Les pronostics n'ont pas été déjoués. François Hollande et Nicolas Sarkozy sont arrivés en tête du premier tour. Jamais les questions de compétitivité et de chiffrage des programmes n'ont pris autant de place que dans cette campagne présidentielle. D'ici au 6 mai, c'est encore l'économie qui devrait dominer les débats. La percée du Front national a révélé - si besoin était - que la crise a laissé des stigmates. Comment redresser la France ? Entre les deux prétendants à l'Élysée, les lignes sont parfois brouillées. Les points communs entre les programmes sont plus nombreux qu'il n'y paraît, sur la trajectoire de retour à l'équilibre budgétaire par exemple. Mais il existe aussi de véritables divergences de fonds entre les candidats.
LEURS CONVERGENCES
Le redressement des comptes publics
L'UMP en a fait l'un de ses angles d'attaque contre François Hollande. Dans les faits, les différences sont minces entre les deux candidats. Sous la contrainte des marchés financiers, tous deux se montrent aussi inflexibles sur la réduction du déficit public français. François Hollande prévoit le retour à l'équilibre budgétaire en 2017, un an plus tard que Nicolas Sarkozy qui veut y arriver dès 2016 et souhaite faire adopter la règle d'or budgétaire dès cette année. Une trajectoire quasi similaire. Mais probablement trop optimiste dans les deux cas. Hollande, comme Sarkozy, table sur 1,7% de hausse du PIB en 2013. Le FMI nous promet 1%...

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La réforme de la Banque centrale européenne
Sur l'Europe aussi, les candidats ne se distinguent pas vraiment. Devant ses partisans réunis à la Concorde, Nicolas Sarkozy s'est prononcé en faveur d'une réforme de la Banque centrale européenne (BCE) afin de renforcer son rôle de soutien à la croissance. Une proposition qui figure déjà en bonne place dans le programme de son adversaire socialiste et qui a toutes les chances de susciter la colère de l'Allemagne, très tatillonne sur l'indépendance de la BCE. En revanche, le Président sortant ne défend pas la création d'eurobonds, ni l'ajout d'un volet « croissance et emploi » au traité européen adopté en mars, comme son concurrent socialiste.
L'impôt minimum sur le bénéfice
La campagne a donné lieu à des rapprochements moins attendus. C'est le cas de la réforme de l'impôt sur les bénéfices des sociétés. Soucieux de défendre l'investissement des entreprises, François Hollande défend une baisse du taux d'IS lorsque les bénéfices sont réinvestis dans l'entreprise. Nicolas Sarkozy est pour, lui aussi. Autre réforme annoncée par le Président-candidat : l'impôt minimum sur les grands groupes, censé rapporter 3 milliards d'euros. En face, son concurrent défend la création de trois taux d'IS différenciés, en fonction de la taille de l'entreprise. Avec le même objectif, rééquilibrer la charge fiscale entre grandes et petites entreprises.
Les autres thèmes
Difficile de faire ressortir des oppositions de fond dans la stratégie industrielle défendue par les deux partis. Soutien aux filières, investissements d'avenir... ils veulent faire la même chose. Même si François Hollande souhaite confier (un peu) plus de pouvoir aux régions, il entend garder un grand ministère de l'Industrie. Sur l'innovation, le candidat socialiste reprend à son compte les outils créés depuis 2007, dont le crédit impôt recherche ou les investissements d'avenir. Enfin, les deux candidats entendent s'attaquer au problème du faible taux d'activité des seniors. Le « contrat de génération » du PS favorise le maintien dans l'emploi en redéployant des allégements de charge, tandis que l'UMP joue sur les exonérations de charges pour inciter à l'embauche.
LEURS DIVERGENCES
La méthode de la réforme sociale
Les approches opposées des deux candidats sont stigmatisées sur deux dossiers, la formation professionnelle et le temps de travail. Nicolas Sarkozy fustige les corps intermédiaires et préfère le passage en force. Pour forcer la main des partenaires sociaux, il prévoit ainsi deux référendums s'il est élu, l'un sur le droit à la formation professionnelle, l'autre sur l'obligation d'accepter une offre d'emploi correspondant la formation obtenue. François Hollande, au contraire, privilégie le dialogue social. « Nous respectons les partenaires sociaux, aussi bien les organisations patronales - nous ne les maudissons pas - que les syndicats », a-t-il déclaré dans son discours de Vincennes le 15 avril. S'il est élu, il prévoit d'organiser dès cet été une conférence sur la croissance et l'emploi réunissant les partenaires sociaux, afin de débattre des principaux sujets sociaux du quinquennat : emploi des seniors, formation professionnelle, égalité hommes-femmes, Smic.
