Un foisonnement d’idées. « L’Usine Nouvelle » a sélectionné les propositions les plus emblématiques entendues lors des groupes de travail ou des réunions plénières auxquels nous avons participé, de Lille à Toulouse, de Poitiers à Nice. Certaines peuvent être mises en oeuvre rapidement. D’autres sont plus utopiques. Le comité national des états généraux, qui s’est réuni pour la dernière fois le 25 janvier à Paris, devrait retenir certaines de ses propositions dans son rapport définitif. Ce sera ensuite à Nicolas Sarkozy d’arbitrer, lors d’un rendezvous avec les industriels, prévu d’ici à la fin février.
Les plus consensuelles
> Créer un crédit impôt innovation. Calqué sur ce qui existe déjà pour la recherche, il concernerait certaines dépenses de développement d’un produit, comme le design ou le prototypage. Inconvénient : son coût. Le crédit impôt recherche représente à lui seul 4 milliards d’euros en 2010. Pour y remédier, certains plaident pour un système réservé aux seules PME.
> Généraliser les plates-formes d’échange entre donneurs d’ordres et sous-traitants. Ce système existe déjà depuis février pour l’automobile, avec un certain succès. Constructeurs et fournisseurs s’y retrouvent pour vérifier l’amélioration des pratiques au sein de la filière et coopèrent pour diffuser le «lean management» ou mutualiser les achats. L’exemple pourrait être étendu aux autres filières. Pour apaiser les relations clients-fournisseurs, un médiateur de la sous-traitance, sur le modèle du médiateur du crédit, pourrait être instauré.
> Créer un prêt bonifié pour les investissements «verts» des industriels. La mesure est déjà en partie actée par le gouvernement. La moitié de l’enveloppe du grand emprunt dédiée aux EGI y serait consacrée. Objectif : encourager les industriels à investir dans des technologies moins polluantes ou consommatrices d’énergie (chaudières ou moteurs électriques dernières générations) en améliorant le retour sur investissement.
> Rendre les aides plus lisibles. Difficile de savoir à quelle porte frapper pour obtenir un soutien à l’innovation ou financer un programme de formation. L’efficacité des aides pourrait être évaluée régulièrement en vue de la suppression de certains dispositifs. Autre piste : un guichet unique pour accéder à tous les dispositifs d’accompagnement et mieux coordonner l’action menée par l’Etat et les collectivités locales.
> Développer une dynamique territoriale de gestion de l’emploi, en rapprochant besoins et compétences. Cela passe par un accompagnement des départs en retraite et la mise en place de biseaux entre seniors et juniors.
Les plus pragmatiques
> Renforcer les partenariats grands groupes-PME. Pour inciter les groupes à associer des PME à leurs activités de R&D, le crédit impôt recherche pourrait être conditionné pour les grandes entreprises au développement de projets de collaboration avec des PME ou des laboratoires publics.
> Miser sur la normalisation. Les Français sont moins assidus que les Allemands ou les Italiens au sein des comités européens. Une erreur. Car imposer ses normes permet de maintenir son avance sur ses concurrents.
> Evaluer la réglementation. C’est le point noir pour bon nombre d’industriels présents lors des débats en région. Pour améliorer la situation, ils réclament la généralisation des études d’impacts à chaque nouveau texte et la mise en place d’une phase d’adaptation suffisante.
>Faire une journée de l’industrie à l’école, chaque année, au niveau national. Des initiatives ont déjà été menées dans plusieurs régions, notamment par l’UIMM, pour attirer les lycéens et les collégiens vers les métiers de l’industrie. Autre idée du même ordre : renforcer l’enseignement de l’économie et du monde de l’entreprise dès le collège.
> Drainer l’épargne vers l’industrie. Pour résoudre le problème récurrent de fonds propres des PME, l’industrie a besoin d’attirer plus de financements de long terme. Dès lors, drainer les assurances vie vers les entreprises ou créer un livret d’épargne réglementé pour le développement de l’industrie pourrait être une option, tout comme le renforcement des fonds d’investissements de proximité (FIP).
> Former les chefs d’entreprises à la finance. Présenter un bilan régulier à son banquier, faire des prévisions de trésorerie… Le manque de culture financière de certains patrons de PME a contribué à renforcer la méfiance entre industriels et banquiers lors de la crise financière. Un point facile à améliorer...
> Créer une fondation régionale. Son but serait de financer et d’accompagner la phase d’amorçage à l’image de la Fondation Michelin. C’est l’une des propositions attachées à un sujet sensible : l’amélioration du financement des premiers stades de la vie des entreprises.
Les plus utopiques
> Favoriser les groupements de PME.Trop petites pour décrocher un marché public, trop petites pour exporter… Les PME françaises doivent se regrouper pour être plus compétitives. Jusqu’à présent, les groupements de PME n’ont eu que des réussites mitigées. Plusieurs pistes pourraient permettre d’aller plus loin : renforcer les outils d’accompagnement, créer un cadre juridique plus favorable aux regroupements, instaurer des primes...
> Réviser les bases de la fiscalité. Ce chantier s’annonce long et complexe. Mais les fédérations patronales (dont le GFI et le Medef) souhaitent modifier le financement de la protection sociale. Objectif : transférer une partie des prélèvements qui pèsent aujourd’hui sur le travail, vers d’autres assiettes à définir. La TVA sociale pourrait faire son grand retour.
> Créer une banque de l’industrie. C’est l’idée défendue par Christian Estrosi, le ministre de l’Industrie. Cette banque jouerait le rôle d’observatoire du financement de l’industrie et limiterait les cautions personnelles exigées par les banques. Mais la proposition reste floue. Et n’a guère soulevé l’enthousiasme lors des débats dans les régions.
> Améliorer les pôles de compétitivité. L’efficacité des 71 pôles de compétitivité en France reste inégale. Principale préoccupation : les PME encore trop peu représentées au sein des pôles. Lors de la restitution des états généraux à Lille, Christian Estrosi a avancé une idée radicale : réduire à une quarantaine le nombre de pôles.
> Aider à la relocalisation. Subvention, crédit d’impôt ? Le gouvernement veut créer un dispositif incitant les entreprises de plus de 5000 personnes à relocaliser leur production en France. Difficile pour autant d’en évaluer l’impact. Parmi les autres propositions défendues par les industriels, d’autres sont moins coûteuses, comme communiquer sur les exemples de relocalisation.
Les plus ciblées
> Cartographier les savoir-faire. La hantise des fondeurs de Haute-Marne: voir la seule section fonderie en bac professionnel du département fermer. Ce qui ferait disparaître leur savoir-faire. Pour éviter la suppression de formations spécifiques vitales pour le tissu local, les industriels souhaiteraient être davantage écoutés par l’Education nationale dans la détermination de l’offre de formation.
> Apporter une solution de couverture de change euro-dollar sur la durée, en mettant en place un système d’auto-assurance avec contre-garantie de l’Etat. Une couverture sur 12 à 15 ans permettrait d’atténuer la situation de concurrence jugée « déloyale » par le très dynamique atelier aéronautique, spatial et systèmes embarqués de Midi-Pyrénées. Objectif : ramener le champ concurrentiel sur le terrain de la technicité.
> Extension de l’assiette du crédit impôt recherche à deux types de dépenses: les frais d’industrialisation et d’outillage, ainsi que les études de génie des procédés industriels.





