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[Video] Nous avons interviewé le robot Sophia ... et vite réalisé ses limites

Marion Garreau ,

Publié le

Sophia, l’un des plus médiatiques robots humanoïdes, était pour la première fois en France mardi 13 novembre lors du salon Innovation de Mastercard à Paris. Questions à envoyer à l’avance, à poser dans un ordre déterminé sous peine de réponses en deux mots ou à côté de la plaque... Sophia a montré que malgré son apparence sophistiquée, elle n’est qu’un chatbot doté de reconnaissance visuelle.

[Video] Nous avons interviewé le robot Sophia ... et vite réalisé ses limites
Le robot Sophia à Paris le 13 novembre 2018.
© Pascal Guittet

Elle est un peu la star des robots humanoïdes. Sophia, développée par la société Hanson Robotics de Hong Kong, a déjà été l’invitée de différents plateaux de télévision, s’est faite draguer par l'acteur américain Will Smith et a déclenché quelques polémiques, notamment en s’exprimant à la tribune des Nations-Unis et en obtenant la nationalité saoudienne. Mardi 13 novembre, le robot a fait une discrète première sortie en France pour le forum Innovation de Mastercard.

L’occasion pour L’Usine Nouvelle de demander une interview du célèbre robot. Un exercice qui s’est révélé bien encadré. En comprenant que nous n’avions pas envoyé nos questions à l’avance, le technicien de Hanson Robotics qui accompagnait Sophia a fait grise mine. "Vous ne pouvez pas lui poser n’importe quelle question comme vous le souhaitez, explique-t-il. Sophia n’est pas un humain, il faut lui parler d’une certaine manière et pour les interviews filmées, nous préparerons au maximum ses réponses à l’avance." De quoi mettre d'emblée les points sur les "i", malgré les efforts de Hanson Robotics pour brouiller les limites entre sa machine et l'humain.

Une interview bien encadrée

Résultat : nous avons dû choisir une poignée de questions parmi une liste prédéfinie, à sélectionner et à poser en respectant l’ordre de la liste et sans sauter de questions. Le choix s’est donc révélé très limité. Mais nous avons aussi pu poser ensuite quelques questions libres. Et l’on voit tout de suite la différence. Si les réponses sont bien cohérentes pour les questions connues à l’avance, Sophia peine davantage à répondre aux questions nouvelles. Surtout que nous avons tenté de cibler les faiblesses de cette intelligence artificielle, basée sur de la reconnaissance vocale et visuelle, notamment en faisant référence à des éléments antérieurs de notre dialogue.

"Sophia fonctionne comme un agent conversationnel, avec des réactions en trois temps : la reconnaissance de la parole, la gestion du dialogue au cours de laquelle elle interroge une base de données et la génération de la réponse, explique Laurence Devillers, chercheur au LIMSI-CNRS et professeure en Informatique et Intelligence Artificielle (IA) à Sorbonne Université. Ses réponses aux questions sont créées à partir de briques qu’elle va chercher sur internet."

Vallée de l'étrange

Autrement dit, Sophia met en oeuvre l’état de l’art de la recherche en intelligence artificielle. Le problème est que ces technologies sont intégrées dans un environnement qui entretient la confusion : le visage de Sophia peut sourire, froncer des sourcils et certaines de ses répliques contiennent des traits d’humour. "Son apparence et sa mise en scène jouent sur la fascination du robot, pointe Laurence Devillers. Sophia a l’air d’être proche des humains et toute la stratégie de dialogue déployée derrière elle consiste à faire croire qu’elle a une conscience d’elle-même. Mais en réalité sa compréhension de l’interlocuteur et du contexte est très faible."

De quoi agacer la chercheuse. "Sophia est une marionnette dont les sorties sont préparées à l’avance mais tout est fait pour qu’elle paraisse intelligente. Cela trompe le public en lui faisant croire que les robots autonomes sont beaucoup plus avancés que ce qu’ils ne sont." Même en sachant cela, difficile de ne pas être déstabilisé par les regards et mimiques du robot. Le décalage entre son apparence humanoïde très réaliste et ses réponses parfois maladroites crée un sentiment de malaise. Un sentiment d'étrangeté théorisé dans les années 1970 par le roboticien japonais Masahiro Mori. Ne serait-on pas tombé dans cette fameuse "vallée de l’étrange" ?

 

 

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