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Une sécurité de plus en plus technologique

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Le monde de la sécurité fait face à des besoins croissants, dont il doit maîtriser les coûts. À sa rescousse, une professionnalisation des prestataires et de nouvelles technologies.

Une sécurité de plus en plus technologique
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© Le robot e-vigilante de la start-up française EOS Innovation a été déployé dans l’un des entrepôts d’ID Logistics pour renforcer la sécurité du site.

Après la semaine des attentats [les 7, 8 et 9 janvier, ndlr], un vent de panique a soufflé sur les états-majors de certains grands groupes français », témoigne Charles Pellegrini, le fondateur de la société de sécurité CP Médiation. L’ancien commissaire divisionnaire a reçu pas moins de sept demandes de protection rapprochée de hauts dirigeants. Les services de gardiennage signalent, eux, des demandes de vigiles supplémentaires. Une entreprise comme Veolia, classée « opérateur d’importance vitale », avec ses sites fournissant de l’eau aux populations, a mobilisé, dès le déclenchement du plan Vigipirate « alerte attentat », ses correspondants sûreté nationaux pour relayer sur le terrain des procédures de vigilance renforcée.

Les menaces terroristes sont essentiellement du ressort de la police et de la gendarmerie, avec le soutien de l’armée, « car la sécurité privée n’a pas vocation à se substituer aux forces de l’ordre », rappelle Olivier Féray, le président de Prosegur, l’un des leaders français de la sécurité. La question de la sûreté des biens et des installations n’en est pas moins une préoccupation constante des entreprises. Ces dernières sont victimes de 44 % des cambriolages, selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Les vols de métaux ont grimpé de 19,3 % entre 2011 et 2013. Pour répondre aux besoins des entreprises, une petite révolution est en marche. Pour partie réglementaire, mais surtout technologique.

« La sûreté est un centre de coûts », souligne Jean-Paul Fiamenghi, le directeur de la sûreté de Veolia. Mais pourtant essentiel ! Quand Ernest Daubie, le responsable du transporteur Duc Frères à Roubaix (Nord), a voulu réduire les dépenses liées à la sécurité, en supprimant l’an dernier le vigile de nuit qui lui coûtait 11 000 euros par mois, la conséquence ne s’est pas fait attendre. « Presque chaque week-end, 600 à 700 litres de gazole étaient siphonnés de nos camions, et ce malgré la mise en place d’une vidéosurveillance, explique le transporteur. Le temps d’envoyer l’équipe pour valider l’intrusion et de faire intervenir la police, les voleurs avaient déguerpi avec leurs jerricans depuis longtemps. » Pour contrôler la situation, le dirigeant a modifié les horaires d’arrivée et de départ de ses chauffeurs, afin d’assurer une présence permanente de salariés sur le site pendant la nuit, en plus de la vidéosurveillance. Il constate néanmoins que « c’est surtout la chute des prix du gazole qui a rendu le commerce moins attractif et calmé les vols. »

Des budgets insuffisants

Chez PSA, à Vesoul (Haute-Saône), principal centre logistique du groupe, ce sont les pièces détachées qui attisent la convoitise et les trafics. « Nous entreposons des pièces qui coûtent entre 1 000 et 1 200 euros et d’autres qui ont moins de valeur, mais qui sont assez petites, comme les injecteurs », explique David Boyon, le responsable de la sûreté, qui a fort à faire avec les 120 hectares du site et ses 8,5 kilomètres de clôture. L’an passé, l’entreprise a mis au jour un trafic de pièces détachées, organisé par un salarié de l’entreprise et un complice extérieur qui récupérait les pièces par le grillage de l’enceinte dans une zone mal éclairée. Les marchandises étaient revendues à des prix attractifs, en particulier sur le site Leboncoin.fr. Montant du préjudice ? 150 000 euros. En novembre 2014, les deux auteurs ont été condamnés à deux ans de prison, dont un an ferme. Ce même mois, quatre nouvelles personnes étaient mises en examen par le parquet de Vesoul dans le cadre d’une information judiciaire pour « vol en réunion ».

