Sous les voûtes du Palais Beaumont, face aux Pyrénées, l’inauguration du CSP le 4 février a permis la conjonction de plusieurs tribus : un monde de haute technologie qui se connaît bien, dans le sillage du Commissariat à l’énergie atomique, de l’industrie aéronautique et de défense, pour lequel les outils de simulation sont monnaie courante ; les sous-traitants d’une région aux ateliers de plus ou moins haute valeur ajoutée, et une collectivité locale enthousiaste.
Chacun des trois partenaires à l’initiative du centre y trouve son compte. L’entreprise Communication-Systèmes, issue du regroupement de la Compagnie des signaux et de la filiale informatique du CEA, CISI, est l’opérateur du centre et investisseur principal de départ. Cet ancrage régional lui permet de « créer du business » en offrant aux petites et grosses entreprises une machine et des logiciels de calcul, ainsi qu’un accompagnement sur mesure pour ses services de simulation, indique Jacques Duysens, directeur technique modélisation, simulation et calcul chez C-S. Le constructeur de turbines d’hélicoptère Turboméca, grand donneur d’ordre de la région, bénéficie par ce biais d’un centre de haute compétence à proximité. La communauté d’agglomération, enfin, qui finance le centre au tiers environ, fait monter en gamme le tissu industriel local et y pérennise l’emploi. Elle trouve également là le moyen de mettre à profit son réseau de très haut débit, pour lequel elle a déboursé une bonne part de son budget (30 millions d'euros sur 5 ans). D’autant qu’à terme, le centre de Pau pourra être relié aux très gros calculateurs en région parisienne. Un gros tuyau de fibre optique encore peu exploité relie en effet directement Pau à la Défense à côté de Paris, où le CEA a investi dans un très puissant calculateur (le TGCC).
La puissance de calcul ne suffit pas
Eric Seinturier, ingénieur chez Turboméca, est le pilote de la plateforme Mosart, l’un des programmes de simulation émanant du pôle de compétitivité Aerospace Valley. Le CSP l'intéresse particulièrement, car il aura pour vocation de porter les projets développés dans le cadre du pôle de compétitivité, comme le sien, ou d'autres projets comparables nommés "Macao" et "Osmose". Lors de l'inauguration, il a rappelé que la rapidité la machine ne faisait pas tout. « Aujourd’hui, on n’est plus limité par la puissance de calcul, mais il faut refaire les modèles », a-t-il souligné. « Le principe de la simulation est grossièrement le suivant : on entre des données dans un logiciel, on fait tourner un modèle (algorithme) parfois vieux de 20 ans, et on voit comment le modèle réagit à des modifications de l’environnement », explique Jean-Marie Davesnes, responsable d’études chez Oxalya. « Ainsi, les algorithmes utilisés dans l’industrie automobile pour la conception assistée par ordinateur sont toujours les mêmes, bien que les designs des voitures soient novateurs », ajoute-t-il. S'ils veulent vraiment avoir un temps d'avance, les bureaux d'études aéronautiques doivent donc commencer par concocter... de nouveaux algorithmes.Lire aussi :