La compétitivité du travail
La TVA antidélocalisation, ou TVA sociale, mise en place par le gouvernement de Nicolas Sarkozy, fait l'objet de l'ire des socialistes. Si François Hollande est élu, il a déjà prévu de la supprimer dès le mois de juillet. Le programme socialiste prévoit, au contraire, une augmentation des cotisations retraite de 1 point en fin de quinquennat, réparti entre les charges salariales et patronales, afin de financer le départ à la retraite à 60 ans. Pour les bas salaires, l'approche aussi est différente. Le candidat socialiste prévoit de revoir le barème du Smic, avec d'abord un petit « coup de pouce » au salaire minimum cet été, puis son indexation sur l'évolution des prix et la croissance. Nicolas Sarkozy, quant à lui, préfère réduire les charges salariales sur les bas salaires (1 000 à 1 400 euros nets), sans toucher au barème du Smic. « La seule politique d'emploi qui ait fonctionné a consisté à réduire les charges salariales, sous le gouvernement Juppé en 1995 », rappelle Francis Kramarz, professeur d'économie à l'Ensae.
Le mode de réduction du déficit
Nicolas Sarkozy mise sur la rigueur budgétaire. Les deux tiers de ses 125 milliards d'euros d'économies d'ici à 2016 seront réalisés par une réduction des dépenses. Tandis que François Hollande table plutôt sur une augmentation des recettes, en annulant 29 milliards d'euros de niches fiscales et en augmentant les impôts un peu plus que son concurrent.
Les autres thèmes
Les deux candidats s'opposent sur la fiscalité des particuliers, notamment sur la mesure de taxation à 75% des revenus supérieurs à 1 million d'euros de François Hollande. Mais aussi sur le mix énergétique, François Hollande prévoyant de réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité, tandis que Nicolas Sarkozy n'y touche pas.
LEURS PROPRES CONTRADICTIONS
Thème central de campagne pour Nicolas Sarkozy, l'amélioration de la compétitivité des entreprises se concentre sur une seule mesure : la TVA antidélocalisation, adoptée en mars, doit reporter 13,2 milliards d'euros de cotisations patronales vers la CSG et la TVA. C'est trop peu pour créer le « véritable choc de compétitivité », que le Président sortant espère et que les fédérations industrielles du GFI réclament avec 30 à 40 milliards d'euros minimum de transfert de charge. De son côté l'Institut de l'entreprise, qui a passé au crible les programmes, reconnaît que le gain devrait être limité.
François Hollande,lui, peine à trouver la bonne équation en matière nude nucléaire.La réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production d'électricité en 2025, annoncée par le candidat socialiste. S'il prévoit de fermer Fessenheim (1,8 GW installé) pour faire plaisir aux écologistes, François Hollande poursuit la construction de l'EPR de Flamanville (1,6 GW). Pour atteindre sa cible, le candidat devra donc faire chuter de 25% la part du nucléaire en huit ans seulement entre 2017 et 2025. « Pas crédible », juge Greenpeace, même si les énergies renouvelables montent en puissance. Quant à certaines mesures fiscales, elles finissent par s'annuler. C'est le cas sur la réforme de l'ex-taxe professionnelle. François Hollande propose d'un côté de baisser les cotisations foncières (- 2,5 milliards d'euros selon l'Institut de l'entreprise) et d'augmenter celles assises sur la valeur ajoutée (+ 3,1 milliards). Match nul pour beaucoup de PME.
LEURS ZONES DE FLOU
Difficile de comprendre comment Nicolas Sarkozy compte convaincre les collectivités locales de participer à l'effort budgétaire. « La capacité de contrainte de l'État sur les collectivités d'un autre bord politique est très limitée », rappelle Eudoxe Denis, le responsable du chiffrage des programmes de l'Institut de l'entreprise. Le candidat UMP propose une obligation de formation aux chômeurs assortie de l'interdiction de refuser un emploi issu de cette formation. « Cela ne veut pas dire grand-chose, assène Francis Kramarz. C'est une question de coût... » Le flou demeure également sur les moyens pour réduire de 3 milliards d'euros le prix des médicaments, aucune mesure n'étant mise en face.
