«Un puissant pôle d’innovation émerge en Asie », pointe Yann Ménière, de l’Office européen des brevets

L’Office européen des brevets (OEB) publie son baromètre annuel de l’innovation sur le territoire européen. Chef économiste à l’OEB, Yann Ménière souligne la montée en puissance du bloc asiatique, en particulier dans le numérique.

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«Un puissant pôle d’innovation émerge en Asie », pointe Yann Ménière, de l’Office européen des brevets
Yann Ménière, Chief Economist

Industrie & Technologies : la demande de brevets auprès de l’OEB a progressé de 4,5% en 2021. Cette croissance est-elle particulièrement dynamique ?

Yann Ménière : Elle est supérieure à la croissance tendancielle de 2 à 3% sur la décennie. Mais elle marque en réalité un retour à la normale, après le tassement causé par la pandémie l’an dernier. Les investissements en R&D s’inscrivent sur le long terme et sont donc peu sensibles aux conjonctures comme une crise sanitaire. Les crises économiques font exception car elles amputent les budgets.

Quelles sont les grandes tendances que vous observez ?

Un pôle d’innovation puissant, porté par la vague du numérique, émerge en Asie, principalement en Chine (+23,8% cette année et un quadruplement en dix ans) et en Corée du Sud. Pour la première fois, le cumul des demandes provenant du Japon, de la Chine et de la Corée du Sud dépasse celui des Etats-Unis. La tectonique des plaques a bougé. Par ricochet, la part de l’Europe baisse relativement, malgré sa croissance - quoique modérée - dans l’absolu.

Concernant la Chine, Huawei est devenu le premier demandeur de brevets en Europe en 2021 (succédant à Samsung, ndlr, désormais deuxième) et les demandes liées à l’IA et à la reconnaissance d’image ont doublé par rapport à 2020. L’Europe est plus spécialisée dans les industries traditionnelles, notamment les transports. Les efforts en R&D sont réalloués aux véhicules électriques et intelligents, au détriment des véhicules traditionnels.

Tous pays confondus, l’aéronautique a enregistré une forte augmentation de 22,9 %, liée à la transition énergétique et aux recherches sur les biocarburants, l’hydrogène et l’électrique. La France se distingue avec Safran (540 demandes, +27,4%)

L’OEB considère la France comme le deuxième pays européen le plus innovant, après l’Allemagne. Comment l’analysez-vous dans le détail ?

Les reports et les ajustements dus à la pandémie étant difficiles à déchiffrer, le bilan de ces deux dernières années est positif, malgré un léger recul en 2021(-0,7%). Le diagnostic européen s’applique à la France et les secteurs habituels sont en tête, dont le transport et le médical. Si la croissance dans le transport est faible (+0,4%), la propulsion électrique connaît une hausse de 16 % par exemple. L’industrie médicale et les biotechnologies sont quant à elles à la baisse, après le pic de 2020 consécutif à la crise sanitaire.

En revanche, l’évolution est forte (+5,5%) dans le numérique. Voilà le signe que l’ensemble de l’industrie française accomplit sa transition numérique, les technologies informatiques étant diffuses.

L’Île de France concentre presque deux tiers des demandes de brevets en France. Quelle est votre explication ?

En Europe, l’Île de France occupe même la deuxième place, derrière la Bavière. Elle forme un hub de classe mondiale caractérisé par la grande variété des acteurs – industries, milieux académiques et start-ups – et des domaines techniques. C’est son originalité.

Les autres régions françaises sont plus spécialisées : l’industrie pharmaceutique à Lyon, l’électronique et les semi-conducteurs à Grenoble, avec la présence du CEA et de ST Microelectronics. La région Occitanie, où sont implantés Safran, Airbus et tout un écosystème, est quant à elle motrice (+23,2%) dans les innovations visant à décarboner le secteur aéronautique.

De façon générale, ces demandes de brevet se soldent-elles par du concret ?

D’après l’enquête que nous avons conduite auprès de PME européennes ayant déposé des demandes de brevets à l’OEB, deux tiers de ces inventions sont commercialisées ou industrialisées. La proportion n’est plus que d’un tiers pour les universités, mais ce n’est pas surprenant : la recherche s’effectue beaucoup plus en amont et s’avère plus risquée.

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