Enquête

La capitale du cinéma

La région concentre plus de 70% des entreprises et de l’effectif de l’industrie cinématographique et audiovisuelle française. Un statut qu’elle doit à ses grands décors iconiques qui attirent les tournages.

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L’Île-de-France attire l’audiovisuel chinois. Plusieurs scènes de la série « N os Années françaises » ont ainsi été tournées à Ivry.

Un projet pharaonique, unique en Europe. Luc Besson aura mis dix ans pour transformer une usine électrique de Saint-Denis, fermée en 1981, en Cité du cinéma. Imaginée par le réalisateur et producteur, elle dispose de neuf plateaux de 600 à 2 000 m2 flanqués de 6 000 m2 de locaux techniques et de loges. S’ajoutent 20 000 m2 de bureaux, une salle de projection de 500 places et 8 000 m2 pour l’hébergement de l’École nationale supérieure Louis-Lumière. Montant de l’investissement : 170 millions d’euros ! À l’instar de lieux mythiques tels Hollywood et Cinecittà, ce nouvel équipement permet de réaliser sur un même site toutes les étapes de la fabrication d’un film.

Inaugurée en septembre 2012, la Cité du cinéma conforte une industrie francilienne déjà très dynamique. "C’est un outil exceptionnel, complémentaire d’un ensemble beaucoup plus vaste et qui va renforcer notre attractivité à l’égard de la production internationale, dont on sait qu’elle est en pleine croissance", s’enthousiasme Olivier-René Veillon, le directeur de la Commission du film d’Île-de-France. La région occupe une place prédominante dans la filière cinéma en France. Avec 5 578 établissements, elle accueille 70% des entreprises françaises de production et de postproduction, et plus de 80% de l’effectif des sociétés de ces secteurs.

Une industrie bien implantée
Une industrie bien implantée Une industrie bien implantée

L’Île-de-France est davantage prisée pour les tournages que Londres ou New York. Elle le doit à quelque 1 500 décors naturels, dont certains à forte valeur iconique. Paris accueille à elle seule près de 1 000 tournages par an, selon Michel Gomez, le délégué de la Mission cinéma de la ville. "Les étrangers veulent des lieux permettant aux spectateurs de se rendre compte immédiatement qu’ils sont à Paris, mais on tourne aussi dans d’autres secteurs", assure-t-il. "Cet attrait passe aussi par des éléments immatériels, qui correspondent en partie à l’idée que les Chinois se font de la France. Il y a une espèce de rêve à vivre en France", témoigne Yves Cresson, le patron de Bayoo, une PME spécialisée dans l’accueil des productions étrangères.

Un écosystème renforcé

Autre atout de l’Île-de-France : un très riche vivier de compétences, en grande partie entretenu grâce au régime d’assurance chômage des intermittents du spectacle. Selon l’Observatoire de la production audiovisuelle et cinématographique en Île-de-France, la région comptait, en 2011, 120 951 salariés intermittents et 19 089 permanents. Le conseil régional, lui, apporte une contribution non négligeable au développement de l’activité, via un fonds de soutien doté de 15 millions d’euros par an.

Les professionnels voisins de la Cité du cinéma se réjouissent de son ouverture. "On peut espérer voir venir de grosses productions et nos entreprises, qui sont sous le parapluie, bénéficieront des retombées", se félicite Lydie Fenech, la directrice de Pôle media Grand Paris. Cette grappe d’entreprises, constituée principalement de prestataires des industries techniques, regroupe 75 adhérents pour la plupart implantées en Seine-Saint-Denis. Mais avec 80% de TPE dans ses rangs, elle est aussi à l’image d’une industrie trop morcelée, qui doit encore se structurer. En 2010, 74% des sociétés de production et 73% de celles de postproduction n’avaient aucun salarié. Cette faiblesse de taille est un handicap et a constitué un élément de fragilisation lors du très rapide passage au numérique, au cours duquel beaucoup de sociétés ont mordu la poussière.

D’autres entreprises, dédiées au numérique, sont nées et ont renforcé l’écosystème. "Les barrières d’accès aux compétences de la retouche numérique et d’image assistée par ordinateur sont complètement tombées avec l’avènement des micro-ordinateurs. Ce qui a favorisé l’émergence de très petits acteurs", analyse Gilles Gaillard, le directeur général de Mikros Image, un intervenant majeur de la postproduction qui compte 180 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 27 millions d’euros [lire aussi page 28]. Pour aider les petites structures, la chambre de commerce et d’industrie (CCI) Paris Île-de-France s’attache au renforcement des compétences entrepreneuriales des dirigeants. "Elles sont souvent insuffisantes dans cette industrie dont le moteur est d’abord la créativité", estime Éric Delafoy, le référent pour l’entertainment et l’image à la CCI.

Le grand regret, c’est d’être encore boudé par les blockbusters, souligne Olivier-René Veillon. Ces films à très gros budget, dont Londres s’est fait une spécialité, sont une manne. "Un gros tournage américain représente 400 000 euros de dépenses quotidiennes", détaille Michel Gomez. La France est handicapée par un crédit d’impôt mal calibré et moins performant que les incitations fiscales de ses voisins, à commencer par la "tax shelter" de la Belgique, qui a fait prendre à de nombreux films français le chemin de Bruxelles. "Une réforme a été adoptée en décembre. Nous attendons l’accord de la Commission européenne", précise Thierry de Segonzac, le président de TSF et de la Fédération des industries du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia (Ficam).

Ces dispositions, qui restaureront une forme d’équilibre vis-à-vis des rivaux directs, pourraient permettre de freiner les délocalisations des productions françaises qui se sont accélérées. L’an passé, cela a fragilisé l’activité de l’industrie cinématographique francilienne, alors que l’exercice 2011 avait été marqué par une croissance moyenne de 8% en termes d’emplois et de masse salariale… 

"Nous avons réussi le passage au numérique"

Thierry de Segonzac,président de TSF
  • Quelle est l’originalité de TSF ?

Avec 130 salariés et un chiffre d’affaires proche de 30 millions d’euros, TSF est leader sur le marché de la prestation technique du tournage de cinéma, de télévision et pour la publicité. Nous gérons les studios centenaires d’Épinay, en Seine-Saint-Denis, et sommes présents à Marseille, Cannes, Bordeaux, Bruxelles, Liège et Luxembourg.

  • Pourquoi avez-vous lancé un emprunt obligataire de 3 millions d’euros ?

Le passage au numérique a lourdement pesé sur nos comptes. Nous avons réussi ce retournement et retrouvé la voie du profit en 2012. Pour autant, il fallait rétablir le fonds de roulement. C’est l’objet de cet emprunt.

  • Pour TSF, le marché français est-il suffisant ?

Le problème n’est pas tant d’aller chercher des marchés à l’étranger que d’accompagner les productions françaises qui se délocalisent, afin de préserver sa part de marché. Cela dit, le volume de production des autres États européens est très inférieur au nôtre. Investir sur des marchés plus restreints n’est pas un objectif prioritaire.

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