"Créer un ordre des ingénieurs permettrait de sortir par le haut de la confrontation universités-écoles", selon Julien Roitman

Par  - Publié le
Julien Roitman
© T. Gogny

  Ingénieurs et scientifiques de France (IESF) s’apprête à lancer un débat national autour de la création d’un ordre des ingénieurs. Pour Julien Roitman, son président, réglementer la profession permettra de l’ouvrir à de nouveaux parcours.

L'Usine Nouvelle - Lors de la clôture de la Journée nationale de l’ingénieur, le 18 mars, vous avez annoncé un grand débat sur la création d’un ordre des ingénieurs. Où en êtes-vous ?

Julien Roitman - Ingénieurs et scientifiques de France, à l’issue de son Assemblée générale du 7 juin, proposera une démarche inspirée des assises de l’enseignement supérieur et de la recherche. Nous lancerons un appel à contributions auprès de tous les représentants de la profession, écoles d’ingénieurs (CDEFI), commission des titres (CTI), représentants des élèves (BNEI)... Parallèlement, des rencontres se tiendront un peu partout en région, pour faire remonter les attentes, un blog sera sans doute ouvert, et un grand débat national clôturera l’ensemble. Un comité des sages pourrait être constitué, pour apporter son recul et son analyse. J’ai déjà rencontré l’ordre des avocats et celui des experts comptables, pour mieux comprendre leur fonctionnement, et suis entré en relation avec les structures représentant les ingénieurs, dans d’autres pays. L’idée est de débattre dans l’année qui vient et de faire un point d’étape lors de la deuxième Journée nationale de l’ingénieur, prévue le 3 avril 2014.

Pourquoi les ingénieurs auraient-ils besoin d’un ordre ?

Un ordre, ou un syndicat professionnel ou toute autre structure capable de parler en leur nom… Il faut réglementer le titre d’ingénieur et les conditions d’exercice de la profession. Aujourd’hui, n’importe qui peut se dire ingénieur, le titre n’est pas protégé – seul le diplôme l’est. Or de plus en plus d’ingénieurs ne sont pas salariés, mais indépendants. Comment vérifier qu’ils sont compétents ? A contrario, 300000 personnes, selon nos estimations, exercent le métier d’ingénieur sans en avoir le diplôme. A nous de vérifier si elles sont compétentes et si c’est le cas, pourquoi ne pas le reconnaître ?

Vous êtes donc prêt à ouvrir cet ordre, c’est-à-dire le titre d’ingénieur, à des personnes qui ne seraient pas passées par des écoles d’ingénieurs ?

Oui, mais sous certaines conditions. Créer un ordre des ingénieurs, c’est-à-dire réglementer le titre, permettrait de sortir par le haut de la confrontation entre universités et écoles. On a besoin des deux ! Les unes et les autres mènent à la même filière d’ingénierie. Notre objectif est d’être ouvert sans vendre les bijoux de famille que sont les écoles d’ingénieurs. Les diplômés d’université accéderont au titre d’ingénieur, mais avec des exigences complémentaires : il faut définir le niveau de diplôme nécessaire, vérifier l’exercice effectif du métier d’ingénieur – beaucoup de diplômés d’école en pratiquent un autre – et exiger une expérience professionnelle minimale.

Un ordre pourrait aussi imposer aux ingénieurs d’entretenir leurs compétences en se formant. Aux Etats-Unis, tous les cinq ans, les ingénieurs doivent passer un contrôle afin de vérifier leur niveau. En Europe du nord, un pays oblige même ses ingénieurs à repasser leur diplôme tous les dix ans ! Les experts-comptables, que j’ai rencontrés, imposent un minimum de 30 heures de formation par an. Et pourquoi pas imaginer des grades différents en fonction de l’expérience, du diplôme, de la formation continue, qui pourraient donner accès à certains chantiers ou rémunérations ?

Les ingénieurs sont dotés d’une charte éthique, mais elle est modeste et non contraignante. Un ordre des ingénieurs permettrait-il de lui donner plus de poids ?

Qui dit ordre dit aussi code de déontologie, et pouvoir disciplinaire des pairs envers ceux qui ne le respectent pas. On peut être exclu de l’ordre des avocats ! Or les ingénieurs sont de plus en plus confrontés à des projets gigantesques aux forts enjeux sociaux et environnementaux, ou aux sciences du vivant, qui soulèvent de nombreuses questions éthiques. Il faut réécrire la charte existante pour l’étoffer, et en faire un texte que s’engageront à respecter les ingénieurs.

A nous d’imaginer des pistes et de les proposer au législateur. Le débat est ouvert.

Propos recueillis par Cécile Maillard

Imprimer

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
Recevez nos newsletters

Identifiez-vous