Dans la grisaille de la rentrée, un chiffre pourrait faire l’effet d’un rayon de soleil annonciateur, peut-être, de jours meilleurs : 5 %. C’est la hausse de leurs investissements, en 2010, prévue par les chefs d’entreprise de l’industrie manufacturière. Plusieurs d’entre eux ont fait part, en juillet, de l’état de leur moral et de leurs projets d’investissements aux enquêteurs de l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques. L’enquête a été dévoilée le jeudi 27 août.
L’INSEE évoque une situation toutefois contrastée. Certains secteurs témoignent un redressement vigoureux. A commencer par les équipements électriques, électroniques, informatiques et les machines, avec + 6 %. Par contre, dans d’autres secteurs, mieux vaut ne pas s’attendre à des miracles : investissements promis à une baisse de 3 % dans l’agroalimentaire, pourtant l’un des fers de lance de l’industrie française à l’exportation.
Globalement, une nette amélioration par rapport à l’an dernier, quand les investissements industriels avaient fortement trébuché : - 21 % par rapport à l’année antérieure.
«Une sorte de rattrapage en douceur»
Pour Frédérique Cerisier, économiste à la BNP-Paribas, il y a loin de la coupe aux lèvres: «Après une année 2009 exécrable, c’est une sorte de rattrapage en douceur auquel on assiste. On sent bien que les chefs d’entreprise optent pour la prudence, considérant qu’en avril, comme l’avait montré la précédente étude de l’INSEE à ce sujet, ils avaient été 6 % à prévoir une hausse des dépenses d’investissement.» Et Frédérique Cerisier d’ajouter: «Les choses semblent plutôt se stabiliser et on ne peut guère tabler sur une accélération des investissements au second semestre.»
Olivier Eluère, économiste au Crédit Agricole, se dit frappé par cet aspect des choses: «Nous constatons que les entreprises françaises en général, tous secteurs confondus, accuseront toujours en 2010, un recul de leurs investissements : - 2 %, contre – 7,8 % en 2009.» Olivier Eluère évoque, à propos de l’industrie manufacturière, «un secteur qui se détache du lot, démontrant une réactivité singulière dont on ne peut que se réjouir.»
L’impact de la reprise mondiale
Les économistes interrogés par l’ Usine Nouvelle abondent dans ce sens: les investissements consentis par les industriels s’expliquent certainement, en grande partie, par les contrats à l’international. Tel serait l’impact, sur l’industrie française, de la forte reprise en vigueur en Allemagne et du surcroît de croissance observé dans les pays émergents.
Reste à savoir quelle est la part les PME et celle des grands groupes dans le réveil et le redéploiement des investissements. L’INSEE ne fournit aucun détail à ce sujet. Jean-Louis Levet, économiste et auteurs de plusieurs ouvrages (dont «La France sans usines?») donne son sentiment sur la question : «Il faudrait effectivement une enquête plus précise. De toute manière, on sait que les PME sont loin d’avoir un fonds de roulement suffisant pour affronter la crise, et elles éprouvent donc d’autant plus de mal à investir. Ceci à cause de l’érosion de leur carnet de commandes et à cause des délais de payement que leur imposent leurs clients.»





