Gants blancs, charlotte, combinaison en coton… Équipée des pieds à la tête de vêtements de protection, une opératrice manipule avec soin un petit cadre en verre et des boutons en Inox, dans une pièce vitrée à atmosphère régulée. La scène pourrait être tout droit sortie de l’industrie pharmaceutique ou de la haute horlogerie. Nous sommes pourtant dans une usine d’électroménager, à Lipsheim (Bas-Rhin), chez l’allemand Bosch Siemens Hausgeräte (BSH), le numéro un européen du gros électroménager. Société commune entre Bosch et Siemens depuis 1967, il vient d’investir 8 millions d’euros pour faire de son seul site de fabrication français, "le centre mondial de compétences de sa marque de luxe Gaggenau".
Un investissement qui a permis de lancer la fabrication de la toute nouvelle série 400 de fours vapeur. Des appareils à hautes technologies (ouverture électronique sans poignée, écrans tactiles de commandes TFT…), dont le prix à l’unité dépasse les 4 000 euros. "Le groupe a choisi de spécialiser le site dans les petites et moyennes séries, à forte valeur ajoutée", explique Alexis Graff, le responsable de la production. Une aubaine pour cette usine dont l’avenir était compromis en 2006.
À l’intérieur, malgré ses 86 printemps, l’usine paraît des plus propres et des plus modernes : des chariots bien rangés sur des sols fraîchement repeints, le tout dans un bruit ambiant modéré pour un site de métallurgie. Les machines huileuses et assourdissantes des précédentes décennies ont été remplacées par des équipements high-tech. Des opérateurs s’affairent sur des presses à commandes numériques, des poinçonneuses à découpe laser ou des machines de finition par microbillage.
Polyvalence et flexibilité
À quelques mètres de là se trouvent deux cabines de soudure laser et une salle blanche, où est effectué l’assemblage des composants électroniques. Équipées de parois en verre, elles sont dédiées à la fabrication de la nouvelle génération de fours vapeur. "C’est une première dans le secteur. Le différentiel de pression avec l’extérieur évite l’entrée de poussières dans les cartes mères et les écrans de commandes, qui peuvent entraîner des problèmes électroniques à la longue", souligne Alexis Graff.
Plus loin, un bâtiment est réservé à l’assemblage. Ici, pas de longue ligne de production automatisée et cadencée débitant des centaines d’appareils. L’ambiance flirte avec celle des ateliers de la maroquinerie de luxe. La fabrication se fait en petite série sur des ilots d’assemblage, laissant une large part au travail manuel. Se voulant la Rolls-Royce de l’électroménager, Gaggenau privilégie une fabrication semi-automatique avec des gestes minutieux. Les portes, poignées, charnières et éléments de commande sont assemblés manuellement un à un, avec une attention toute particulière.
Quelque 130 000 appareils ont été fabriqués l’an passé à Lipsheim : 90 000 fours vapeur et 40 000 tables de cuisson Vario vendus sous les marques Bosch, Siemens, Neff et Gaggenau. Le positionnement haut de gamme a permis une vingtaine de créations de postes en 2012. L’usine compte désormais 320 salariés hors intérimaires. "Les formations se sont faites sur le tas. Nous cultivons la polyvalence et la flexibilité dans les rythmes de travail", commente Alexis Graff, qui va faire passer l’atelier d’assemblage en 2 x 8.
Dès l’année prochaine, Lipsheim va récupérer la fabrication de hottes aspirantes (4 000 unités par an) et, un an plus tard, de tous les fours classiques Gaggenau (25 000 unités), produits jusqu’à présent à l’usine Neff de Bretten (Allemagne). De quoi assurer de nouveaux investissements…





