Enquête

Pépites digitales en V. F.

Le passage des industriels français du cinéma au numérique est parfois semé d’embûches. Certaines de ces start-up mériteraient pourtant elles aussi de se voir décerner une palme à Cannes.

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Éclair exerce aujourd’hui cinq spécialités?: postproduction, adaptations multilingues et sous-titrage, distribution, archivage et restauration.

Palme du tournage

Transvidéo, des petits moniteurs pour les grands

Son produit, vous le trouverez dans les mains de Clint Eastwood et dans celles de nombre de metteurs en scène et de directeurs de la photographie réputés. C’est un petit moniteur à écran plat qui affiche l’image prise par la caméra, parfaitement synchrone, et enrichie d’informations sur la profondeur de champ et d’autres paramètres. Avec sa PME de 20 personnes installée à Verneuil-sur-Avre (Eure), Jacques Delacoux s’est taillé une notoriété auprès des plus grands, couronnée par un oscar technique en 2009. Société "d’artisans high-tech", Transvidéo est condamné à innover pour maintenir son activité (des moniteurs pour les caméras 3 D figurent au catalogue). Mais la PME doit s’adapter à l’évolution technologique accélérée caractéristique du numérique. Ses produits, jadis conçus pour être utilisés pendant vingt ans, sont maintenant mis à jour par logiciel. L’autre conséquence majeure du numérique, c’est un environnement concurrentiel décuplé. Avoir de l’avance technologique ne suffit plus : il faut se protéger du "pillage". Transvidéo dépose donc des brevets. Lui qui avait noué des contacts privilégiés avec Disney, Deluxe, Sony ou Matsushita, doit maintenant faire face à une armée de concurrents venus de Chine, de Corée ou d’ailleurs.

Palme de la meilleure photographie

Thales Angénieux allège ses optiques

Malgré sa taille modeste, Angénieux, qui réalise un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros dont un tiers seulement dans le cinéma, reste la référence mondiale en matière d’objectifs et de zooms. Une réputation haut de gamme qui n’était pas forcément un atout quand des caméras numériques dix fois moins chères que les traditionnelles ont déferlé sur le marché. Heureusement pour la PME, filiale de Thales depuis 1993, la qualité et les prix des caméras numériques ont vite progressé, remettant ses produits en phase avec le marché. "L’évolution des caméras vers des images de plus haute définition (4K) nous est favorable", souligne Pierre Andurand, le président de l’entreprise. La PME de Saint-Héand (Loire) poursuit sa stratégie d’innovation : elle a ainsi lancé récemment un zoom pour cinémascope léger et compact, fruit de deux ans de R & D sur des techniques de fabrication d’optiques de formes complexes.

Palme de la meilleure adaptation

Éclair change de métiers

Le numérique, ils l’ont senti passé. Depuis 2009, l’effectif et le chiffre d’affaires des fameux Laboratoires Éclair ont été divisés par deux. En 2013, la PME de Vanves (Hauts-de-Seine) qui compte 320 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 45 millions d’euros, devrait afficher des résultats positifs. Mais ce n’est plus la même entreprise. S’il reste un petit laboratoire pour développer des films et tirer des copies, ses activités sont devenues numériques : postproduction, adaptations multilingues et sous-titrage, distribution, archivage et restauration. "Notre stratégie consiste à avoir une offre intégrée, explique Sébastien Arlaud, le directeur commercial et du marketing. Sur les cinq ans à venir, la partie postproduction devrait rester stable, mais nous misons sur la croissance des pôles restauration et distribution." Deux plans de restauration de centaines de longs-métrages ont été signés avec Gaumont et Pathé, auxquels s’ajoutent des projets bénéficiant d’une aide du Centre national du cinéma (CNC). La restauration est en effet considérée par Éclair comme un relais de croissance, qui génère un volant d’affaires de près de 8 millions d’euros. Le stockage est aussi un métier d’avenir. Après avoir mis en place un système de distribution de disques durs (15 000 copies de films numériques prévues en 2013), Éclair va gérer en France le réseau de distribution dématérialisée de l’américain Deluxe. Un atout, si l’ex-laboratoire veut regagner une partie de la position qu’il avait dans la distribution de films 35 mm.

Palme des effets spéciaux

Mikros Image, de la pub à "l’Écume des jours"

Le numérique, chez Mikros Image, on connaît. Depuis 2001, le studio scanne les films qu’on lui confie en postproduction, pour réaliser en numérique divers traitements (étalonnage, effets spéciaux…) avant de les remettre sur pellicule. Une expérience appréciable pour l’un des acteurs français les plus dynamiques du secteur, en concurrence avec Digimage, Technicolor et Éclair. Mikros a démarré en 1985 dans la publicité, mais la moitié de son activité est consacrée au cinéma, avec par exemple, tout récemment, "L’Écume des jours", de Michel Gondry. "Le basculement du cinéma vers le numérique n’a pas été un vrai changement pour nous, indique Mathieu Leclerq, le responsable du cinéma numérique chez Mikros Image. En revanche, l’évolution technologique rapide – une nouvelle caméra tous les six mois – nous oblige à adapter constamment nos logiciels de traitement, et il devient nécessaire de standardiser les procédés." Le studio de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) souhaite aussi développer une activité de restauration de films et d’archivage (via son partenaire Orfeo). Son travail sur "Le joli Mai" (1963), de Chris Marker, est présenté à Cannes. Avec le numérique, tout semble possible jusqu’au dernier moment et la réactivité est devenue la règle : quelques semaines avant l’ouverture du festival, Mikros avait encore en postproduction une dizaine de films présentés sur la Croisette. L’entreprise, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 21 millions d’euros l’an passé, a ouvert deux filiales en Belgique (publicité et cinéma) et une à Montréal. Depuis juin 2012, Mikros s’est lancé dans une nouvelle aventure : l’animation. Le premier long-métrage, un "Astérix", est en cours de réalisation.

