Une banque de l’exportation, à quoi ça sert ?

François Hollande a annoncé, lors du forum d’affaire franco-africain, la création d’une banque de l’exportation pour soutenir les grands contrats. Objectif : être plus compétitif sur les financements

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Une banque de l’exportation, à quoi ça sert ?

La France va se doter d’ici à fin mars d’une banque de l’exportation pour financer les grands contrats internationaux de plus de 100 ou 200 millions d’euros. C’est ce qu’a annoncé François Hollande à Bercy lors du forum d’affaire franco-africain.

Dans les faits, la "banque de l’exportation" n’accordera pas de prêts directs aux clients des industriels - une option trop risquée et trop coûteuse aux yeux de Bercy - mais refinancera les crédits exports accordés par les banques, souvent à très longs termes sur 10 voire 20 ans. Pour les exportateurs, le problème est moins criant qu’à l’été 2012, lorsque les difficultés pour les banques d’accéder à de la liquidité en dollar avaient fait flamber les coûts de financements et grever leur compétitivité. Mais la réglementation de Bâle 3 a rendu les banques françaises, longtemps très à la pointe au niveau mondial sur les crédits export, plus frileuses.

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Le même niveau de compétitivité pour tous les industriels

Décrocher des grands contrats à plusieurs millions d’euros se joue souvent sur les conditions de financement. Dans les pays développés, tenus de respecter les règles strictes édictées par l’OCDE pour limiter les interventions de chaque Etat industrialisé au profit de ses exportateurs, plusieurs pays disposent déjà de banques publiques ou d’agences prêtant directement aux clients de leurs industriels. C’est le cas notamment des Etats-Unis, du Japon, du Canada ou de l’Italie, qui obtiennent ainsi des conditions financières un peu plus favorables que les financements mis sur pied par l’Etat français pour les grands contrats, grâce aux garanties publiques gérées par la Coface.

L’objectif est de remettre au même niveau de compétitivité les industriels français en permettant aux banques de sortir de leurs bilans les crédits exports accordés. Mais dans les faits, l’écart entre les conditions dont bénéficient les industriels français et les autres s’est déjà largement amenuisé depuis 2012. Bercy a déjà musclé son dispositif. Dans l’aéronautique, les ventes d’avions sont désormais garanties à 100 % par l’assureur-crédit Coface.

Un privilège dont seul Airbus pouvait profiter jusque-là pour soutenir la compétition avec Boeing. Ses clients bénéficient de prêts directs par l’Exim (Export-import Bank of the United States). Résultat : pour les ATR, les Falcon ou les hélicoptères d’Airbus hélicoptère, le coût demandé par les banques est ainsi réduit en moyenne de près de 50 points de base. Soit près de 3 % de réduction sur le prix catalogue d’un appareil financé sur douze ans.

La SFIL : le refinanceur public

En dehors des avions, les grands contrats civils au-delà de 200 millions d’euros refinancés sur les marchés auprès de fonds souverains ou de fonds de pension bénéficient aussi, depuis l’an dernier, d’une garantie à 100%. En clair, c’est l’Etat qui prend en charge l’intégralité du risque d’impayés du client. De quoi obtenir des taux plus compétitifs. "Pour les grands contrats, la différence entre les conditions de financement d’un prêteur direct et la garantie inconditionnelle est minime", estimait-on à la Coface il y a quelques mois.

La banque de l'exportation annoncée par François Hollande ne donnera pas lieu à la naissance d'un nouvel établissement financier. Ce devrait être une mission supplémentaire confiée au refinanceur public SFIL (Société de financement local), déjà actif pour les investissements des collectivités locales. Cela permettra de faciliter encore un peu plus les conditions de financement, sans les révolutionner. Les industriels français ne pourront de toute façon pas concurrencer les facilités mises en place par la Chine ou la Russie pour soutenir leurs exportations. Largement subventionnés, ceux-ci restent imbattables.

Solène Davesne

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