Comment la RATP partage ses technologies 

L’opérateur du métro parisien a tissé des liens étroits avec ses fournisseurs, notamment les PME, avec lesquelles il échange des technologies. Une stratégie qui permet à la régie d’innover en permanence.

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Sur la ligne 1 du métro de Paris, Clearsy a installé son système de contrôle d’ouverture et de fermeture des portes palières. Et l’a ensuite vendu au Brésil.

Métro du futur, 4G, LED, open data… qui a dit que la RATP était une entreprise en perte de vitesse ? Rames décaties sur certaines lignes de métro et de RER et pannes à répétition, il est difficile d’imaginer le cinquième opérateur mondial de transport public comme un acteur à la pointe de l’innovation. Pourtant, gérer un tel réseau, c’est déjà une prouesse. "Nous transportons 2 millions de personnes par jour avec un service de plus en plus personnalisé. C’est la logique du “mass transit” par rapport à une demande de plus en plus individualisée", explique Emmanuel Pitron, le secrétaire général du groupe. La RATP, c’est aussi un industriel qui compte 1 500 ingénieurs, des ateliers de maintenance et des ouvriers très qualifiés. "Si on veut se différencier, il faut rester à la pointe, poursuit Emmanuel Pitron. C’est le cas quand on automatise la ligne 1 du métro parisien, lorsque l’on met en place un système de Tram (Stem) pour traverser les carrefours sans caténaires. L’innovation est notre ADN. Regardez le pass Navigo, la carte Orange avec son coupon électronique, la géolocalisation des bus. Toutes ces technologies ont été développées par la RATP." Mais l’opérateur historique du transport public veut aller plus loin avec ses fournisseurs, notamment en proposant certains de ses brevets aux PME.

1 Un pacte pour exploiter les brevets

Au mois de mai, la RATP s’est engagée avec Pacte PME, une association regroupant petites entreprises et grands comptes. Depuis, la régie propose aux PME d’exploiter une trentaine de ses brevets pour leur ouvrir de nouvelles perspectives de commercialisation de produits ou de systèmes. Ces brevets sont répartis en quatre catégories : électronique, informatique, télécoms et électricité ; ferroviaire ; mécanique ; sécurité. Les fournisseurs peuvent en acquérir l’exploitation par un achat ou après une cession. "On a signé ce pacte car on doit porter une attention particulière au tissu de PME, explique Emmanuel Pitron. Nous travaillons avec 3 300 d’entre elles et réalisons plus de 2 milliards d’euros d’achats par an. Il existe une réelle sensibilisation en interne. La direction a compris l’importance de l’activité économique qu’elle génère : 18 000 emplois directs. Nous avons un rôle de locomotive avec les PME. Nous avons toujours eu une volonté de partager nos technologies, mais c’est l’environnement qui change."

2 Partager les innovations

La RATP partage les innovations avec 500 PME. Pour ces dernières, la régie sert de banc test, de vitrine internationale et de stimulateur. "C’est une signature", précise-t-on fièrement au siège de l’opérateur. Pourquoi avoir accéléré le partage de brevets depuis deux ans ? "Le contexte évolue, il y a nécessité pour la RATP d’avoir de la visibilité avec le tissu industriel. Sa capacité technologique est souvent mésestimée. Quand on automatise la ligne 1 du métro de Paris, c’est une prouesse technologique. On fait travailler des centaines d’entreprises et la RATP assure l’intégration", poursuit le secrétaire général du groupe. Un exemple ? Clearsy est un spécialiste des systèmes sécuritaires. Sur la ligne 13, cette PME indépendante de 80 personnes a fourni les équipements de contrôle d’ouverture et de fermeture des portes palières. Sur la ligne 1, ce sont des systèmes de détection d’individus dans les lacunes, les espaces entre la rame et le quai, aux stations Bastille, Étoile et Nation. "Nous les avons développés avec les équipes d’ingénierie de la RATP, précise Thierry Servat, le PDG de Clearsy. C’est la première fois au m:onde qu’ils étaient installés sur une ligne existante. Nous n’aurions pas eu les moyens d’assure le développement seul. Le partenariat nous a également permis de déployer des technologies de relais de signalisation."

La RATP a souhaité par la suite que Clearsy distribue elle-même ces technologies sur d’autres marchés. Le soutien de la régie parisienne est un plus pour commercialiser à l’international. Depuis, Clearsy a équipé le métro de São Paulo, au Brésil, avec son système pour portes palières. "Si une PME a réussi à vendre à l’autre bout du monde sa solution, c’est grâce à la notoriété de la RATP et à sa réputation en termes de sécurité ferroviaire. C’est une carte de visite formidable", se félicite Emmanuel Pitron.

3 Choyer des PME réactives

FMIB, un spécialiste de la maintenance de fermetures industrielles, a remporté en 2012 l’appel d’offres relatif aux 900 systèmes de fermetures des ateliers bus. "Un contrat de trois ans qui représente 30% de notre chiffre d’affaires, précise le gérant, Bruno Leze. Nous sommes d’ailleurs au taquet : la RATP ne veut pas que ses fournisseurs soient monoclients." Cette exigence protège les sous-traitants en cas de non reconduction de leur contrat. Mais ces PME doivent en permanence s’améliorer, avec le soutien de leur donneur d’ordres. FMIB utilisera à partir du 1er janvier 2014 un logiciel de gestion de maintenance assistée par ordinarteur (GMAO). Être titulaire du marché étant l’élément déclencheur. "Nous sommes vraiment partenaires. Ils nous accordent des délais tant que nous n’avons pas notre logiciel. Il y a des échanges constants de données, d’amélioration", précise Bruno Leze.

4 Renforcer les liens avec les grands groupes

La mise en commun de technologies ne se limite toutefois pas aux petites et moyennes entreprises. La RATP a créé Metrolab avec Alstom Transport, une filiale R & D, pour développer le futur métro à l’horizon 2015. Elle emploie une trentaine de personnes. Autre exemple : "Dans les trois prochaines années, nous aurons équipé la plupart des stations en 3G et 4G. On trouve les solutions innovantes avec les opérateurs SFR et Bouygues", déclare Emmanuel Pitron. Même avec les grandes entreprises, la RATP sait être en pointe. Lors de l’appel d’offres public pour l’attribution des six lots concernant le remplacement des points lumineux, elle a imposé une note sur le développement durable avec plusieurs critères (social, sociétal, environnement…). "Elle représentait 10% de la note totale. C’est la seule fois que j’ai vu ce critère dans un appel d’offres public et cela m’a plu", se réjouit Jacques Le Berre, le directeur du marketing de l’activité éclairage chez Soitec, qui a remporté l’un des lots. L’entreprise fournira 250 000 points de lumières avec des LED, qui permettent de réaliser 66% d’économies d’énergie. 

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