Les vols de métaux touchent de nombreux industriels, particulièrement des entreprises comme la SNCF et ERDF. « On trouve sur leurs sites des métaux chers, comme le cuivre, ce qui n’est pas le cas des nôtres qui recyclent essentiellement de la ferraille », décrypte Jean-Paul Fiamenghi (Veolia). Ce dernier a plutôt affaire, sur le territoire français, à des vols classiques et des intrusions dont il faut valider l’impact sur les installations.

Pour y faire face, les industriels traitent avec des sociétés de sécurité, dont le chiffre d’affaires s’élève à quelque 5,5 milliards d’euros en France. Si les besoins en sécurité augmentent, les budgets ne suivent pas toujours. « Pour la surveillance humaine, les marges d’une société bien gérée n’excèdent pas 2 % », estime Thierry Brunel, le président d’Onet Sécurité. Si on inclut les acteurs de la vidéosurveillance et les installateurs d’équipements, le taux de résultat net des sociétés de sécurité devrait s’établir à 5,6 % en 2014, selon le cabinet Xerfi.

Un secteur mieux contrôlé

Le secteur de la sécurité a longtemps pâti de la guerre des prix entre une myriade d’acteurs pas toujours très regardants sur la qualité ou les autorisations de travail de leurs salariés. Le Conseil national des activités privées de sécurité (Cnaps), créé en 2012 et présidé par Alain Bauer, est né de la volonté d’assainir le secteur. Cette instance délivre les cartes professionnelles, procède aux contrôles des entreprises et sanctionne le cas échéant. Depuis sa création, le Cnaps a effectué 3 350 contrôles pour vérifier la situation de 2 200 entreprises sur les 4 000 que compte le secteur. La formation minimum obligatoire d’un agent est, désormais, de 140 heures.

Alliance des hommes et des technologies

Mais pour gagner en productivité, le secteur n’a pas vraiment d’autre choix que de miser sur l’alliance des hommes et des technologies. « L’avenir de la sécurité passe par des solutions techniques, estime Servan Lépine, le dirigeant de l’ETI Excelium, spécialisée dans la sécurité. Le coût des équipements a baissé, les réseaux 3 G et 4 G facilitent l’installation des caméras, et il se développe toute une couche de logiciels pour analyser les images. » Il travaille par ailleurs sur le projet de surveillance d’un immense chantier par drones. Excelium est en train de former trois de ses collaborateurs à leur pilotage. Onet Sécurité mise, lui, plutôt sur la solution de vidéosurveillance par ballon.

Toutes ces initiatives sont nouvelles. « Le monde de la sécurité est conservateur et un peu frileux », analyse David Lemaître, à la tête d’EOS Innovation qui vient de mettre sur le marché un robot patrouilleur. À court terme, l’alliance de l’humain et de l’électronique modifie déjà le processus d’achat des prestations. « Nous voulons un guichet unique, pour l’audit des besoins de sûreté, l’installation, la télésurveillance, la levée de doute. En cas de problème, il ne faut pas que chaque prestataire se renvoie la balle. Il faut un seul interlocuteur dans la chaîne de commandement », tranche Jean-Paul Fiamenghi, qui oriente ses 10 000 sites Veolia sur l’achat d’une prestation de services complets. À ce petit jeu, ce sont surtout les grands acteurs, comme Securitas, Seris, Prosegur qui devraient en tirer profit. « Car la technologie demande des ressources : des compétences humaines, du stock de matériel », souligne Olivier Féray.

Toutefois, les acteurs indépendants ont une carte à jouer auprès des sites qui veulent conserver la maîtrise d’ensemble, comme PSA Vesoul. Cet immense magasin de pièces détachées met la sûreté au cœur même de son fonctionnement. Tout en misant sur la technologie : le site va s’équiper de logiciels d’identification de plaques minéralogiques. Au sein du pôle sûreté, des personnels surveillent les sites internet et réseaux sociaux pour identifier la commercialisation de produits maison… qui n’ont rien à y faire.

