Attention aux images souvent déformantes diffusées par les médias, qui peuvent faire croire que l’économie bretonne s’effondre. Oui, une partie des activités agroalimentaires de la première région agricole de France souffre. Quelque 7 000 emplois ont été détruits ces derniers mois. Oui, il y a "le feu" dans les secteurs les plus traditionnels, qui emploient une main peu ou pas qualifiée. Mais la Bretagne conserve encore de sérieux atouts. La preuve vient d’en être donnée par l’Insee. "Avec un taux de chômage de 9,4% au deuxième trimestre de 2013, cette région se situe encore à plus d’un point en dessous de la moyenne nationale", explique l’Institut national de la statistique. Des chiffres à prendre avec précaution, puisque l’industrie, dans son ensemble, a perdu 1 500 emplois au cours du deuxième trimestre de 2013.
La grande chance en Bretagne, c’est que les territoires qui vont mal se trouvent juste à côté d’autres qui vont bien. Ce n’est pas le cas dans beaucoup de régions.
Laurent Davezies, économiste
À Rennes, la descente aux enfers de PSA n’en finit pas. L’usine de Chartres-de-Bretagne est désormais menacée et pourrait être la prochaine condamnée par le groupe, après celle d’Aulany-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), en cours de fermeture. Le maire (PS) de Chartres-de-Bretagne, Philippe Bonnin, également vice-président du conseil général d’Ille-et-Vilaine chargé de l’économie, constate les dégâts : "Si l’engagement est pris par la direction de PSA de ne pas fermer l’usine avant 2016, il n’y a, dans les faits, aucun nouveau véhicule annoncé." Fort de 20 000 salariés il y a dix ans, le site de La Janais n’emploie plus, aujourd’hui, que 5 600 CDI et n’en comptera plus que 4 200 début 2014.
Le succès de Rennes Atalante
Élus et entrepreneurs craignent la fin rapide de l’aventure PSA tout en sachant que Rennes tient toujours son rang de locomotive régionale et a la capacité d’absorber cette crise. La meilleure preuve La technopole Atalante "a créé 735 emplois supplémentaires en 2012, soit une croissance de 4%", souligne Claude Labit, son président. Plus de 19 000 salariés, à 80% des ingénieurs, se répartissent entre les 307 entreprises privées de cette technopole. Certes, Alcatel Lucent a prévu de fermer son centre de R & D composé de 102 ingénieurs. Mais Atalante compte des pépites créées ex nihilo comme Astellia (42 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2012). Ce concepteur de solutions pour l’amélioration de la qualité des réseaux des opérateurs de la téléphonie mobile employait 100 salariés en 2005, il compte désormais 300 collaborateurs. "Les pays émergents où la téléphonie mobile explose portent en partie notre croissance", indique Christian Queffelec, le PDG d’Astellia. Il installera son équipe en 2014 dans un ensemble immobilier flambant neuf à Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes.
À une cinquantaine de kilomètres de la capitale bretonne, le fabricant de pains et viennoiseries surgelés Bridor (300 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel) investit en ce moment plus de 10 millions d’euros à Louverné (Mayenne) dans une nouvelle usine de 10 000 mètres carrés où vont être créés 150 emplois. Filiale du groupe rennais Le Duff (1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires), Bridor profite de la croissance exponentielle des restaurants Brioche Dorée de son actionnaire.
À Brest (Finistère), à l’extrême ouest de la Bretagne, le maire (PS) François Cuillandre s’est évertué à changer l’image de sa ville. Sa plus grande fierté, la création d’une première ligne de tramway qui a transformé la physionomie de la cité et a contribué à redonner le moral à ses administrés. Les marins en uniforme se font de plus en plus rares dans la célèbre rue de Siam, mais Brest a su se reconvertir grâce à des industriels comme SDMO (500 millions d’euros de chiffre d’affaires, 1 200 salariés), le leader européen des groupes électrogènes. "25 millions d’euros ont été investis en 2012 et 2013 dans l’agrandissement de nos installations désormais développées sur 42 000 mètres carrés et complétées par un centre de R & D de 120 ingénieurs", indique son PDG Jean-Marie Soulat.
Dynamisme à Brest
Sur le port de commerce, la région Bretagne et la chambre de commerce et d’industrie ont démarré un investissement lourd de 134 millions d’euros pour aménager les quais. Une vaste zone accueillera les activités industrielles de fabricants et sous-traitants d’équipements pour les énergies renouvelables offshore. Avec la collaboration active du chantier naval DCNS (2 500 salariés), Brest s’engage désormais dans la construction d’éoliennes, d’hydroliennes et de houlomoteurs. À la clé, plusieurs centaines de créations d’emplois. Toujours à Brest, Thales (1 082 salariés) vient de bénéficier d’une commande du ministère de la Défense d’un montant global de 400 millions d’euros pour la rénovation de 15 avions patrouilleurs Atlantic 2.
À l’écart du dynamisme de la métropole brestoise, les campagnes du Centre-Bretagne grondent depuis l’annonce de la fermeture de l’abattoir de porcs de Gad, à Lampaul-Guimiliau. Dans la même commune, le charcutier Jean Caby a prévu 80 licenciements. Des productions sans la moindre valeur ajoutée ni innovation… Ce qui ne constitue pas une fatalité ! À Lamballe (Côtes d’Armor), Cooperl Arc Atlantique (2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 4 400 salariés) ne subit pas la concurrence des productions à bas coût importées d’Allemagne. Le leader français de la production porcine continue, contre vents et marées, de recruter plus de 50 salariés par an et d’investir. "L’enveloppe de 2013 s’élève à 50 millions d’euros. Elle est destinée en partie à une nouvelle usine de produits cuisinés", précise Emmanuel Commault, le directeur général.
Ce rapide tour d’horizon montre que tout n’est pas perdu en Bretagne. Outre sa forte identité, la région dispose d’un atout clé, selon l’économiste Laurent Davezies, spécialiste des territoires : "La grande chance en Bretagne, c’est que les territoires qui vont mal se trouvent juste à côté d’autres qui vont bien. Ce n’est pas le cas dans beaucoup de régions."