François Hollande prévoit, de son côté, de contenir la progression des dépenses à 1,1% en moyenne par an, contre 1,7% par an entre 2008 et 2010, ce qui permettrait de générer une économie de 50 milliards d'euros à horizon 2007. Mais les mesures concrètes pour atteindre un tel volume d'économie n'apparaissent pas dans le programme socialiste... François Hollande prévoit même de revenir sur le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, envisageant simplement de ne pas augmenter le nombre de ces fonctionnaires. Par ailleurs, la concentration des financements de la formation professionnelle sur les publics les plus fragiles, relève du voeu pieux. « Ce n'est pas une mauvaise idée, relève l'économiste Francis Kramarz. Le véritable problème, c'est le système complet de formation tout au long de la vie qu'il faut repenser. » Hollande ne s'engage pas si loin et sa mesure demeure très générale. Pas d'indication d'objectifs à atteindre, ni de méthode, hors la négociation avec les partenaires sociaux. Une négociation qui a déjà eu lieu en 2009, sans grand changement. Enfin, la réforme du financement de la protection sociale n'est pas très claire. Une partie de la CSG pourrait y contribuer.
JEAN-LOUIS LEVET, économiste et auteur de « Réindus-trialisation, j'écris ton nom », à la fondation Jean Jaurès
« IL FAUT UN PROJET PRODUCTIF AMBITIEUX »«La question industrielle est présente à des degrés divers dans les programmes des candidats et l'on voit apparaître des orientations communes, par exemple sur le développement des PME. La crise est passée par là et la prise de conscience de la vulnérabilité de notre économie est réelle. Pour aller plus loin, il faut analyser les propositions industrielles des programmes à l'aune de trois critères principaux. Le premier est de passer d'une addition de mesures favorables à l'industrie à la mise en oeuvre d'un ambitieux projet productif. Cela implique une réforme fiscale stimulant puissamment l'investissement productif dans nos territoires. Ensuite, la conduite d'une politique de production et de soutenabilité de nos finances publiques. Cela signifie un rythme et une répartition de l'effort à doser avec minutie pour ne pas ruiner la croissance à long terme. Enfin, les enjeux sont tels qu'un nouveau compromis social est indispensable : il faut intégrer sur le marché du travail des plus fragiles, les jeunes, les moins qualifiés et les seniors.»
MICHEL DIDIER, président de l'institut Coe-Rexecode
« REDRESSER LES MARGES DE L'INDUSTRIE »«Coe-Rexecode a alerté depuis longtemps sur le décrochage brutal de compétitivité qui s'est produit il y a un peu plus de dix ans et qui a conduit le site France à des pertes de parts de marché et à la désindustrialisation la plus rapide des pays de la zone euro. Les deux candidats en ont conscience. Ils affichent des programmes voisins pour la politique industrielle : plus de financements, d'innovation, de recherche en entreprise. Mais cette recherche, c'est d'abord des résultats d'exploitation. Comment faire plus de recherche sans un redressement des marges dans l'industrie ? Quelles sont les mesures qui permettront ce redressement ? Les candidats ont, en revanche, des stratégies différentes sur les prélèvements sociaux et fiscaux, notamment sur les entreprises. L'écart est de 40 milliards d'euros de plus de dépenses publiques et de prélèvements pour le candidat de la gauche. Peut-on espérer regagner rapidement en compétitivité en alourdissant les charges sur la production ? Il faudra bien poser la question.»
« Les Français ont témoigné un vote de crise. Ces souffrances je les comprends, elles portent sur la lutte déterminée contre les délocalisations, la maîtrise de l'immigration, la valorisation du travail. » Nicolas Sarkozy, le 22 avril à la Mutualité à Paris « Ma responsabilité, c'est de réorienter l'Europe sur le chemin de la croissance et de l'emploi. » François Hollande, le 22 avril à Tulle « Le défi qui nous attend est immense et je le mesure : réduire la dette, rééquilibrer nos comptes, renforcer nos filières industrielles [...] rétablir notre compétitivité, donner à nos entreprises plus de moyens pour investir. » François Hollande, le 15 avril à Vincennes « La France doit réduire ses dépenses, repenser le financement de son projet social, de son modèle social. Si nous augmentons le coût du travail dans notre pays, comment allez-vous retenir dans votre région, dans votre département, les entreprises ? » Nicolas Sarkozy, le 16 avril à Poitiers




