Ce jeudi 27 juin, le comité de pilotage du Débat national sur la transition énergétique (DNTE), en présence de la ministre de l'Ecologie, Delphine Batho, s'est livré à un exercice de très haute voltige : prévoir les évolutions du prix des énergies fossiles. Alain Grandjean, président du groupe des experts du DNTE, se lance : "Dans le cadre des scénarios pour la transition énergétique, l’influence du prix des énergies fossiles est majeure."
Didier Houssin, directeur des marchés et de la sécurité énergétiques à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), rappelle qu'à long terme, les hydrocarbures resteront dominants au niveau mondial dans le mix énergétique (75 % en 2050) et que leurs coûts seront durablement élevés. Il envisage une légère détente à court terme sous l'effet de l'accroissement de l'offre en Amérique du Nord grâce aux hydrocarbures non conventionnels. Mais pas question de s’avancer avec des prévisions précises à long terme, explique l'expert. Par le passé, la volatilité des prix a toujours déjoué les analyses les plus fines.
Nathalie Alazard-Toux, directrice Economie et Veille à l'IFP Energies nouvelles, met en avant l'importance de l'estimation des réserves. Selon elle, le monde disposait avant les premiers forages d’une réserve potentiellement exploitable de pétrole de 6 000 milliards de barils. 1 200 milliards de barils ont déjà été extraits. "En 2050, nous aurons produit la moitié de cette ressource, ce qui entraînera des risques importants de tensions". Elle n’hésite pas à parler de signal d’alarme à cette échéance. A cette date, c'est environ 30 % des ressources gazières qui auront été extraites, ce qui laisse plus de marge.
L’impact des gaz de schiste
Pour Thierry Bros, analyste à la Société Générale, la révolution "passée" des gaz de schiste aux Etats-Unis et celle "à venir" du pétrole de schiste aura un impact majeur. Selon lui, la facture gazière européenne en 2012 est de 100 milliards d'euros plus élevée que ce qu'elle aurait été avec des prix nord-américains, soit un surcoût de 0,8 % de PIB. Pour le seul secteur industriel, cette différence s'élève à 30 milliards d'euros. "Il vaut mieux réduire le prix de l'énergie que le prix du travail", en conclut Thierry Bros. Et d’ajouter que si nos voisins européens, et en particulier le Royaume-Uni, se mettent au gaz de schiste, la France n'aura d'autre choix que de suivre.
Une conclusion qui n'est pas du goût de la ministre Delphine Batho : "Etant en démocratie, ce ne sont pas les marchés qui choisissent les politiques énergétiques, c'est le peuple !" assène-t-elle. Sur les prix des énergies fossiles, elle se dit perplexe. "Les projections sur les prix sont apparemment incertains et aléatoires (...) Cela motive la nécessité de réduire la dépendance aux hydrocarbures, en plus de la nécessité climatique."
Ludovic Dupin