« Il faut une collaboration entre sécurité publique et privée »
 

Charles Pellegrini, fondateur de CP Médiation et ex-chef de l’Office central de répression du banditisme

« L’État ne peut pas tout supporter et il va inciter les entreprises à mettre en place une surveillance. La sécurité privée a un rôle considérable mais supplétif aux forces publiques, elle n’a pas vocation à intervenir. Lorsque le privé repère des mouvements suspects, il ne peut rien faire, il rapporte ce qu’il a vu. Il faut une collaboration permanente entre les deux. Les sièges des grands médias ont été protégés par la police, mais il a fallu faire un tri draconien car tous se sentaient dans le besoin d’être protégés. Du côté des entreprises plus classiques, on a pris des mesures à la hâte pour sécuriser les sièges et rappeler les procédures de base. Les groupes industriels, en particulier dans le secteur de la défense, sont en général sensibilisés, mais dans d’autres secteurs de l’économie, la prise de conscience n’est pas toujours au niveau. Je trouve aberrant que ces préoccupations n’interviennent qu’après des événements dramatiques alors qu’il n’y a pas de culture de la sécurité en général. J’ai dû envoyer une note à une grande compagnie aérienne pour rappeler les procédures de vigilance au siège. Il faut renforcer les contrôles d’accès afin que ne pénètrent dans l’entreprise que des personnes dont l’identité et le motif sont validés, obliger les coursiers à enlever leur casque, renforcer le contrôle des livraisons et s’assurer que tous les badges des personnes ayant quitté l’entreprise ont été restaurés. »

Quatre technologies en cours d’adoption


La vidéo surveillance sur IP

- Avantage : Souplesse

- Niveau de maturité : Élevé

La vidéosurveillance sur IP envoie les images captées via internet sur un routeur. La transmission peut s’effectuer en Wi-Fi, ce qui supprime l’installation de câbles. La surveillance peut se faire à distance depuis n’importe quel ordinateur. Elle permet de multiplier les caméras et de reconfigurer le dispositif de surveillance en fonction du niveau d’alerte ou de la valeur des stocks. Les données numériques en flux ou stockées peuvent être ensuite traitées par des logiciels qui définiront des anomalies ou alertes. L’installation doit être déclarée au comité d’entreprise et à la Cnil.
 

Analyse en temps réel des images

- Avantage : Réactivité

- Niveau de maturité : Variable selon les applications

Détection automatique d’intrusion, de faits anormaux, reconnaissance faciale… Les algorithmes se greffent sur les images des dispositifs de vidéosurveillance pour assister les opérateurs. Ces logiciels permettent d’accélérer la « levée de doute » pour mobiliser immédiatement les forces de l’ordre. « Ces technologies de décryptage d’images sont développées depuis dix ans, mais sur l’intrusion, par exemple, elles arrivent à maturité avec une parfaite efficacité aujourd’hui », estime Jean-Baptiste Ducatez, le président du français Foxstream.
 

Drones et ballons

- Avantage : Grands espaces 

- Niveau de maturité : En phase de test

Pour les fabricants de drones, la sécurité et la maintenance des installations sont des applications évidentes. Les responsables de la sûreté commencent à s’y intéresser. La SNCF a testé des drones pour de la surveillance de maintenance. Vinci pourrait faire surveiller les chantiers de la ligne de TGV Tours-Bordeaux par drones. À Bordeaux, un site de Veolia a également lancé un test. Les drones permettent de parcourir de grandes distances, mais sont encore dotés d’une faible autonomie, alors que les ballons, pour peu que le vent ne s’en mêle, peuvent surveiller un site en continu.
 

Des Robots patrouilleurs 

- Avantage : Coût

- Niveau de maturité : Émergent

La robotique entre dans la danse. Si la société américaine Knightscope a testé ses robots patrouilleurs K5 en novembre 2014 sur le campus de Microsoft, les français ne sont pas en reste. Le robot de la start-up EOS Innovation, dédié à la surveillance des entrepôts, est en service depuis six mois sur l’un des sites français d’ID Logistics. En phase de commercialisation, il coûte entre 30 000 et 45 000 euros, alors qu’il faut compter 100 000 à 150 000 euros par an pour un vigile, le soir et les week-ends. La prochaine version sera dotée d’une caméra thermique.

 

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