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Election présidentielle 2017

[Vidéo] Macron, Le Pen et la désindustrialisation

Christine Kerdellant - Directrice de la rédaction , ,

Publié le , mis à jour le 09/05/2017 À 12H26

Le monde économique se réjouit : Emmanuel Macron est élu avec 66,06% des voix, selon les résultats définitifs du second tour. Mais le FN gagnera en 2022 si rien n’est fait pour ceux que la désindustrialisation a frappés de plein fouet.

[Vidéo] Macron, Le Pen et la désindustrialisation
Emmanuel Macron, élu président de la République dimanche 7 mai 2017
© Photo Pascal Guittet

 

Le Front national est largement battu. Mais en dépit de son débat raté, Marine Le Pen a fait deux fois mieux que son père en 2002 : près de 35% au lieu de 18%. La montée du vote populiste est particulièrement forte dans les zones où la désindustrialisation a été la plus violente. Et pour cause : ce sont les lieux où le chômage, la perte de pouvoir d’achat, le déclassement social, ont sévi. Or le vote FN est lié au niveau de satisfaction dans la vie.

 

L’économiste Daniel Cohen et sa consoeur Claudia Selnik, professeurs à l’Ecole d’économie de Paris sont catégoriques : "Désormais, à niveau de diplôme et de salaire équivalent, et au même âge, la différence entre un sympathisant du FN et une autre personne réside dans leur niveau de bonheur, confiaient-ils dans un entretien aux Echos avant la présidentielle. (…) On ne peut donc pas dire que ce parti corresponde au clivage élite contre peuple. Le clivage se situe plutôt au niveau de la confiance dans l’avenir. Marine Le Pen est la candidate des personnes malheureuses, pas des classes populaires, même si celles-ci sont plus touchées par la mondialisation et d’autres phénomènes et sont, en conséquence, moins heureuses que le reste de la population".

Il y aurait donc 33,9% de français malheureux, ou insatisfaits de leur vie. Un tiers des voix ! Le chiffre effraie.

Le "vote du malheur" est localisable. Les résultats des élections précédentes validaient déjà les thèses du géographe Christophe Guilluy, l’auteur de La France périphérique : il existe une césure entre la France des villes, et notamment des centres des grandes agglomérations, et la France des zones rurales. Elle se double évidemment d’un découpage par grandes régions : les Hauts-de-France et le Grand Est, comme le bassin méditerranéen ou les banlieues pauvres des métropoles riches (comme la Seine-Saint-Denis, le fameux 9-3) ont sur-représenté le vote Le Pen. En parallèle, le grand Ouest, les Deux-Savoie et Paris sur-représentaient le vote Macron.

Les zones qui souffrent d’un sentiment d’abandon se rebellent dans les urnes. Les territoires qui ont connu des difficultés économiques réclament un changement radical de politique. Les Français y sont plus nombreux qu’ailleurs à estimer qu’ils n’ont "rien à perdre". Qu’importe si le programme économique de Marine Le Pen, avec la sortie de l’euro et de l’Europe, était unanimement considéré comme plus risqué : ceux qui l’ont choisi n’avaient plus vraiment d’espoir. Dans un sondage OpinionWay du 23 avril, à la question "Si votre candidat est élu, pensez-vous que votre situation personnelle s’améliorera ?", 61% des électeurs de Macron répondaient oui… tandis que 26% des électeurs de Le Pen répondaient non ! Comme si ces derniers savaient déjà que le programme du FN risquait d’aggraver le mal, et que tout le monde y perdrait… mais au moins, pensaient-ils, ils seraient enfin entendus et compris.

Les Français qui ont le plus souffert de la mondialisation vivent dans les zones frappées par la désindustrialisation. La Bretagne, qui s’est développée économiquement depuis trente ans, résiste mieux à la montée du Front national que les régions du Nord, dont les bassins d’emploi industriel se sont dévitalisés. Ce n’est pas par hasard si les populistes progressent moins en Allemagne que de ce côté-ci du Rhin : nos voisins ont su garder leur industrie et jouissent du plein-emploi. Ce n’est pas non plus par hasard si, aux Etats-Unis, la "Rust Belt" a fait basculer l’élection en faveur de Trump : les Etats industriels en déclin de la région des Grands Lacs ont plébiscité l’homme venu leur promettre qu’il leur ramènerait, de gré ou de force, les usines disparues.

Nul n’y changera rien d’ici les élections législatives. Mais si l’on ne veut pas que le Front national l’emporte la prochaine fois – il lui suffirait peut-être de renoncer à sa folie d’abandon de l’euro pour y parvenir –, il faut tirer les leçons de ce 7 mai. Le parti qui l’emportera en juin, et qui gouvernera réellement la France, devra s’en souvenir : les dirigeants n’ont plus le droit de rêver "d’entreprises sans usines". Le socle du bonheur d’un pays, c’est l’industrie.

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