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Une France de caricature

Christine Kerdellant - Directrice de la rédaction

Publié le , mis à jour le 13/06/2016 À 15H50

Une France de caricature © DR

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

Que retiendra l’Histoire de cette crise coagulée autour de la loi travail ? Pas grand-chose, sans doute, tant elle témoigne de nos dysfonctionnements habituels, ou, à tout le moins, de ces particularismes français si solidement ancrés dans l’imagerie populaire. Des errements poussés, cette fois, jusqu’à la caricature.

Un gouvernement au sommet de l’amateurisme. La manière dont la loi travail a été lancée, sans consultation des syndicats réformistes, maladroitement rédigée, et à un an de la présidentielle, témoigne d’une étonnante absence de sens politique. Le « modèle » François Mitterrand a dû se retourner dans sa tombe.

Un syndicat qui bafoue la démocratie. La CGT a osé bloquer les journaux qui refusaient de relayer la tribune de son secrétaire général, Philippe Martinez ! « Libération », « Le Figaro », « L’Opinion » et les autres n’ont pas cédé au chantage et ne sont donc pas parus le 26 mai. « L’Humanité » s’est retrouvé le seul quotidien national en kiosque dans un pays qui se targue d’être le champion de la liberté d’expression. Un retour aux heures les plus sombres de l’URSS. Cette atteinte au pluralisme est le point d’orgue d’une stratégie suicidaire, qui devait lui permettre de bloquer le pays tout entier avec seulement 2,8 % des salariés français.

Un État actionnaire qui court-circuite ses PDG et prône la gabegie. Pour ne pas céder sur la loi travail et éviter la contagion, le gouvernement a lâché du lest ailleurs, sans l’avis des patrons concernés… Ainsi, à la SNCF, il a promis des concessions que Guillaume Pepy, le patron de l’entreprise, refusait de faire. Ce dernier ayant mis sa démission dans la balance aurait obtenu, en échange, un allégement de sa dette… Résultat, un coût double pour l’État !

Des manifestants qui n’ont pas lu le texte qu’ils combattent. Les étudiants et les opposants de tout poil qui ont protesté contre la loi travail savaient rarement ce qu’elle contenait. Ils exprimaient un malaise plus sociétal. Vu de l’étranger, ils souffraient de « ces poussées de fièvre révolutionnaires qui saisissent la France à intervalles réguliers ».

Des scènes de violence indignes d’un pays civilisé. Les images de la voiture de police prise à partie par des casseurs décidés à y mettre le feu, avec la jeune policière bloquée à l’intérieur et son collègue qui se bat à mains nues contre un manifestant armé d’une barre de fer, ont fait le tour du monde. Avec les conséquences que l’on imagine sur l’attractivité de la France.

Une population qui bat des records de passivité. Le fatalisme des Franciliens bloqués par les grèves à répétition, les soupirs las des automobilistes attendant deux heures devant les stations-service, cette majorité silencieuse, lâche ou vaguement solidaire, contribue pour beaucoup au maintien des archaïsmes français.

Nous n’avons pas de chance : lorsque la reprise pointe enfin son nez, avec trois ans de retard par rapport à nos voisins, et moins grâce à l’action gouvernementale qu’aux facteurs économiques externes, les vieilles envies autodestructrices reprennent le dessus. Ces exceptions françaises ne seraient pas dramatiques si elles n’avaient une incidence sur la croissance, la compétitivité et le chômage. Mais tout converge, comme si personne ne souhaitait que la France devienne un pays comme les autres. 

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