Palme de l’innovation

Technicolor se recentre sur les services

Délesté d’importantes activités (régie audiovisuelle, production de décodeurs, de bobines de films…), Technicolor – ex-Thomson – est désormais centré sur les services et technologies pour le cinéma et les médias. Des domaines dans lesquels le groupe d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) s’est récemment développé en France, avec notamment la reprise du studio de postproduction de Quinta, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), dûment modernisé et rééquipé pour proposer tous les moyens numériques de traitement de l’image et du son, ainsi qu’un service de production et de distribution de copies numériques. Par ailleurs, Technicolor a inauguré l’an passé un centre de recherche à Rennes (Ille-et-Vilaine), qui emploie 200 chercheurs. De nombreux thèmes concernent le cinéma : la sécurisation des contenus, les techniques de compression des données, les méthodes d’archivage. Jusqu’à la mise au point de procédés automatisés de restauration de films.

Palme du meilleur transfert

Smartjog dématérialise la distribution

La filiale de TDF, le spécialiste des réseaux hertziens audio et vidéo, est emblématique des nouveaux acteurs de la filière cinéma. Créée en 2001 pour assurer le transfert de fichiers entre les chaînes de télévision et les studios de postproduction, Smartjog développe depuis 2007 la distribution de films numériques vers les salles de projection. Via internet pour des salles de centre-ville, et par satellite vers les multiplexes de centres commerciaux. "Étant donné le volume des fichiers, les liaisons ADSL ne sont pas toujours suffisamment rapides. Mais le transfert via internet devrait progresser", indique Nicolas Dussert, le vice-président de Smartjog pour le cinéma numérique. En Europe la distribution numérique repose encore à 70% sur la livraison de disques durs. L’évolution vers la dématérialisation est inéluctable. L’entreprise d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) utilise aussi son infrastructure de réseau pour proposer une offre de stockage en ligne à l’usage des distributeurs, et d’archivage de longue durée pour les détenteurs de catalogues de films. D’autres acteurs des télécoms ont fait leur entrée dans le cinéma comme Globecast, filiale de France Télécom, ou Eutelsat. Smartjog, lui, ouvre son offre de distribution dématérialisée en Europe (Allemagne, Espagne, Pays-Bas…), et propose sa technologie sous forme de licence ailleurs. Un contrat a déjà été signé en Russie.

Palme de la meilleure projection

Doremi invente le serveur de films numériques

Avantage à ceux qui démarrent tôt : l’américain Doremi Labs, dont Doremi Technologies est la branche européenne installée à Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes), est le premier à avoir sorti un serveur de cinéma numérique conforme aux spécifications imposées par les majors. Dans chaque salle, couplé au projecteur, le serveur stocke et lit les films numériques compressés (250 gigaoctets en moyenne pour un long-métrage). Doremi annonce la vente de son 50 000e serveur, et domine le marché mondial, concurrencé par exemple par le hongkongais GDC. En Europe, l’entreprise détient les deux tiers du marché et a équipé 85% des salles numériques françaises. Les unités sont fabriquées aux États-Unis, mais la France accueille, outre le siège européen et les activités commerciales et d’après-vente, un centre de R & D assurant notamment le développement des logiciels. Pour maintenir sa croissance Doremi – qui a vendu en 2012 pour 100 millions de dollars (quelque 76 millions d’euros dont 40 millions en Europe) – continue d’innover en proposant la migration vers une plus haute définition d’images (4K), la projection à cadence doublée (48 images par seconde), et des librairies centralisées pour servir plusieurs salles d’un multiplexe. Certains marchés (Allemagne, Russie, Turquie…) sont encore sous-équipés. Par ailleurs, la projection en salle d’événements en direct (opéras, danse…) est un marché en développement visé par le numéro un des serveurs numériques.

Le jury a aussi remarqué…

Ymagis accompagne la transition des salles Créée en 2007, l’entreprise parisienne propose des offres de financement aux exploitants de salles qui migrent vers la projection numérique. Elle a ainsi accompagné la transition de plus de 2 200 écrans en Europe, tout en développant une offre de services technologiques : installation, maintenance, infogérance, fabrication et distribution de copies… En 2012 elle a réalisé un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros (+ 53%).

Aaton et sa caméra magique Le grenoblois, seul fabricant français de caméras, fidèle à sa tradition d’innovation haut de gamme, a conçu une caméra numérique dont, entre autres technologies innovantes, le capteur effectue des micromouvements pour mimer la répartition aléatoire des grains dans une pellicule.

Capital Vision, champion de la mémoire Spécialiste du stockage et de l’archivage de fonds audiovisuels (cinq entrepôts), le parisien s’est lancé dans le stockage numérique en mettant en avant son rôle de conseil et de gestionnaire d’archives : sélection des contenus, étiquetage des fichiers, indexation, migration des supports au moindre coût…

ADN libère ses doublures numériques La start-up propose de créer et de gérer des doublures numériques d’acteurs ou de personnalités.

Golaem anime la foule Un spécialiste de la création et de l’animation de foules, intégrables dans des prises de vue.

Firefly partage la postproduction L’entreprise a développé une suite de logiciels collaboratifs pour la postproduction. 

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