C’était indispensable. Il fallait absolument lancer un nouveau projet de loi sur la consommation pour mieux protéger les consommateurs. Comme s’il fallait les soustraire aux griffes des "grands méchants producteurs". Le texte porté par Benoît Hamon, le ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire et à la Consommation, leur accorde de nouveaux droits : désormais, ils pourront lancer des « class actions » à la française et ils auront la possibilité de s’affranchir plus vite de certaines obligations contractuelles. Tout cela, évidemment, étant décrété pour sauvegarder le sacro-saint pouvoir d’achat !
On ne peut que s’interroger sur la pertinence de cette idéologie, qui guide depuis trente ans nos choix économiques. Faire de la protection du consommateur l’alpha et l’oméga de notre politique, est-ce le bon critère ? Sont-ce le pouvoir d’achat, la consommation qui tirent l’économie ? À court terme, on a pu le penser. Mais à long terme la justesse de cette vision peut être sérieusement remise en cause. Le bilan est même piteux : notre déficit commercial frôle les 70 milliards d’euros, cinq millions de personnes sont sans emploi (soit un actif sur cinq !), près de deux millions d’emplois industriels ont été détruits et les comptes publics sont dans le rouge, avec une dette frôlant les 1 900 milliards d’euros. On a connu moteur plus performant pour faire tourner une machine économique…
Il est temps de changer notre regard. Nos dirigeants politiques ne peuvent plus voir chaque Français comme un acheteur en puissance : ils doivent l’envisager avant tout comme un salarié. Cela les obligera à privilégier la production sur la consommation, les usines sur les magasins et à mettre en place une authentique politique de l’offre, celle que Louis Gallois appelait de ses vœux dans son rapport à l’automne 2012. Plus que le bien du consommateur, il faut rechercher celui du salarié, et donc de ses employeurs. Il faut, en quelque sorte, en faire notre préférence nationale, notre guide pour discerner nos choix, notamment en matière fiscale et sociale. Et que les tenants de la consommation ne s’inquiètent pas : bien rémunéré, un salarié finira, tôt ou tard, par consommer !




