Depuis hier soir, une petite musique malsaine se joue en France. La faute d'un seul homme donne une occasion rêvée aux extrêmes de droite et de gauche de jeter le discrédit sur tous nos dirigeants en sifflant leur air favori, celui du "tous pourris".
A priori, la sphère économique n'est pas concernée par ce scandale. Mais doit-elle pour autant regarder de loin ce qui se joue autour de l'affaire Cahuzac ? Je ne le pense pas. L'entreprise et ses dirigeants doivent analyser et suivre de près ce qui se trame dans ce dossier. Car il révèle à nouveau la coupure qui est en train de s'opérer entre l'opinion publique (le peuple et donc les salariés) et leurs élites. Quand les premiers s'estiment victimes d'une crise dont ils ne maîtrisent ni les causes ni les effets, les seconds jugent que la France est un pays qui ne les valorise pas assez, dont le seul souci est de les punir de leur réussite en les taxant toujours plus.
Le décalage est de plus en plus choquant. Et, à sa manière, Fabrice Brégier, le PDG d'Airbus, l'avait pointé dans un entretien accordé aux Echos il y a quelques semaines : "La France n'a plus confiance en ses élites politiques et économiques. Le sens de l'intérêt général s'estompe." La phrase pourrait être aussi inversée : les élites politiques et économiques ont-ils encore confiance en la France ? Si oui, ils doivent le montrer. Par leur exemplarité et en acceptant, sans (trop) broncher les efforts symboliques qui leur sont demandés. Ce n'est qu'en faisant ce sacrifice qu'ils pourront couvrir l'air du "tous pourris".
Thibaut De Jaegher





