Avec la conférence sociale qui s’ouvre pour deux jours, les 9 et 10 juillet au conseil économique social et environnemental (CESE), c’est la méthode Hollande appliquée au social qui se met en place. Invité le jeudi 5 juillet de Convergences HR, le ministre du Travail Michel Sapin a résumé cette façon de faire d’un mot du président de la République selon lequel "en prenant son temps, on peut gagner beaucoup de temps". Comme un écho du "donner du temps au temps" mitterrandien.
Chez François Hollande, les symboles sont toujours là. Si 2012 n’est pas 1981, le clin d’œil peut séduire les nostalgiques du "Changer la vie", le slogan du PS il y a plus de 30 ans. Ce sont justement les temps qui ont changé. La preuve, c’est qu’il ne devrait rien sortir de révolutionnaire de ce marathon paritaire, parce que ce n’est pas le but recherché.
Alors à quoi servira la conférence sociale ? Les partenaires sociaux (syndicats patronaux et de salariés) mais aussi les collectivités territoriales, vont dialoguer pour se mettre d’accord sur "des thèmes, une méthode et un calendrier de négociation", a indiqué le ministre du Travail. Pour le reste, le ministre slalome entre les questions de la presse, ne voulant pas donner l’impression que le gouvernement oriente d’une quelconque façon les discussions.
Au-delà des convictions sur la démocratie sociale, la volonté est de marquer là aussi une rupture avec le précédent président de la République. "Nous souhaitons que ce soit différent de ce qui s’est passé dans la dernière période du quinquennat précédent", confirme le ministre du Travail. L’omni-président n’est plus, c’est à la société de reprendre la main et de proposer des solutions.
Pour faire différent, la méthode compte donc presque plus que les résultats. Pour commencer, le président de la République François Hollande et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault rencontrent ce 9 juillet au matin les représentants des organisations représentatives (CFDT, CGT, FO, CFE CGC et CFTC, Medef, CGPME et UPA). Ces discussions ont lieu en huis clos.
Ensuite, le président de la République prendra la parole devant l’ensemble des présents, soit 250 personnes environ. Cette séance aura lieu dans l’hémicycle du CESE. Il devrait annoncer notamment la constitutionnalisation de la Loi Larcher qui oblige à une consultation des partenaires sociaux avant que le Parlement ne se saisisse d’un sujet social.
A l’issue de ce discours, il se retirera, laissant les partenaires dialoguer au cours de sept tables rondes portant sur des sujets variés, chacune étant mené par un membre du gouvernement (voir encadré) et un expert rebaptisé pour l’occasion "facilitateur".
Parmi les originalités de ces rencontres, figure le thème du redressement productif, qui ne ressort pas habituellement du social stricto sensu. Il faut aussi noter une table ronde consacrée à l’action publique, alors que l’habitude est d’avoir d’un côté des négociations pour le secteur privé et de l’autre pour le secteur public. Le choix de faire venir les collectivités territoriales doit être souligné. Ainsi, l’Association des Régions de France (ARF)participera aux tables rondes. C’est Ségolène Royal qui siègera aux discussions sur l’emploi, tandis qu’Alain Rousset, le président de l’ARF, siègera à la table ronde portant sur le redressement productif. Ironie du sort pour celui qui longtemps fait figure de favori pour le poste de ministre de l’industrie.
Les partenaires sociaux pour le moment accueillent positivement la conférence, chacun estimant que la méthode retenue est intéressante : "la Cfdt est satisfaite", résume ainsi Laurent Berger. "Nous partons sous de bons auspices" renchérit Benoît Roger Vasselin du Medef. La CGT, si elle se montre ouverte, est en revanche plus que les autres en attente de mesures concrètes.
Les ministres responsables ont longuement reçus les uns et les autres depuis la conférence de méthode du 5 juin dernier. Ainsi s’est construit peu à peu l’ordre du jour des différentes tables rondes. Gilles Gateau, directeur de cabinet du ministre du Travail, a précisé les contours de la table Emploi "les sujets abordés seront l’insertion des jeunes, le maintien dans l’emploi, c’est-à-dire l’emploi des seniors et la question des licenciements économiques et enfin la question de la mobilité, l’emploi précaire."
Mardi soir, le premier Ministre Jean-Marc Ayrault clôturera les travaux en synthétisant les discussions et en présentant la feuille de route des années à venir, en précisant notamment ce qui sera traité par voie conventionnelle et ce qui ressortira de la Loi. L’ambition affichée est de proposer pendant ces deux jours un calendrier social pour les premiers mois, voire les premières années du quinquennat.
En fin de semaine, Michel Sapin recevra les partenaires au ministère du Travail pour définir avec eux le calendrier précis.
- Développer l'emploi et en priorité l'emploi des jeunes animée par Michel Sapin, ministre du Travail Facilitateur : Catherine Barbaroux
- Développer les compétences et la formation tout au long de la vie, animée par Thierry Repentin, ministre délégué à la Formation professionnelle et à l'Apprentissage. Facilitateur : Vincent Merle
- Assurer des systèmes de rémunérations justes et efficaces, animée par Pierre Moscovici, ministre de l'Economie et des Finances et Benoît Hamon, ministre délégué à l'Economie sociale et solidaire. Facilitateur : Jean-Philippe Cotis
- Atteindre l'égalité professionnelle et améliorer la qualité de vie au travail, animée par Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, porte-parole du gouvernement. Facilitateur Muriel Pénicaud
- Réunir les conditions du redressement productif, animée par Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif.Facilitateur : Louis Gallois
- Assurer l'avenir des retraites et de notre protection sociale, animée par Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la santé. Facilitateur : Jean-Baptiste de Foucauld
- Moderniser l'action publique avec ses agents, animée par Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l'Etat, de la Décentralisation et de la Fonction publique.Facilitateur : Bruno Pêcheur





