. Le 5 juillet dernier, il a annoncé le rachat de l’allemand Sell Gmbh, à la fois pour élargir sa gamme de produits dans le domaine de l’aménagement cabine (équipements de cuisine pour avions commerciaux et du matériel associé) et pour se rapprocher de son client Airbus grâce à une nouvelle implantation en Allemagne. Cette acquisition complétait celles déjà réalisées en 2005 et 2008 des sociétés C&D Aerospace et Driessen. Le 30 juin dernier, le groupe s’était déjà illustré en rachetant le fabricant canadien de protections de câblage pour les composants et les harnais électriques, Cantwell Cullen & Company.
En croquant Zodiac, Safran pourrait donc mettre un terme à l’appétit retrouvé de Zodiac.
Il faudrait pour cela que le groupe aéronautique réussisse à convaincre les actionnaires de Zodiac et notamment les principales familles actionnaires (dont les familles Domange, Maréchal et, Gérondeau) qui détiennent 32% du capital et 44% des droits de vote. Outre une plus value significative, il faudra d’abord proposer un projet industriel différent de celui qui vient d’être refusé à l’unanimité par le conseil de surveillance de Zodiac. D’autant plus qu’il y a matière à faire. Les deux groupes ont de nombreux points communs : ils sont des spécialistes de l’équipement des avions et leurs « business modèle » reposent en partie sur leurs activités de services associées à l’entretien et à la maintenance des équipements vendus en première monte.
Hassan Meddah





