Comme s’il en était besoin, les prévisions publiées le 3 mai par la Commission européenne l’ont confirmé, l’Espagne reste engluée dans la récession : 1,5% prévue cette année. On connaît surtout le terrible taux de chômage : 27,1% de la population active. Et même 36% en Andalousie !
C’est l’effet de la dépression immobilière, qui a précipité à sa suite une crise bancaire dont Madrid ne sait se défaire, en dépit des 40 milliards d’euros d’aides accordés à la fin 2012 par l’Europe. Ce tableau est connu, sombre comme un Goya… mais peut-être incomplet.
"L’Espagne, terre d’opportunités"
C’est le credo de la crème du patronat espagnol, parti en guerre contre ceux qui enterrent trop vite l’économie de ce pays de 46 millions d’habitants. Une vingtaine des plus grands patrons, ceux de Telefónica, Acciona, Repsol ou Mango, se sont constitués en un autoproclamé Conseil des entreprises pour la compétitivité (CEC). Leur message : l’Espagne vaut mieux que ce que l’on en dit, les investisseurs y sous-estiment les réformes et l’économie serait prête à repartir l’an prochain (ce que prévoit Bruxelles).
Ce CEC a publié un copieux rapport intitulé – c’est sérieux – "L’Espagne, terre d’opportunités". Nos responsables se sont même mis en tête de "vendre" leur pays à New York, Londres, São Paulo ou Shanghai. Courageux ! Dans ce fameux rapport, il y a beaucoup de chiffres souvent exagérément optimistes. Mais aussi une part de vérité.
Car l’économie de l’Espagne, sous une contrainte inouïe et suite à une batterie de réformes lancées par la gauche de Zapatero puis depuis dix-huit mois par le Partido Popular de Mariano Rajoy, vit une profonde mutation. Pour s’en convaincre, on peut s’appuyer sur un indicateur, celui de la balance courante, mesure clé de la compétitivité d’un pays. En Espagne, son déficit a été divisé par quatre l’an passé. C’est en partie pour une mauvaise raison – le recul des importations – mais aussi du fait d’un essor des exportations. Celles-ci ont atteint 222 milliards d’euros. Un record. Bref, assurent les cyniques, avec des prix de l’immobilier déprimés et des salaires laminés par la récession, il n’y pas que la croissance qui plonge en Espagne, les coûts de production aussi.
Une petite révolution sociale
Le CEC y voit déjà les premiers effets de la réforme phare du marché du travail de février 2012. Une petite révolution sociale qui a détricoté bien des protections et renforcé la négociation au niveau de l’entreprise. Un cadre dont s’était saisi Renault, engageant ainsi une sorte de bataille de la compétitivité entre ses sites (depuis, des accords ont été signés en France). L’Espagne est mal en point. Mais à côté des stériles confrontations franco-allemandes, notre défi, demain, sera peut-être au-delà des Pyrénées...
Pierre-Olivier Rouaud





