Technos et Innovations

Waterloo au Canada, fabrique à cerveaux de l’industrie auto

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Reportage Depuis octobre, l'Ontario a autorisé les essais de véhicules autonomes sur ses routes publiques. La province confirme son avance dans le secteur automobile. Un avantage compétitif acquis grâce à la qualité de ses ingénieurs, tous formés à l'Université de Waterloo, fierté du Canada.


Crédits Nabil Shash: Shash Photography

Murs en briques, baies vitrés, grands espaces verts et quelques 36 000 étudiants. A première vue, l'Université de Waterloo, 152ème mondial du classement QS Topuniversities, ressemble à beaucoup de campus nord-américains. Moins commun : un circuit d'un kilomètre où peuvent rouler des voitures autonomes et un laboratoire pour les tester. L'établissement abrite un centre de recherche sur l'industrie automobile baptisé "WatCar".

120 professeurs-chercheurs et leurs 260 étudiants planchent sur la voiture du futur: sa connectivité, sa structure, son poids, sa transmission et ses logiciels.

Les programmes de recherche sont financés par le gouvernement et la province de l'Ontario, ainsi que plusieurs industriels comme Chrysler, Ford, Toyota, IBM ou ArcelorMittal. General Motors a d'ailleurs annoncé en novembre un investissement d'un million de dollars dans l'une des chaires de l'université. 

"La Silicon Valley du Canada"

"Chez Microsoft, plus de la moitié des ingénieurs ont été formés à l’Université de Waterloo, assure Richard Wagner, président et fondateur de Pravala. Tout comme la majorité des gens que vous voyez ici", dit-il en désignant ses jeunes salariés les yeux rivés sur leurs écrans.

Cet ancien étudiant dirige aujourd'hui une entreprise spécialisée dans la conception de plate-formes de connexion pour les voitures, smartphones, tablettes et tout autre objet connecté.

Pravala fournit notamment les logiciels des boîtiers télématiques de l'équipementier Continental. Richard Wagner n'est pas le seul dirigeant d'Ontario à livrer sa petite anecdote sur Waterloo. Beaucoup louent l'excellence de la formation, et comparent volontiers la ville à la Silicon Valley.


Crédits Nabil Shash: Shash Photography

Dans un laboratoire au rez-de-chaussée de l'université, les murs sentent la peinture fraîche et les machines sont emballées dans du film plastique. Le laboratoire GAIA (pour Green and intelligent automotive) sera inauguré en février 2016. Son but ? Permettre aux chercheurs et aux industriels de tester leur véhicule autonome. Ils bénéficieront d'un atelier pour optimiser la performance de la transmission, un autre pour évaluer l'autonomie de la batterie, et un troisième où se trouve un dynamomètre roulant, un banc d'essai.

"Même à Berkeley, ils n'ont pas de laboratoire comme celui-ci"

"L'ensemble de ces équipements vaut 10 millions de dollars canadiens (soit 7 millions d'euros). Même Tesla n'a pas un laboratoire comme celui-ci, se félicite John McPhee, directeur du projet GAIA. A l'université de Berkeley (Etats-Unis) on trouve un laboratoire similaire, mais seulement pour les voitures à moteur à combustion. Ici, l'atelier est modulable, il peut aussi bien accueillir des voitures à essence, que des véhicules électriques et hybrides."


Crédits Nabil Shash: Shash Photography

Dans d'autres laboratoires, les étudiants testent des logiciels sur des voitures miniatures, configurent des anti-virus adaptés aux véhicules connectées, élaborent des pneus intelligents ou travaillent sur de nouvelles formes de châssis. Un foyer d'innovation que les élèves emportent avec eux après le diplôme.

"Ils sont propriétaires de leurs inventions, pas l'université. C'est la grande spécificité de Waterloo, explique Ross McKenzie, directeur du centre de recherche WatCar. Cela facilite les partenariats avec les industriels, et  peut inciter les étudiants à créer leur propre entreprise."

L'Université est aussi très fière de son programme de "Co-op education" (alternance). "A Waterloo, l'alternance est obligatoire pour les étudiants ingénieurs. En tout nous envoyons 19 000 étudiants en alternance chaque année dans l'une des 5 200 entreprises partenaires."


Crédits Nabil Shash: Shash Photography

Du campus à l'incubateur

A 10 kilomètres de Waterloo, la ville de Kitchener abrite dans son ancienne tannerie le siège de Google Canada et Communitech, un accélérateur de start-up intimement lié à l'université. Il héberge Velocity, le programme d'entreprenariat de Waterloo.

L'ambiance n'est pas très éloignée de celle du campus: petits animaux en plastique, peluches et lego en guise de déco, grands tableaux noirs où sont inscrits à la craie les meetings du jour et de jeunes ingénieurs installés derrière leur écran, casque audio vissé sur les oreilles.

On y rencontre  Alex Rodrigues, t-shirt aux couleurs de sa start-up Varden Labs et baskets aux pieds. Alex dirige une entreprise et étudie encore à l'université. Mike Skupien - son associé et camarade de classe - et lui ont développé un prototype de navette autonome.

"Notre but est de la faire rouler sur des routes privées, comme dans un campus, une maison de retraite ou un club de vacances", précise le jeune homme. Pour l'instant, les deux partenaires travaillent à mi-temps sur leur projet pour continuer leurs études, mais ils s'y consacreront entièrement après leur diplôme dans quatre ans.

L'Université de Waterloo continue elle aussi de grandir. En 2018, elle inaugurera un nouveau bâtiment à 88 millions de dollars canadiens (soit 62 millions d'euros). Il sera destiné à la robotique et accueillera le plus grand laboratoire de l'établissement. Le but affiché est de former des ingénieurs encore plus performants et préparés au futur.

Marine Protais

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