Dans une économie mondiale toujours pleine d’incertitude, la prévision vaut ce qu’elle vaut : en 2016 le PIB de l’Inde devrait bondir de 6,5 %, selon le FMI. Un chiffre enviable vu d’Europe, et remarquable surtout à un titre : ce taux de croissance dépassera celui de la Chine (6,3 %). Une première depuis quarante ans ! Autant le dire, en Inde le monde du business lévite sur un petit nuage. Comme si l’arrivée au pouvoir, voilà neuf mois, de Narendra Modi, le Premier ministre, avait fini par repeindre le pays à neuf. Couleur safran, celle du BJP, son parti de droite nationaliste. L’ancien "chief minister" du Gujarat a réussi un beau coup de marketing avec son initiative Make in India lancée en septembre 2014. Ce projet de faire de l’Inde la nouvelle frontière de l’industrie mondiale, à côté d’une Chine en phase de ralentissement, a trouvé un écho étonnant dans le monde des affaires et la presse indienne. Les puissants industriels du pays comme Mahindra, Bajaj ou les frères Ambani (Reliance) soutiennent la démarche.
Signe des temps, Micromax, la nouvelle star indienne des terminaux mobiles, parle de relocaliser une part de sa production. Dans le même secteur, on parie sur l’arrivée du chinois Xiaomi, et son compatriote Huawei vient d’investir à Bangalore. Tout un symbole. La « Shining India » des années 2000 serait donc en voie de retrouver son lustre alors que le gouvernement, ce 28 février, doit présenter son premier budget de plein exercice. Début janvier, Narendra Modi a promis des "réformes illimitées". Des privatisations, comme celle du géant Coal India, sont activées. Des engagements sont lancés en matière d’infrastructures ou de villes intelligentes. Ce budget sera un test, car jusqu’ici les réformes concrètes ont tardé. Et la première démocratie du monde reste confrontée à ses innombrables défis (pauvreté, corruption, pollution...). À Mumbai, Chennai ou Bangalore, les entreprises attendent des mesures pour l’amélioration du climat des affaires, la plaie de l’Inde classée en la matière 142e sur 182 pays par la Banque mondiale. Là sera le révélateur du changement en matière, par exemple, de fiscalité, de bureaucratie ou d’ouverture aux investissements étrangers.
En attendant, l’Américain Obama, le Chinois Xi ou le Japonais Abe se sont pressé ces derniers mois à Delhi pour faire des œillades à Modi. Celui-ci ne boude pas son plaisir et va envoyer 160 missi dominici à travers le globe pour promouvoir le make in India. Lui-même doit se rendre en France en avril pour parler coopération économique, nucléaire, et bien sûr Rafale. Mais surtout vendre cette promesse d’Inde nouvelle. Qui voudra l’acheter ?
Pierre-Olivier Rouaud








