Dans la nouvelle configuration retenue, Reims Aviation ne sera plus fabricant d’avions ; mais intégrateur des systèmes embarqués sur l’unique modèle produit par la firme, le bimoteur F406, pour remplir les missions de surveillance qui constituent sa principale affectation.
Intérêt réciproque
En amont, la construction du F406 devrait passer à Continental Motors, c’est-à-dire à une filiale américaine d’Avic (Aviation Industry of China). Continental est en effet une des anciennes divisions du groupe américain Teledyne, cédées en 2010 au conglomérat géant qui domine l’industrie aéronautique chinoise.
L’intérêt réciproque est que le F406 pourrait trouver un marché non négligeable, notamment en Chine. La lutte contre la pollution, la surveillance des frontières, mais aussi la poursuite d’une cartographie aérienne encore incomplète de l’immense territoire chinois, sont en effet des missions pour lesquelles le F406 est spécifiquement adapté. Le bimoteur de Reims Aviation apporte ainsi une compétence de plus à la marge du portefeuille d’Avic, engagé depuis quelques années dans une diversification destinée à lui permettre de couvrir la plus large palette possible.
Côté français, elle pourrait ouvrir de nouveaux marchés sans céder la technologie la plus sensible, liée à l’intégration des systèmes embarqués.
Les revers de l’offre Raydelon
L’offre d’ASI Innovation a été préférée à celle déposée par un autre candidat chinois, Raydelon General Aviation, qui s’était pourtant attiré le soutien de la firme rémoise. Proposant de garder 47 emplois, au lieu de 31 pour ASI Innovation, elle prévoyait également le maintien de l’assemblage du F406 en France.
Mais trois facteurs ont sans doute joué contre elle.
Le premier est l’identité des repreneurs potentiels. Raydelon a été créée en novembre 2012 à Hongkong, pour soutenir la volonté de diversification dans l’aéronautique d’investisseurs privés chinois spécialisés dans le négoce des minéraux précieux. Autant dire que son expérience dans l’aéronautique ne va guère au-delà de son nom.
Le deuxième facteur est sans doute le réalisme contestable des perspectives commerciales avancées par ce candidat, dans le contexte chinois. Raydelon avait en effet annoncé miser sur la Chine également pour le F406, mais essentiellement sur le marché du transport léger de passagers et de fret, que peut également assurer le bimoteur. C’était oublier un peu vite qu’AVIC propose un modèle, le Y12, dédié à ce créneau. Les chances de voir un concurrent privé s’imposer directement sur un créneau déjà préempté par le géant local, paraissaient faibles.
Enfin, paradoxalement, le projet Raydelon supposait le transfert de l’ensemble des technologies, y compris l’intégration des systèmes embarqués, à des investisseurs privés chinois susceptibles de les transférer rapidement … à Avic.
L’accord direct avec le géant public, mais sur un périmètre limité, est sans doute moins risqué.
Jean-François Dufour, Directeur, DCA Chine-Analyse





