Enquête

La révolution numérique 

Les industries du cinéma ont basculé vers le numérique. La transformation, parfois douloureuse, se traduit par des changements de métiers et une concurrence exacerbée. Tour d’horizon à l’occasion de la 66e édition du Festival de Cannes.

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Thales Angénieux place ses optiques numériques sur les tournages de longs-métrages et de séries télévisées. Ici,

Jadis – c’est-à-dire il y a deux ou trois ans – les cinéphiles défendaient avec passion les mérites incomparables de la bonne vieille pellicule 35 mm bousculée par l’arrivée des images numériques. Le débat est désormais clos, parce qu’obsolète. En 2013, laquasi-totalité des tournages de films français se fera avec des caméras numériques. Parallèlement, les salles de cinéma se sont massivement équipées de projecteurs numériques.

Fin programmée des bobines

  • Tournages 80 % des projets français ont utilisé des caméras numériques.
  • Écrans numériques 90 % des écrans français sont équipés pour la projection numérique.

Source : CNC (2012) 

La disparition des bobines, sur les plateaux de tournage comme dans les cabines de projection, est une évolution spectaculaire pour une industrie qui n’a pas connu de telle rupture technologique depuis l’arrivée du "parlant", en 1927. Une mutation en accéléré, qui n’affecte pas que les deux extrémités les plus visibles de la filière technique. La postproduction, la production des copies, leur distribution, la projection, et jusqu’à la conservation et la restauration des films, toutes les industries techniques du cinéma doivent s’adapter. Au-delà de la rupture technologique, c’est une redistribution des cartes qui est en cours.

En France, c’est peu de dire que le passage au numérique a remué la filière. Les Laboratoires Éclair, emblématiques de l’industrie hexagonale du cinéma à l’égal de Gaumont ou de Pathé, ont renoncé à leur activité de développement et de tirage de films. Après des années difficiles, de procédure de sauvegarde en plan de réduction d’effectif, Éclair est devenue une société de postproduction (étalonnage, mixage, effets spéciaux…), de distribution, d’archivage et de restauration numériques. Même Angénieux (groupe Thales), une référence mondiale des objectifs haut de gamme, a senti passer le vent du boulet. "À l’arrivée des premières caméras numériques, de bien moindre qualité et dix fois moins chères que les caméras 35 mm, l’exigence en matière d’optiques a beaucoup baissé, et notre offre s’est trouvée en décalage par rapport à l’évolution de la demande", rappelle Pierre Andurand, le président de Thales Angénieux. Sur les tournages, la disparition des grosses caméras a sorti du marché lesmarques de référence comme Panavision, et fait émerger des leaders, tel l’américain Red. L’allemand Arri est le seul européen à s’être imposé dans les caméras numériques.

Des offres peaufinées

Les composants étant disponibles sur le marché, de nombreux acteurs entrants constituent une offre pléthorique, en constante évolution. Avec le doublement de la résolution des images (de 2K à 4K), et du nombre d’images par seconde (high frame rate), entre autres, la technologie des caméras impose son rythme à la filière, qu’il s’agisse des optiques, des logiciels de postproduction ou des projecteurs. Les spécialistes de la postproduction n’ont pas été surpris par l’arrivée du numérique. "Depuis 2001 nous scannons les films pour effectuer des traitements en numérique", souligne Mathieu Leclerq, le responsable du cinéma numérique chez Mikros Image, l’un des principaux postproducteurs de longs-métrages avec Éclair, Digimage et Technicolor. Dans cette nouvelle donne liée à la banalisation du numérique, tout le monde fait tout ou presque, ce qui exacerbe la concurrence. Certes, du côté de la distribution, livrer des disques durs à la place des bobines n’est pas un changement majeur. Sauf qu’une vraie révolution est en cours : la part de la distribution dématérialisée, via internet ou des liaisons satellite, ne cesse de croître avec l’arrivée d’opérateurs venus des télécoms, comme Smartjog (filiale de TDF), ou Globecast (filiale de France Télécom). Dans les cabines de projection, si le marché des projecteurs est tenu par quelques grands acteurs (Barco, Nec, Sony…), c’est l’américain Doremi Labs qui s’est imposé comme le numéro un mondial du serveur numérique connecté au projecteur. 

S’il est un domaine où le numérique est apparemment la solution idéale, compacte et efficace, c’est celui du stockage. Plutôt que de stocker des kilomètres de pellicule, les films numériques sont conservés sur des bandes magnétiques (LTO) dans des sites sécurisés… et sur des disques durs dispersés dans les armoires des producteurs et autres intervenants. L’ensemble n’étant pas sans poser de nouveaux problèmes : que faut-il archiver, et surtout, comment gérer l’évolution des supports de stockage dont les générations se succèdent ? Là aussi, tout le monde peaufine son offre, venant concurrencer les spécialistes de l’archivage de films, comme Capital Vision notamment. De plus, les groupes internationaux des télécoms et de l’internet arrivent avec leurs services de stockage dans le cloud. Il en résulte une internationalisation croissante qui s’étend à toute la filière. Transvidéo, une PME implantée dans l’Eure, a su se faire une réputation internationale avec ses moniteurs de visualisation pour le tournage. Mais la reconnaissance de Clint Eastwood et de Wim Wenders ne les met pas à l’abri de concurrents qui déferlent par dizaines.

3 D or not 3 D

Le cinéma en 3 D ne fait pas vraiment recette. En tout cas, pas encore. Réalisations décevantes et inflation des budgets ont ralenti le rythme des productions de films en 3 D. Pourtant, des professionnels continuent d’y croire, misant sur les progrès d’une technologie qui n’est pas encore stabilisée. En France, des start-up comme Binocle 3 D (prise de vue et postproduction) ou StereoLabs (automatisation du pilotage des caméras) développent des technologies innovantes. Thales Angénieux, qui propose des zooms pour tournage en 3 D, pilote le projet Action 3 DS (2012-2015) avec Binocle, e2v Semiconductors et plusieurs laboratoires de recherche. Son objectif est de mettre au point un système complet très compact, qui doit faciliter ces tournages et en réduire le coût. Un premier produit est annoncé pour le début 2014. Par ailleurs, le consortium 3 D Consumer, fondé en 2012 à l’initiative du fabricant de serveurs numériques Doremi, veut promouvoir la technologie 3 D française. Il regroupe notamment Volfoni (équipements pour les salles) et 3 Dlized (production de contenus) et bénéficie d’un soutien de 2,5 millions d’euros sur cinq ans dans le cadre des investissements d’avenir. Son ambition est d’ouvrir des vitrines technologiques dans des zones clés pour le développement de la 3 D : à Pékin (la Chine devrait être le premier marché mondial d’ici à un ou deux ans), puis en Russie, en Inde, au Brésil et à Dubaï.
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