L'Usine Nouvelle - Vous lancez un logo revendiquant la collecte et le conditionnement du lait en France. Pourquoi cette démarche ?
Giampaolo Schiratti - La filière du lait de consommation est en danger. L’année 2014 a été marquée par une hausse importante des importations de 38,4 % allant de septembre à novembre 2014 par rapport à l’année précédente, notamment de Belgique (+50 %) et d’Allemagne (+18,4%). Cette tendance est venue s’ajouter à une baisse de la consommation française de lait liquide de 2,9 % en 2014, à 2,7 milliards de litres. La production française des laiteries a ainsi chuté de 4,4 %. Mais aujourd’hui, les études, notamment celle du Crédoc sur les aspirations des Français, montrent que les consommateurs sont de plus en plus sensibles à l’origine des produits et à leur proximité. C’est pour cette raison que nous lançons ce logo.
Cette démarche ne va t-elle pas court-circuiter d’autres logos privés qu’apposent déjà certaines marques ?
Non, elle vise justement à simplifier le message aux consommateurs et l’harmoniser. Aujourd’hui, il y a du lait collecté en France qui est conditionné en Allemagne et inversement. Cela permettra de donner un message clair aux consommateurs. Des marques comme Candia et Le lait d’ici vont l’apposer, ainsi que des enseignes comme Carrefour et Système U sur leurs produits à marques de distributeurs. En septembre prochain, nous estimons que près de 50 % des briques et bouteilles commercialisées en grandes surfaces devraient arborer le logo.

Comment s’explique la hausse des importations sur le marché français ?
Il y a eu une progression de la collecte laitière en Europe en 2014. En France, la collecte a augmenté de 5 %. Mais l’embargo russe a engendré un effet de surproduction, entrainant une baisse des prix. Nous avons eu beaucoup de difficultés à exporter chez nos voisins, qui consomment, comme en Allemagne, leur production nationale avant tout. En revanche, certains distributeurs français s’embarrassent moins pour importer, si les prix d’achat sont moins chers à l’étranger.
Comment voyez-vous l’année 2015, dans un contexte de suppression des quotas laitiers au 1er avril ?
Il y a beaucoup d’incertitudes actuellement sur le marché qui peuvent engendrer de la volatilité. Le contexte de sécheresse en Nouvelle-Zélande pourrait jouer en notre faveur. Mais en même temps, des inconnues demeurent sur la demande de la Russie et la Chine. Quant à la suppression des quotas, la production française et européenne devrait progresser, mais difficile de dire exactement dans quelle proportion. Les volumes excédentaires de lait qui ne trouveraient pas de débouchés pourraient être stockés ou partir dans la filière de la poudre de lait, mais cela ne serait pas favorable à nos laiteries.
Quelles perspectives avez-vous sur la Chine dans les exportations de lait de consommation ?
Nous avons une demande en progression mais elle est encore faible. La France a exporté 40 millions de litres de lait UHT en 2014, contre 25 millions en 2014. C’est une goutte d’eau comparée à leur marché de 25 milliards de litres consommés. Mais nous bénéficions d’une excellente image en raison de la qualité sanitaire de nos produits. De plus, le lait en Chine reste assez cher, ce qui est favorable pour nous. La baisse de l’euro nous est par ailleurs positive. Avec un partenaire local, Candia a ouvert 4 magasins en Chine. Notre objectif est d’en ouvrir au moins 10 de plus en 2015.
Propos recueillis par Adrien Cahuzac





